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Maître du Diptyque de Wilton, Diptyque de Wilton, 1395-1399
tempera sur panneau de chêne • chaque panneau 53 x 37 cm • Coll. National Gallery, Londres / photo Wikimedia Commons
Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom, anciens CSA + Hadopi) en France a récemment publié un rapport sur l’impact environnemental croissant des « contenus audiovisuels ». L’empreinte du numérique sur la planète, en constante progression, représentait déjà l’année dernière 4 % des émissions de gaz à effets de serre, soit des millions de tonnes d’équivalent CO2.
Pour insister sur la matérialité des univers qu’on prétend virtuels, rappelons que la quasi-totalité du trafic Internet passe par des câbles sous-marins. Que recommande l’Arcom aux opérateurs ? Puisque la moitié du trafic provient des plateformes de streaming, elle suggère une baisse de la qualité des images, c’est-à-dire de leur poids en pixels.
Dans la grande panique du changement climatique, l’image se voit désormais confrontée à sa matérialité et désignée pour ce qu’elle est, autrement dit comme un agent dans un écosystème.
Le cinéaste David Lynch décrivait Hollywood comme une immense usine produisant des images recouvrant la ville, telle une fine couche de pollution. Devra-t-on bientôt évaluer les formes artistiques à l’aune de leur degré de pollution et de toxicité ?
Au Moyen Âge, et jusqu’au début de la Renaissance en Europe, la commande d’une œuvre d’art passait par un contrat méticuleux, qui énumérait la liste des matériaux et des couleurs que l’artiste pouvait employer.
Maître du Diptyque de Wilton, Diptyque de Wilton [détail], 1395–1399
Au Moyen Âge, lors d’une commande, le coût des matériaux et des couleurs entrait en ligne de compte. Le pigment bleu tiré du lapis-lazuli, tellement précieux qu’il coûtait aussi cher que l’or, a longtemps été réservé à la Vierge Marie.
tempera sur panneau de chêne • 53 × 37 cm • Coll. National Gallery, Londres / photo Wikimedia Commons
Le vermillon, extrait du cinabre importé d’Espagne, le bleu outremer, plus cher mais plus intense que le bleu allemand issu du carbonate de cuivre, faisaient partie d’une économie de l’image. Et sans même parler de la feuille d’or, le bleu profond tiré du lapis-lazuli, très onéreux, était souvent réservé à la robe de la Vierge Marie.
Le peintre toscan Cennino Cennini, comme beaucoup d’autres, parcourait les collines aux alentours de Florence en quête de pigments naturels. Grattant le sol avec sa bêche, il voyait apparaître des couches de toutes sortes de couleurs – ocre, rouge clair, rouge foncé, bleu et blanc –, comme aujourd’hui on recherche le cuivre, le néodyme ou le cobalt pour fabriquer nos smartphones. Mais à la Renaissance, les pigments précieux perdirent peu à peu leur importance au profit d’une ressource devenue encore plus précieuse : le génie pictural. Cette ressource-là se tarirait-elle aujourd’hui ?
Lorsque Damien Hirst réalise en 2007 une sculpture sertie de diamants représentant une tête de mort, For the Love of God, il effectue un véritable saut en arrière : la valeur de l’œuvre se voit de nouveau indexée sur celle de ses composants. Ainsi, après une longue période d’insouciance face à la matérialité de l’art, le « quantitatif » fait son retour, et la traçabilité de l’œuvre devient un sujet. Serait-ce l’une des raisons profondes du succès de la peinture auprès des jeunes artistes ? Si l’on utilise encore des tubes d’acrylique dans les ateliers, cette pratique apparaît toutefois plus « écologique » qu’aucun autre médium. Et cette idée a aussi un poids.
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