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Citéco

Un château dans Paris, le projet fou d’Émile Gaillard

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Publié le , mis à jour le
Baron de la finance passionné de musique, Émile Gaillard était aussi un collectionneur averti d’objets d’art du Moyen Âge et de la Renaissance. À la fin du XIXe siècle, il fait construire par Jules Février un bâtiment singulier, empreint de l’esthétique néogothique, dans lequel il souhaitait conserver et exposer sa collection. Aujourd’hui, l’hôtel Gaillard devient Citéco, un musée consacré à l’économie, qui ouvrira ses portes au public dès le 14 juin.
Construit sur la place du Général-Catroux, dans le 17<sup>e</sup> arrondissement de Paris, l’hôtel Gaillard s’inspire de châteaux de la Loire, en particulier de celui de Blois
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Construit sur la place du Général-Catroux, dans le 17e arrondissement de Paris, l’hôtel Gaillard s’inspire de châteaux de la Loire, en particulier de celui de Blois

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© A. Pepper

Fils et petit-fils de banquiers, Émile Gaillard naît à Grenoble en 1821, au sein d’un milieu bourgeois et fortuné. Légitimiste accompli, une fois monté à Paris, il devient le banquier attitré du comte de Chambord et régent de la Banque de France. Il est bien introduit dans la haute société parisienne, si bien que, souvent, on lui attribue à tort un titre de noblesse. Bien qu’il n’appartienne pas à l’aristocratie, Émile Gaillard s’apparente néanmoins à un baron de la finance. Mais l’habit du banquier dissimule une âme artistique délicate… Pianiste mélancolique, il est l’élève favori de Frédéric Chopin. C’est ainsi que son ami compositeur lui dédie, à l’occasion de ses vingt ans, une Mazurka en la mineur et un feuillet d’album intitulé Sostenuto. Émile Gaillard met également en musique le poème Aubade, une œuvre de jeunesse de Victor Hugo.

Portrait d’Émile Gaillard
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Portrait d’Émile Gaillard

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© Banque de France

Le banquier grenoblois se passionne très tôt pour les arts français et italiens du Moyen Âge et de la Renaissance. Curieux, il rapporte de ses voyages bon nombre d’objets d’art qui tendent à s’accumuler dans son habitation de la rue Daru, alors réservée à sa collection. Résidant rue de Boulogne dans le seizième arrondissement, Émile Gaillard décide d’investir au sein du quartier florissant de la plaine Monceau, jouxtant le parc du même nom. Terre de chasse sous l’Ancien Régime, il s’agit encore d’une zone champêtre en 1860. Sous la houlette des frères Pereire, des spéculateurs ingénieux y vendent des terrains de cultures maraîchères à bas prix. À l’ère du baron Haussmann, la plaine Monceau s’urbanise, change de visage. De grands axes s’y dessinent pour tracer les avenues et boulevards (Malesherbes, Courcelles, Villiers…) que nous connaissons aujourd’hui. Maisons bourgeoises et hôtels particuliers y poussent en abondance, repères d’artistes en vogue et de personnalités aisées du monde des affaires.

Henri Toussaint, L’hôtel Gaillard, architecte Jules Février 1882, in La semaine des Constructeurs
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Henri Toussaint, L’hôtel Gaillard, architecte Jules Février 1882, in La semaine des Constructeurs

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Coll. Bibliothèque Nationale de France • © A. Pepper

Le 18 mai 1878, Émile Gaillard devient l’heureux propriétaire d’un terrain situé 1, place Malesherbes (actuelle place du Général Catroux). D’une superficie d’environ 825 m2, il se destine à accueillir une folie Renaissance estimée à 11 millions de francs ! Émile Gaillard charge l’architecte Jules Février (ayant déjà réalisé l’hôtel particulier des peintres Baugnies, au 100, boulevard Malesherbes), de lui bâtir un palais néo-Renaissance, futur écrin de son incroyable collection d’objets d’art du Moyen Âge et de la Renaissance. Entre 1878 et 1882, quatre années furent nécessaires à l’édification de l’hôtel Gaillard. Avec une superficie totale de 1 300 m2, il règne en maître sur les hôtels particuliers de la plaine Monceau. L’édifice adopte un plan en « U » avec deux ailes, l’une donnant sur la rue Legendre (actuelle rue Georges Berger), l’autre sur la rue de Thann. D’un point de vue stylistique, Jules Février puise dans la mouvance de l’historicisme, en vogue à la fin du XIXe siècle, pour revisiter l’architecture historique du passé.

La cour intérieure de l’hôtel Gaillard, côté tourelle
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La cour intérieure de l’hôtel Gaillard, côté tourelle, vers 1890

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Coll. Banque de France • © Maurizio Borgese/Hemis.fr

L’hôtel Gaillard est sans conteste un parti pris de style néogothique et néo-Renaissance. Sa façade principale, de brique et de pierre, est un pastiche de l’aile Louis XII du château de Blois. De même longueur (55 mètres), elle poursuit la ressemblance jusque dans l’agencement des matériaux, en utilisant un parement de briques rouges et sombres. Ce drôle d’habillage aux motifs de losange, caractéristique de l’architecture ligérienne de la Renaissance française, se retrouve aussi au château de Gien, où Jules Février effectua une série de moulages. Toiture d’ardoise, tourelles d’angle, crêtes, girouettes et épis de faîtage… sont autant de citations néo-Renaissance.

Gargouilles et fleurs de lys

Émile Gaillard, souverain en son château de la place Malesherbes, s’empresse de faire sculpter de grands « G » aux lucarnes de ses combles. Semblables en tout point à celles du même château de Blois, les gouttières dauphin en fonte dorée s’ornent d’un symbole royal, la fleur de lys. Les fenêtres à meneaux, les pinacles à fleurons et les gargouilles pittoresques témoignent d’un goût prononcé pour l’architecture moyenâgeuse. Sans oublier, la présence d’une abondante iconographie végétale, animale et fantastique.

La salle de bal et sa tribune dans son décor d’origine, avec les collections d’Émile Gaillard
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La salle de bal et sa tribune dans son décor d’origine, avec les collections d’Émile Gaillard, vers 1900

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Coll. Levé • © Charlotte Donker

Le faste extérieur se poursuit à l’intérieur de l’hôtel Gaillard. Le vestibule s’ouvre sur un escalier d’honneur monumental, à double volée de style Renaissance, dont la rampe dissimule un sphinx à l’effigie du propriétaire. Les étages supérieurs desservent les différentes pièces de réception : le fumoir, la chambre d’Émile Gaillard, la salle à manger, les petit et grand salons (ou salle de bal). En 1884, le compositeur Franz Liszt y donne un récital privé. Mais le comble du pittoresque est sans nul doute l’escalier du puits, desservant l’aile de la rue de Thann. Il s’agit d’un escalier à vis en pierre surmonté d’un puits profond, lui-même orné d’une pièce de ferronnerie à motif de fleur de lys. Rêve d’un architecte pour un collectionneur, l’hôtel Gaillard est le chef-d’œuvre de Jules Février, pour lequel il obtient en 1889, la médaille d’or de l’Exposition universelle et le grand prix de la Société centrale des architectes pour l’architecture privée. Consécration : cent dix ans plus tard, en avril 1999, l’hôtel Gaillard est classé au titre des Monuments historiques.

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Citéco - Cité de l'Économie

Citéco est un lieu culturel et éducatif parisien, unique en Europe, qui a pour but de rendre l’économie accessible à tous. On y découvre que l’économie fait partie du quotidien. Jeux, manipulations, images, expériences ludiques et éclectiques, dévoilent avec humour et pédagogie les dessous de cette matière particulièrement riche et mal connue. Le musée s’est installé dans un magnifique hôtel particulier néo-Renaissance, l’hôtel Gaillard.

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