Lavinia Fontana (anciennement attribué à Peeter Jansz Pourbus), Portrait d’un gentilhomme, sa fille et sa servante (détail), XVIe siècle
Huile sur toile • 115 x 107 cm • Coll. musée de la Chartreuse, Douai • Photo Musenor
C’est une belle surprise pour le musée de la Chartreuse. L’établissement situé à Douai, dans le nord de la France, vient de découvrir que l’un des tableaux de sa collection de peintures de la Renaissance, qu’il possédait depuis 150 ans et croyait de la main de l’artiste flamand Pieter Pourbus (1524–1584), était en réalité une œuvre de Lavinia Fontana (1552–1614). Soit l’une des plus célèbres femmes peintres de l’art ancien, mais aussi l’un des plus grands noms, tous sexes confondus, de son époque !
C’est à la faveur d’un vaste programme d’étude et de restauration de sa collection de peintures italiennes, mené l’an dernier, que le musée, rassemblant plus de 10 000 œuvres dans plusieurs bâtiments des XVIIe et XVIIIe siècles, a fait cette découverte.
« C’est une découverte capitale, comme si vous aviez trouvé un trésor dans votre grenier. »
Pierre Bonnaure
Tout s’est joué sur un regard ! Alors qu’il se trouve dans les réserves, un membre du comité scientifique travaillant sur le projet, Philippe Costamagna, expert en maniérisme florentin réputé pour son œil aiguisé, remarque soudain une toile… Immédiatement, l’expert reconnaît le pinceau de Lavinia Fontana. Après quelques mois de recherches, il annonce son verdict au musée : son intuition était la bonne.
Philippe Costamagna, expert en maniérisme florentin, dans les reserves du musée Fesch d’Ajaccio, 2010
© Stéphan Agostini / Afp
Intitulée Portrait d’un gentilhomme, sa fille et une servante, l’œuvre frappe par son ambiance étrange. Sur un fond sombre, un homme à l’air peu commode, vêtu d’un habit noir et d’une fraise blanche, jette un regard de biais vers un élément situé hors champ. À côté de lui se tient une petite fille au regard grave, portant elle aussi une collerette élaborée et, dans sa main, un petit bouquet de fleurs. Dans le fond, une servante surgit de l’ombre et se penche en avant, comme pour arranger la tenue de la petite.
Musée de la Chartreuse à Douai
© Richard Soberka / hémis
« C’est une découverte capitale, comme si vous aviez trouvé un trésor dans votre grenier », s’est réjoui le directeur du musée, Pierre Bonnaure, sur Ici (ex-France Bleu). Lavinia Fontana étant très peu présente dans les collections publiques françaises, ce tableau serait son unique portrait de groupe conservé dans l’Hexagone.
Il sera exceptionnellement présenté au public du 19 au 24 mars 2025 avant d’être restauré, puis d’intégrer les salles permanentes, où il rejoindra notamment Portrait d’une Vénitienne de Paul Véronèse (1565), l’un des chefs-d’œuvre du musée.
Première femme de l’histoire à avoir été élue à l’Académie des beaux-arts de Rome, et aussi l’une des premières à avoir décroché des commandes publiques et travaillé pour des papes, cette maniériste italienne de l’École romaine, native de Bologne, était très réputée de son vivant pour ses portraits, ses tableaux religieux et ses scènes mythologiques. Fait très rare pour l’époque, son mari, lui aussi peintre, avait renoncé à sa carrière pour devenir son assistant et son agent.
Lavinia Fontana, Portrait de Antonietta Gonsalvus, vers 1595
Observée dans les palais, scrutée dans les amphithéâtres d’anatomie, la fillette est affectée d’une pilosité plus localisée, qui a épargné ses petites mains potelées. En robe de brocart argenté, coiffée d’une délicate couronne de fleurs, elle montre un visage aux yeux sombres et ronds dont l’aspect de chouette est accentué par le cercle rayonnant des poils brossés vers l’extérieur, ainsi que par le fond très sombre sur lequel elle se détache.
Huile sur toile • 57 × 46 cm • Coll. musée du Château de Blois • © Eric Vandeville/akg-images
Alors que la prise de conscience de l’invisibilisation des artistes femmes progresse, l’intérêt porté à Lavinia Fontana ne cesse d’augmenter. Fin janvier, les collections publiques canadiennes accueillaient pour la première fois une œuvre de sa main, tandis qu’au même moment, le musée national de l’Art occidental de Tokyo achetait son portrait d’Antonietta Gonsalvus – une autre version de celui conservé au château de Blois [ill. ci-dessus]. En mai 2024, les Fine Arts Museums de San Francisco faisaient également entrer dans leurs collections son remarquable Portrait de Bianca degli Utili Maselli et de ses enfants (vers 1604–1605), qui compte sept personnages richement vêtus aux expressions ambiguës…
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