Claude Monet, La Maison de l’artiste à Argenteuil, 1873
Huile sur toile • 60,2 x 73,3 cm • © The Art Institute Of Chicago, Dist. RMN Grand Palais / Image The Art Institute Of Chicago
Mary Cassatt, Sous le Marronnier (femme et enfant jouant sur le gazon), 1895-1897
La plénitude maternelle vue par Mary Cassatt
Peintre de renom, Mary Cassatt (1844–1926) était aussi une graveuse exceptionnelle comme en témoigne sa série d’eaux-fortes actuellement exposée au musée des impressionnismes, dont celle-ci en révèle toute la virtuosité : les teintes pastels, le jaune lumineux de la jupe résonnant avec les mèches blondes du garçonnet, et puis ces postures et expressions à peine suggérées nous rappellent une scène universelle – celle d’une femme soulevant un chérubin dans les airs, ici à l’ombre d’un marronnier. Un instant de joie pure représenté par cette artiste américaine qui, à l’instar de son maître Edgar Degas, n’a jamais eu d’enfants, mais s’est fréquemment attachée à capter les plaisirs maternels avec la plus grande modernité.
Estampe à l'eau-forte, pointe sèche et aquatinte en couleurs • 40,5 x 28,7 cm • © Bibliothèque Numérique de L’INHA, Paris & Bibliothèque de l'Institut National d'Histoire de l'Art
Pierre Auguste Renoir, La Leçon (Bielle, l’Institutrice et Claude Renoir lisant), vers 1906
Les enfants sages de Renoir
Chez les Renoir, l’école se fait à la maison. L’occasion parfaite pour Auguste, le patriarche (1841–1919), de peindre les bambins sagement assis lors de studieuses séances de pose. Ici, c’est Claude, le petit dernier, qui s’exerce à la lecture entouré de sa cousine Gabrielle et de son institutrice. Chandail orangé à col claudine (tel le costume de clown dont l’affublera trois ans plus tard son père pour un autre portrait), concentré et plein d’application, il suit du doigt les lettres pointées par sa préceptrice. Une vraie leçon de tendresse !
Huile sur toile • 65,3 x 85,1 cm • © Collection Nahmad
Camille Pissarro, Femme étendant du linge, 1887
Chez Pissarro, le bonheur conjugué au présent
Une femme étendant le linge sous le regard amusé d’une petite tête blonde : la scène ne pourrait être plus familière, plus quotidienne. Mais sous la touche divisionniste de Camille Pissarro (1830–1903), légère et aérée, tout à coup, la lumière pénètre, la brise s’engouffre dans les vêtements propres et fait frémir la végétation environnante. On semble percevoir les gazouillis du chérubin comme les douces déclarations de sa nourrice… Voilà probablement une invitation à profiter des plaisirs simples et fugaces, à l’heure où la mortalité infantile sévit encore violemment (22 % dans les années 1860 en France). Pissarro le sait mieux que quiconque : ce père investi de huit enfants (obtenus avec Julie Vellay, ancienne gouvernante de ses parents) perdit sa fille Jeanne l’année de ses neuf ans et Adèle Emma, à seulement quinze jours.
Huile sur toile • 41 x 33 cm • Legs Enriqueta Alsop au nom du Dr. Eduardo Mollard, 1972 • © RMN Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
Berthe Morisot, L’Enfant à la poupée ou Intérieur de cottage, 1886
Julie Manet, une muse en herbe
1886, Jersey. Pour leurs vacances d’été, Berthe Morisot (1841–1895) et son époux Eugène Manet (le frère d’Édouard), ont loué un ravissant cottage sur l’île anglo-normande. Près de la fenêtre, leur fille Julie, âgée de sept ou huit ans, joue avec sa poupée. Sa mère la surprend et la saisit en pleines confidences, sa touche libre esquissant rapidement les détails, brossant le drapé de la table dressée, blanche comme les robes des protagonistes. Une mise en abyme de la relation maternelle qui amuse l’artiste, follement éprise de sa fille qu’elle représentera sur au moins 70 tableaux. « Tu ne m’as pas causé un chagrin dans ta petite vie », lui écrira-t-elle tendrement en 1895, juste avant sa mort, quittant sa Julie alors que celle-ci n’est encore qu’une adolescente de 16 ans.
Huile sur toile • 50 x 60 cm • © Musée d’Ixelles, Bruxelles
Paul Gauguin, Intérieur avec Aline Gauguin, 1881
La vie de famille, paradis perdu de Gauguin
Doux comme un rêve, mystérieux aussi, ce tableau pousse le spectateur à scruter le visage penché, à peine visible de la fille de Paul Gauguin (1848–1903), Aline, âgée de quatre ans. Comme plongée dans une brume pâle, bleutée, elle épluche une énorme orange à la teinte lumineuse, évocation lointaine d’un jardin ensoleillé et luxuriant. Faut-il déjà y voir l’appel des paradis tropicaux ? Quoiqu’il en soit, Gauguin quittera sa paisible vie bourgeoise et abandonnera, en 1883, femme et enfants (quatre garçons et une fille) pour mener une vie de peintre en exil. En 1897, il apprend depuis Tahiti la mort d’Aline, terrassée par la tuberculose à seulement dix-neuf ans. Le peintre fou de chagrin lui dédiera une tombe depuis ses tropiques. « Sa tombe est ici tout près de moi. Mes larmes sont les fleurs ; vivantes celles-là », écrit-il à sa femme, avant de tenter de se suicider…
Huile sur toile • 52,4 × 60,3 cm • Collection of Sheffield Museums, Royaume-Uni • © Photo Sheffield Museums Trust
Paul Mathey, Enfant et femme dans un intérieur, vers 1890
L’âge de la désobéissance sous le regard de Paul Mathey
Un jeune garçon collé au mur, moue dépitée, son cerceau relégué dans le dos… Aurait-il commis une bêtise ? Pour autant il ne baisse pas le regard, fixe droit le spectateur et bien sûr, le peintre, son père Paul Mathey (1844–1929), portraitiste de renom, qui nous ouvre ici la porte de son foyer : à gauche de l’œuvre, la perspective laisse entrevoir une femme pliant du linge – probablement son épouse –, puis une servante balayant devant la maison. Une manière, sans doute, de représenter les trois âges de la vie. Et c’est bien l’enfant, Jacques, qui continue de capter tous les regards, sa mine effrontée se détachant sur un papier peint à motifs floraux suggéré par une touche franche, ses vêtements noirs traités en aplat – à la manière de Manet. Coïncidence : celui-ci deviendra historien d’art, spécialiste de l’œuvre d’Edouard Manet !
Huile sur toile • 48,5 x 38 cm • Coll. musée d'Orsay, don de Mlle Dubreil, 1982, RF 1982-9 • © RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
André Brouillet, La Petite fille en rouge, 1895
À l’ombre d’une jeune fille en fleur
Immanquable, cette toile de plus de deux mètres de haut nous met nez à nez avec une sage fillette toute de rouge vêtue, si attendrissante avec ses sourcils légèrement froncés, ses yeux écarquillés et son sourire naissant, comme si, en nous voyant, elle s’était arrêtée net de faire tourner son cerceau. Son chapeau largement épanoui en corolle semble faire d’elle une fleur parmi les roses et coquelicots alentour. Yvonne, six ans, est une petite fille née en Algérie et adoptée par le peintre mondain André Brouillet (1857–1914), qui se plaît à la représenter avec une touche impressionniste captant merveilleusement les effets de lumière.
Huile sur toile • 201 x 131,4 cm • Collection du Musée de la Ville de Poitiers et de la Société des antiquaires de l'Ouest • © Peter Horree / Alamy / Hemis
Les Enfants de l’impressionnisme
Du 31 mars 2023 au 2 juillet 2023
Musée des impressionnismes • 99, rue Claude Monet • 27620 Giverny
www.mdig.fr
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Monet à Argenteuil : le bonheur au bout du pinceau ?
La parfaite photo de famille, celle que l’on poste sur Instagram pour partager une certaine idée du bonheur. C’est un peu cela que semble peindre Claude Monet (1840–1926), dans le jardin de sa première maison à Argenteuil. Là, au pavillon Aubry juste à côté de la gare, se tient, à droite sur le perron, sa femme Camille vêtue d’une robe bleue et jetant un coup d’œil à leur fils Jean, âgé de cinq ou six ans, jouant de dos avec un cerceau. Un petit coin de paradis foisonnant de végétation. Pourtant, les correspondances parcourues par le musée des impressionnismes révèlent un père autoritaire et peu affectueux, obnubilé par la peinture…