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MUSÉE DU LUXEMBOURG

Adélaïde Labille-Guiard, « l’homme habile »

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Publié le , mis à jour le
Célèbre portraitiste parisienne, membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture, rivale d’Élisabeth Vigée Le Brun… Adélaïde Labille-Guiard a su s’imposer en tant qu’artiste à part entière. Non sans avoir dû faire face à de nombreux obstacles ! À l’occasion de l’exposition « Peintres femmes, 1780–1830. Naissance d’un combat » au musée du Luxembourg, retour sur son parcours hors du commun.
Adélaïde Labille-Guiard, Autoportrait
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Adélaïde Labille-Guiard, Autoportrait, 1782

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Pastel • Coll. particulière • © Superstock/Auri- mages

L’histoire de l’art aime les histoires hors du commun. Celle d’Adélaïde Labille-Guiard coche toutes les cases et pourtant elle n’a jamais fait l’objet d’une véritable monographie. La célèbre portraitiste parisienne fut pourtant une sacrée « féministe »
avant l’heure, si déterminée qu’elle parvint à s’imposer malgré sa condition de femme mais aussi son statut social. Cela grâce à des stratégies de réussite assez finement élaborées et totalement contraires à celles des hommes, établies sur un trio de valeurs : indépendance, bienveillance et solidarité. Pour parfaire le tout, elle eut une grande rivale, plus célèbre qu’elle, et soutenue par la reine : Élisabeth Vigée Le Brun, certes plus précoce qu’elle mais que d’aucuns disent moins talentueuse. Les deux femmes, qui se détestaient, ont dû notamment partager certains commanditaires, telles les tantes du roi Louis XVI, mesdames Adélaïde et Élisabeth.

Adélaïde Labille-Guiard, Portrait d’Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite « Madame Élisabeth », sœur du roi Louis XVI
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Adélaïde Labille-Guiard, Portrait d’Élisabeth Philippine Marie Hélène de France, dite « Madame Élisabeth », sœur du roi Louis XVI, 1788

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Huile sur toile • 80,7 × 64,2 cm • Coll. châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles • Photo © Château de Versailles, Dist. RMN-GP/ Christophe Fouin/presse

Rien ne prédestinait Adélaïde Labille-Guiard à devenir artiste. Et encore moins à intégrer le cercle très fermé des femmes peintres admises sous l’Ancien Régime à l’Académie royale de peinture et de sculpture, où le numerus clausus ne leur réservait alors que quatre places. Née Labille, Adélaïde voit le jour à Paris en 1749, dans une famille de commerçants (son père tenait une mercerie dans le quartier Saint-Eustache). Elle est la dernière de huit enfants pour la plupart morts en bas âge, dans un milieu bourgeois mais très éloigné des arts. Pourtant, son goût pour le dessin n’est pas découragé par ses parents, qui l’autorisent à aller se former chez François-Élie Vincent, peintre miniaturiste, dont le fils François-André deviendra à son tour son professeur – et qu’elle épousera bien plus tard, en 1799.

Car en attendant, en 1769, année où elle perd sa mère, la jeune femme contracte une première union avec un expert fiscal, Louis-Nicolas Guiard. Son mariage bat vite de l’aile, mais Adelaïde n’obtiendra une séparation légale que dix ans plus tard, grâce aux nouvelles lois révolutionnaires. Pourtant, toute sa vie elle signe du nom de Guiard, accolé à celui de Labille au bas de ses tableaux.

Quatre femmes à l’Académie, pas une de plus !

De 1769 à 1774, résolue à devenir peintre professionnelle, Adelaïde poursuit avec application sa formation auprès de Maurice Quentin de la Tour, célèbre pastelliste qui lui permettra d’acquérir une grande maîtrise de cette technique complexe. Beaucoup de ses pastels, fragiles, ont toutefois aujourd’hui disparu. Dès 1774, elle en expose quelques-uns dans le cadre de l’Académie de Saint-Luc, corporation de peintres plus ouverte à la gent féminine. Mais les déboires de cette association, dissoute en 1777 par Turgot comme toutes les autres corporations, contrarient un temps ses projets. Il lui faudra attendre 1787 pour pouvoir enfin exposer de nouveau en public.

Abdiquer n’est guère dans son tempérament et Adélaïde se concentre sur l’apprentissage complexe de la peinture à l’huile, notamment grâce au retour d’Italie de son ami François-André Vincent, devenu peintre à succès auréolé du prix de Rome. Malgré les mauvaises langues qui laissent croire que c’est Vincent qui peint les tableaux à sa place, la jeune femme parvient à atteindre le Graal. Le 31 mai 1783, par 29 votes sur 36, elle obtient son agrément à l’Académie royale de peinture et de sculpture. Le même jour que sa rivale Élisabeth Vigée Le Brun… Son morceau de réception ?
Un portrait du sculpteur Augustin Pajou modelant le buste de son maître Lemoyne, hommage non dissimulé à l’émulation entre maître et élève.

Adélaïde Labille-Guiard, Autoportrait avec deux élèves, Marie-Gabrielle Capet et Marie- Marguerite Carreaux de Rosemond
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Adélaïde Labille-Guiard, Autoportrait avec deux élèves, Marie-Gabrielle Capet et Marie- Marguerite Carreaux de Rosemond, 1785

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Fraîchement élue membre de l’Académie, Labille- Guiard expose en 1785 son Autoportrait avec deux élèves, Marie-Gabrielle Capet et Marie- Marguerite Carreaux de Rosemond, qui montre précisément la transmission en train de se faire dans l’atelier qu’elle avait monté.

Huile sur toile • 210,8 × 151,1 cm • Coll. The Metropolitan Museum, New York • © The Metropolitan Museum, New York

Au sein d’une Académie très misogyne, les voilà donc désormais quatre femmes, rejoignant Marie-Thérèse Reboul, épouse Vien, admise dès 1757, et la peintre de natures mortes Anne Vallayer-Coster, admise en 1770. L’entrée à l’Académie, où Adélaïde tentera tout de même, après la Révolution, de faire voter une motion pour y accentuer l’ouverture aux femmes, lui permettra enfin d’exposer régulièrement et de trouver plus facilement une clientèle, de nombreux artistes posant désormais pour elle.

Elle forme un atelier de sororité

En revanche, il lui reste interdit de s’installer au Louvre, là où les autres peintres travaillant au service de la Couronne bénéficient de logements. Elle s’installe donc non loin de là, rue de Richelieu, dans un plus vaste appartement, où elle peut déployer sa petite académie à elle, féministe en diable. Elle s’y entoure de quelques élèves, neuf au total, avec qui elle vit et partage le quotidien domestique. L’état d’esprit y est matriarcal, clanique et protecteur. Un tableau clame haut et fort cette situation singulière : son autoportrait, vêtue d’une luxueuse robe, symbole de son nouveau statut d’académicienne, encadrée de ses élèves les plus douées, Marie-Gabrielle Capet, fille de domestique, qu’elle considérait comme sa fille, et Marie-Marguerite Carreaux de Rosemond (œuvre aujourd’hui conservée au Metropolitan Museum de New York). Il sera accroché en 1785 dans le cadre du Salon, grand-messe annuelle de la peinture, dans une salle voisine du célèbre Serment des Horaces, signé Jacques-Louis David, d’un esprit martial très éloigné de la douceur et la malice de ce portrait.

Une artiste douée et déterminée à réussir malgré les calomnies subies, sur sa liberté et son talent.

Peu après, la Révolution emporte tout sur son passage. Adélaïde demeure à Paris malgré les troubles et soutient le mouvement, pourtant affaiblie par une maladie. La clientèle se fait plus rare, ses protectrices, les tantes du roi, étant exilées. En 1791, elle expose les portraits de quatorze députés, dont celui de Talleyrand et de Robespierre, mais doit se résoudre lors de la Terreur, en 1793, à détruire le grand tableau d’histoire, d’un style très ancien régime, Réception d’un Chevalier de l’Ordre de Saint-Lazare par Monsieur, auquel elle travaillait depuis plusieurs années, figurant notamment un portrait du frère du roi. C’est avec cette œuvre qu’elle espérait entrer à l’Académie dans la section peinture d’histoire, grand genre encore très masculin. Appréciée des nouveaux décideurs, Adélaïde obtient une confortable pension et un logement et expose jusqu’en 1800.

La fin de sa vie demeure très peu documentée jusqu’à sa mort en 1803. Elle laisse un corpus de grande portraitiste néoclassique, avec une approche assez directe des sujets, magnifiés par ses qualités de coloriste. Soit le corpus d’une artiste douée et déterminée à réussir malgré les calomnies subies, sur sa liberté (elle fut accusée de multiplier les amants et n’eut jamais d’enfant, alors que la plupart des femmes artistes de l’époque étaient femmes ou filles d’artistes) et son talent. En 1808, Marie-Gabrielle Capet fit d’elle un portrait rétrospectif dans son atelier, entourée d’artistes hommes et femmes, hommage à une créatrice qui avait su forcer le destin.

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Peintres femmes, 1780-1830. Naissance d'un combat

Du 19 mai 2021 au 25 juillet 2021

museeduluxembourg.fr

Article extrait de notre hors-série consacré à l’exposition « Peintres femmes, 1780–1830. Naissance d’un combat », à paraître prochainement.

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