Paul Verlaine, Portrait d’Arthur Rimbaud, juin 1872
Dessin à la plume et encre brune sur papier • 12,7 x 9,9 cm • © Drouot
« Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées », écrivait Arthur Rimbaud (1854–1891) en 1870 dans son poème Ma Bohème. C’est cette attitude nonchalante, emblématique du poète vagabond, que Paul Verlaine (1844–1896) croque dans un dessin représentant son ami et amant : fumant la pipe, les mains dans les poches, ses cheveux longs sous un chapeau…
Provenant de la collection de l’ancien directeur de l’Opéra de Paris Hugues Gall (1940–2024), le célébrissime portrait a été vendu aux enchères ce lundi 2 décembre pour 585 000 euros. Un prix presque trois fois supérieur à son estimation initiale la plus haute.
Si le dessin réalisé à la plume et à l’encre brune comporte la mention « juin 1872 », Verlaine indique aussi qu’il le reproduit « de mémoire ». À la date indiquée, Rimbaud, qui n’a alors pas encore 18 ans, fréquente le monde littéraire parisien où il est introduit par son amant. Tous deux se rendent régulièrement aux dîners des Vilains Bonshommes (un groupe d’artistes où l’on croise Baudelaire) dont Henri Fantin-Latour dévoile Un coin de table dans son tableau peint la même année.
Henri Fantin-Latour, Coin de table, 1872
huile sur toile • 161 × 192 cm • Coll. musée d’Orsay, Paris
Cette esquisse est d’autant plus remarquable qu’elle est réalisée à une période clé de la vie de Rimbaud. En juillet 1872, il quitte Paris avec Verlaine pour rejoindre Bruxelles puis Londres. Vivant d’amour et d’eau fraîche, ils partent à l’aventure en véritables vagabonds. Loin d’être idyllique, leur relation reste pourtant marquée par les accès de violence de Rimbaud. Elle se termine d’ailleurs tragiquement avec les coups de feu de Verlaine qui blessent légèrement Rimbaud, en juillet 1873.
Etienne Carjat, Rimbaud à 17 ans, 1871, tirage de 1915
Coll. Musée Arthur Rimbaud, Charleville-Mézières • © Musée Arthur Rimbaud, Charleville-Mézières
En 1895, quatre ans après la mort de son bien-aimé, c’est ce dessin que choisira Verlaine pour illustrer une édition des poésies complètes de ce dernier chez Léon Vanier. Comme l’explique l’expert Ambroise Audoin dans une vidéo publiée sur le compte Instagram de Drouot, l’image devient à ce moment-là une icône. Par la suite, elle sera « reproduite des dizaines de fois dès la fin du XIXe siècle », détaille-t-il.
Aux côtés des photographies d’Étienne Carjat figurant Rimbaud adolescent et de la peinture de Fantin-Latour, le dessin de Verlaine fait partie des représentations référentielles et officielles de « l’homme aux semelles de vent ». Selon Ambroise Audoin, le contrôle de l’image du poète maudit a été une « obsession » pour la famille de Rimbaud.
Sur l’ensemble des rares traces visuelles qui nous sont parvenues, six seulement ont été authentifiées. En avril dernier, un expert publiait les résultats de son enquête sur un mystérieux portrait, à la ressemblance troublante avec le poète. Catégorique, il affirmait reconnaître Rimbaud. Son analyse n’avait pourtant pas fait consensus…
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