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Un célèbre bronze de Camille Claudel, retrouvé dans un appartement inhabité, vendu 3,6 millions d’euros

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La sculpture « L’Âge mur » (1899) de Camille Claudel, retrouvée par hasard dans un appartement inhabité à Paris le 16 décembre 2024
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La sculpture « L’Âge mur » (1899) de Camille Claudel, retrouvée par hasard dans un appartement inhabité à Paris le 16 décembre 2024

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Bronze • 61,5 x 85 x 37,5 cm • © Guillaume Souvant / AFP

Impossible de ne pas être envoûté par ce trésor surgi de l’ombre. L’exemplaire n°1 de L’Âge mûr (1899, fondu en 1907), l’une des œuvres les plus mythiques de la sculptrice Camille Claudel (1864–1943) – qui avait disparu après sa dernière exposition publique en 1908 chez son fondeur Eugène Blot, avant d’être redécouvert il y a quelques mois – a été vendu 3,6 millions d’euros aux enchères (frais inclus) ce dimanche 16 février par la maison Philocale, à Orléans. Une somme qui correspond au double de son estimation, et à la deuxième plus grande enchère au monde pour une œuvre de l’artiste. L’acheteur n’en est, sans doute, pas seulement tombé amoureux pour sa qualité, mais aussi pour son histoire digne d’un roman…

Ce bronze exceptionnel avait été retrouvé le 17 septembre 2024 à deux pas de la tour Eiffel, dans un appartement parisien inhabité et abandonné depuis plus de quinze ans. Dans ce logement cossu plongé dans la pénombre, tout était resté figé sous une épaisse couche de poussière. Alors qu’il y effectuait un inventaire de succession pour une famille orléanaise, le commissaire-priseur Matthieu Semont y a découvert la sculpture, qui dormait tel un fantôme sur une commode Louis XVI, cachée sous un drap.

La découverte émouvante d’un commissaire-priseur

Cette sculpture représente officiellement les trois âges de la vie. Mais elle recèle un sens caché.

Le spécialiste, qui avait déjà étudié un autre exemplaire de cette œuvre vingt ans auparavant lors d’un stage, la reconnaît immédiatement. Il y remarque la signature « C. Claudel », le cachet du fondeur Eugène Blot, et le numéro « 1 ». « Ce bronze dont on avait perdu la trace depuis plus d’un siècle est d’une qualité stupéfiante », a expliqué à l’AFP l’Orléanais, « saisi d’émotion » face à ce « groupe aux détails magnifiques ».

L’histoire de l’œuvre est profondément émouvante. Une jeune femme nue, agenouillée et implorante, assiste impuissante au départ d’un homme mûr, lui-même emmené par une vieille femme auréolée de drapés flottants qui donnent l’impression qu’elle s’apprête à s’envoler avec lui dans les airs. Empreinte d’un mouvement et d’une intensité tourbillonnante proche de celle de La Valse (1889–1905), grand chef-d’œuvre de Camille Claudel, cette sculpture représente officiellement les trois âges de la vie. Mais elle recèle un sens caché, à l’opposé de l’harmonie de La Valse : le désespoir d’une amoureuse passionnée, déchirée par une rupture…

Au cœur de cette sculpture, la fin de la relation entre Claudel et Rodin

L’implorante représente en réalité l’artiste elle-même, âgée d’une trentaine d’années. L’homme mûr n’est autre que son maître et amant Auguste Rodin (1840–1917), de 25 ans son aîné, tandis que la vieille femme qui l’emmène incarne la compagne, plus âgée, du sculpteur, la couturière Rose Beuret (1844–1917). Après avoir tenté sans succès d’évincer cette dernière, et avoir vu ses demandes en mariage rejetées, Camille Claudel a quitté son amant en 1892. Elle commence alors à sombrer dans la démence, ce qui conduira finalement à son internement en 1913.

Camille Claudel, L’Âge mur (détail)
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Camille Claudel, L’Âge mur (détail), 1899

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Bronze • 61,5 × 85 × 37,5 cm • © Guillaume Souvant / AFP

Cette œuvre a été réalisée pour répondre à une commande de l’État obtenue grâce à l’aide de Rodin, peiné par la descente aux enfers de son ex-amante. Pensé dès 1892, au moment de la rupture, le moule de L’Âge mur est terminé en 1895. Un plâtre est exposé en 1899 au Salon des Beaux-Arts, car Camille Claudel n’a pas les moyens de le faire fondre. En le voyant, Rodin est bouleversé, entre dans une colère noire et cesse de la soutenir. Le ministère des Beaux-Arts annule sa commande, et l’œuvre sera même refusée à l’Exposition universelle de 1900.

Une œuvre rare

Cette sculpture n’aurait été fondue qu’en six exemplaires par Blot. De cette série, on n’en connaît qu’un seul autre, le n°3, conservé au musée Camille Claudel à Nogent-sur-Seine. Il n’existe enfin à ce jour, en dehors de cette série, que deux autres versions : l’une, fondue en bronze à la cire perdue en 1902 à la demande du capitaine Tissier par la fonderie Thiébaut Frères, se trouve dans les collections du musée d’Orsay ; l’autre, fondue par Frédéric Carvillani après 1913 sans le consentement de l’artiste, est, quant à elle, exposée au musée Rodin. Celle d’Eugène Blot, fondue au sable dans un bronze à patine brune ciselé à froid, demeure la plus remarquable.

Retrouvez dans l’Encyclo : Camille Claudel

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