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Maître du pointillisme version pop, Roy Lichtenstein (1923 – 1997) est célèbre pour ses reprises de planches de comics et d’images inspirées de la culture populaire américaine. Ce contemporain d’Andy Warhol, associé au pop art, cultive volontairement une distance vis-à-vis du geste pictural. Séduisante, mais aussi critique envers le consumérisme – matériel comme amoureux –, l’œuvre de Lichtenstein interroge la frontière entre l’art et l’image, entre la création et la reproduction mécanique, l’artiste et la machine.
Roy Lichtenstein, 1987
© Betty Freeman / Bridgeman Images
« Je cherche à unifier. »
Né à New York, Lichtenstein s’est senti une âme d’artiste dès l’enfance. Mais c’est au dessin industriel qu’il se forme, un domaine plus prometteur. Soldat dans l’armée américaine en 1943, il se rend en Europe et profite de cette occasion pour parfaire sa culture en visitant les musées londoniens et parisiens. En 1946, le jeune homme rentre aux États-Unis suite au décès de son père. Il commence à peindre des œuvres figuratives mais s’intéresse aussi à l’abstraction.
Pour vivre, Lichtenstein enseigne dans diverses universités. Dans ce contexte, il rencontre Allan Kaprow, l’initiateur des happenings, qui l’influence et l’encourage à se tourner vers la culture populaire américaine. Kaprow, en effet, milite pour l’abolition de la frontière entre l’art et la vie.
Ses premières œuvres pop datent du début des années 1960. Lichtenstein utilise des images tirées de bandes dessinées (notamment Mickey Mouse) puis publicitaires. L’artiste trouve le soutien de l’influent galeriste Léo Castelli qui l’expose, aux côtés de Claes Oldenburg et James Rosenquist.
Lichtenstein imite les techniques de reproduction de l’imprimerie industrielle. Les couleurs sont réduites et vives (dans l’esprit de la palette de Piet Mondrian), traitées en aplats, les contours noirs sont accentués et l’artiste reproduit le point de trame des images commerciales (le Ben-Day). Ces points ne sont pas reproduits mécaniquement mais peints par l’artiste à l’aide de pochoirs. Le résultat est très graphique et efficace, mêlant harmonieusement réalisme du dessin et abstraction des moyens.
Lichtenstein ne copie pas littéralement des images prises dans des magazines bon marché, des publicités ou des bandes dessinées mais les recrée, en les isolant, ce qui accentue leur crudité. L’artiste simplifie les formes et les contours. Il introduit également fréquemment du texte dans l’image, produisant une sorte de narrativité décalée et ironique. Bien que Lichtenstein n’aimait pas ce mot, ses images sont « iconiques », notamment ses portraits de femmes qui ont tout de la pin-up – le thème de l’amour, souvent malheureux, est récurrent dans son œuvre – et ses représentations d’objets du quotidien qui ont acquis la force de symboles de la vie moderne.
L’artiste pop a réalisé de nombreuses lithographies, mais s’est aussi intéressé à différents supports et techniques comme la sculpture, la céramique et l’émail. Utilisé sur ses toiles, ce matériau leur donne une finition industrielle et impeccable, mais engendre aussi une impression de froideur qui contraste avec les thèmes abordés par l’artiste, souvent romantiques.
Roy Lichtenstein décède d’une pneumonie à New York en 1997.
Roy Lichtenstein, Look Mickey, 1961
Huile sur toile • 121,9 × 175,3 cm • Washington, National Gallery of art • © Estate of Roy Lichtenstein New York / Adagp, Paris
Look Mickey, 1961
Les deux compères de Walt Disney, Mickey Mouse et Donald Duck, s’amusent à une partie de pêche. Lichtenstein s’approprie et revisite une image trouvée dans la bibliothèque de ses enfants. Les couleurs sont différentes de l’original, et l’artiste utilise pour la première fois les points Ben-Day qui donnent à son œuvre une apparence industrielle. Pourtant, tout est bien peint à la main. En 1961, cette œuvre est considérée comme révolutionnaire et fait de Lichtenstein une personnalité à part entière au sein du pop art, dominé par Andy Warhol.
Roy Lichtenstein, Jeune femme se noyant, 1963
Huile et peinture polymère synthétique sur toile • 171,6 × 169,5 cm • New York, Museum of Modern art • © Estate of Roy Lichtenstein New York / Adagp, Paris / Digital image, The Museum of Modern Art, New York / Scala, Florence
Jeune femme se noyant, 1963
Saisie en gros plan, une jeune femme à la beauté artificielle, tout droit sortie d’un comics américain, se noie dans une mer mouvementée qui n’est pas sans faire référence à la fameuse Grande vague de Kanagawa d’Hokusai (1830–1832). Mais est-ce la mer ou ses propres larmes qui submergent l’héroïne, prise dans un rêve habité par le souvenir de son amant ? Lichtenstein, en isolant cette image de son contexte, joue avec cette ambiguïté.
Roy Lichtenstein, Brushstrokes, 1965
Huile sur toile • Tate gallery, Londres • © Estate of Roy Lichtenstein New York / Adagp, Paris / Photo Tate
Brushstrokes, 1965
Le thème du coup de pinceau traduit la réflexion de Lichtenstein sur l’action de peindre et le geste de l’artiste. C’est aussi une manière ironique d’interroger la spontanéité des peintres abstraits, en particulier de Jackson Pollock. À la différence des œuvres de l’inventeur de l’action painting, Lichtenstein cherche la perfection dans le chaos, rejette l’émotion et produit une peinture lisse. Selon ses propres mots, il voulait « caricaturer » les coups de pinceaux des expressionnistes abstraits.
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