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LAM – VILLENEUVE D’ASCQ

Les surréalistes, dénicheurs de pépites d’art brut, magique, naturel…

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Publié le , mis à jour le
« Chercher l’or du temps », c’est ce à quoi s’emploie une ambitieuse exposition au LaM, à Villeneuve d’Ascq, qui propose une relecture de l’histoire de l’art du XXe siècle par le prisme du surréalisme, de l’art brut et de leurs développements. Le panorama, très dense, rassemble plus de 400 œuvres et documents parfois rares, parmi lesquels de vraies belles découvertes. On fait le point.
Friedrich Schröder-Sonnenstern, Der Mund (La Lune)
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Friedrich Schröder-Sonnenstern, Der Mund (La Lune), 1956

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Crayon de couleur • 51 x 72 cm • © DR / Photo La Pinacothèque, Luxembourg

À quoi rêvez-vous la nuit ? Cette question, hautement introspective, est posée en 1916 à des soldats du centre neuro-psychiatrique de Saint-Dizier par un jeune médecin militaire : André Breton. Ainsi s’ouvre le parcours de l’exposition « Chercher l’or du temps », qui, en guise de préambule, fait plonger le visiteur dans les abysses de l’inconscient, pour mieux sonder par la suite les développements du surréalisme, de l’art brut, mais aussi de leurs prolongements – l’art naturel et l’art magique.

André Breton, Le grand tamanoir
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André Breton, Le grand tamanoir, 1962

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Bois • 87,5 × 80 × 53,5 cm • © Adagp, Paris, 2022. Photo : © Philippe Ladet/Parisienne de Photographie 

Mais d’abord, un peu de contexte. Parce qu’il abolit toute hiérarchie entre les artistes reconnus et les autodidactes, le surréalisme s’intéresse dès ses débuts à l’« art des fous ». Attentif aux théories de Sigmund Freud, Breton a d’abord envisagé de devenir psychiatre. Mais c’est surtout le livre d’un psychiatre et historien de l’art allemand, fondateur de l’une des premières collections d’art asilaire en Europe, qui va particulièrement lancer cet intérêt : Expression de la folie, de Hans Prinzhorn (1922), ramené à Paris dans ses valises par Max Ernst. Ses nombreuses illustrations fascinent l’avant-garde parisienne, qui le considère comme un livre d’art à part entière et le fait passer de mains en mains. Au même moment, André Breton, Paul Éluard ou encore Robert Desnos font entrer dans leur collection personnelle des dessins et autres « objets d’aliénés ». Cet engouement se manifeste aussi à travers les revues artistiques à l’image de Minotaure ou de Documents, qui réservent dans leurs pages une place de choix aux arts extra-occidentaux comme aux créations spirites.

À gauche, Max Ernst, “Fleurs de coquillages”, 1929 ; à droite, August Natterer, “Mes yeux au moment des apparitions”, avant 1921
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À gauche, Max Ernst, “Fleurs de coquillages”, 1929 ; à droite, August Natterer, “Mes yeux au moment des apparitions”, avant 1921

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© Adagp, Paris, 2022. Photo : © Centre Pompidou, MNAM-CCI / Bertrand Prévost / Dist. RMN-Grand Palais ; © DR. Photo : © Prinzhorn Collection, University Hospital Heidelberg

L’hôpital n’est plus (seulement) synonyme de convalescence et d’enfermement, il devient un lieu de création, et ce y compris en temps de guerre.

D’une densité presque étourdissante, le parcours revient sur le rôle non négligeable joué pendant la Seconde Guerre mondiale par un certain réseau d’intellectuels et d’artistes, en lutte contre l’inhumanité de l’occupant et du régime de Vichy, qui orchestrent notamment « l’extermination douce » de quelque 45 000 malades mentaux en France. L’expression, effroyable, renvoie à l’abandon total des patients d’institutions psychiatriques, qu’on laissât mourir de faim. Camille Claudel, Léona Delcourt (qui avait inspiré à André Breton Nadja), ou encore Séraphine de Senlis connurent ce terrible destin… En Lozère, l’hôpital de Saint-Alban apparaît alors comme le symbole de cette résistance à l’infâme. Proches des surréalistes, les médecins François Tosquelles et Lucien Bonnafé y réinventent les soins psychiques. L’hôpital n’est plus (seulement) synonyme de convalescence et d’enfermement, il devient un lieu de création, et ce y compris en temps de guerre. Les œuvres des patients, à l’image des délicates broderies de Marguerite Sirvins, vont alors circuler chez les surréalistes, qui visiteront aussi l’hôpital.

André Dubuffet, Jardin l’Hourloupe
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André Dubuffet, Jardin l’Hourloupe, 14 février 1966

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Vinyle sur toile • © Adagp, Paris, 2022. Photo : © Fondation Dubuffet, Paris

Point culminant de l’exposition, une vaste salle revient sur l’ébauche d’Almanach de l’art brut, qui a réuni André Breton et Jean Dubuffet au lendemain de la guerre. Peu de temps auparavant, Dubuffet avait fondé la Compagnie de l’art brut, à laquelle a adhéré le chef de file des surréalistes. Mais l’ambitieux projet, qui présente, à la façon des almanachs populaires, sur douze mois, des figures singulières de la création, pour beaucoup autodidactes, restera finalement à l’état de maquette. L’entente entre les deux hommes est en effet orageuse… Et chacun poursuit finalement sa route de son côté. André Breton questionne les possibilités d’un art magique, qui rassemblerait des « objets d’origine douteuse, art des enfants, des médiums, des malades mentaux. » Il compile ses réflexions dans un ouvrage paru à la fin des années 1950, illustré par de nombreuses œuvres issues de sa propre collection. Quant à Dubuffet, qui a constitué une vaste collection d’art brut (aujourd’hui à Lausanne), il poursuit son engagement au sein de la compagnie, en même temps que sa carrière d’artiste… Œuvrant toujours, chacun à sa façon, à l’abolition des frontières de la création.

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Chercher l'or du temps

Du 14 octobre 2022 au 29 janvier 2023

www.musee-lam.fr

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