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Valentin Serov, Portrait du collectionneur de la peinture moderne russe et française Ivan Abramovitch Morozov, 1910
tempera sur carton • 63,5 x 77 cm • © Galerie nationale Trétiakov, Moscou.
Il y a cet étrange tableau de Van Gogh, une ronde de prisonniers hagards sous haute surveillance, alors que l’artiste cherchait désespérément à quitter l’asile psychiatrique de Saint-Rémy-de-Provence où il était interné. Puis cette scène tahitienne de Gauguin aux tonalités sourdes et à la perspective écrasée, figurant un couple se délectant de fruits devant un coucher de soleil. Et ce Picasso mélancolique de la période rose, frêle acrobate cherchant l’équilibre sous les yeux d’un colosse au repos, peint par l’artiste espagnol lorsqu’il s’installe à Paris pour mener la vie de bohème.
Devenus d’incontestables chefs-d’œuvre, ces tableaux emblématiques de la grande aventure des avant-gardes qui secoua le Paris de la Belle Époque n’étaient pas l’objet d’une spéculation intense ni d’un intérêt flagrant à l’orée du XXe siècle, au moment où ils entrèrent en Russie dans une collection privée. Van Gogh, mort en 1890, commençait à intéresser le marché, mais Gauguin allait s’éteindre en 1903 dans un dénuement total et dans l’indifférence générale, quand Picasso n’en était qu’à ses débuts. Derrière ces acquisitions visionnaires, qui font désormais la fierté des musées russes où elles sont conservées, se cache le nom d’une fratrie : les Morozov.
Vincent Van Gogh, La Ronde des prisonniers, Saint-Rémy, 1890
Référence directe à son enfermement en asile psychiatrique, ce tableau de Van Gogh s’inspire d’un dessin de Gustave Doré, En prison (la Promenade des détenus), dont il offre une interprétation vibrante, dans un espace plus étouffant et violent encore, intensifiant les ombres par son système de stries marquées. Où l’on croit reconnaître au premier plan, sous les traits du prisonnier qui nous regarde, un autoportrait de l’artiste.
huile sur toile • 80 × 64 cm • © Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou.
Les Morozov furent parmi les premiers à s’intéresser à ces précurseurs de la peinture moderne que snobaient encore les collectionneurs et marchands parisiens.
Personnages dignes d’un roman, quand ils n’en ont pas été la source d’inspiration directe, Mikhaïl (1870–1903) et Ivan (1871–1921) Morozov appartiennent à cette nouvelle bourgeoisie moscovite qui fit fortune sous l’Empire tsariste, stimulant les milieux économiques et culturels en surpassant la noblesse de Saint-Pétersbourg. À l’image de leur compatriote Sergueï Chtchoukine (1854–1936) – auquel leur destin sera à jamais lié après la Révolution de 1917, avec la nationalisation des biens privés qui réunira leurs collections respectives –, ou des Américains Leo et Gertrude Stein, soutiens indéfectibles de Matisse et Picasso, les Morozov furent parmi les premiers à s’intéresser à ces précurseurs de la peinture moderne que snobaient encore les collectionneurs et marchands parisiens. D’où vient leur appétence pour cet art non académique ? De quelle manière ont-ils formé leur regard, développé leur goût ? Comment en sont-ils arrivés à transformer leur lieu de vie en espace d’exposition ?
La famille Morozov, en 1903, avec, à l’arrière-plan, le portrait de Mikhaïl Morozov peint par Valentin Serov, un an plus tôt. À gauche de la photo, Margarita Morozova et ses trois enfants.
© Archive privée de Natalia Semenova, Paris- Moscou.
Rien ne les prédestinait à de telles audaces. Les Morozov sont une famille d’anciens serfs qui travaillaient au service d’un comte dans la région de Moscou. C’est l’un de leurs aïeux, prénommé Savva (1770– 1860), qui allait changer le cours des choses en créant un modeste atelier de rubans de soie grâce à la dot de son mariage. L’entreprise grandit tant et si bien que bientôt le patriarche put affranchir tous les siens. Et développer un réseau de manufactures, dirigées par ses fils et petits-fils, fournissant en velours, coton, calicot et ouate tout l’Empire russe mais aussi l’Europe, l’Iran et la Chine.
En quelques décennies, les Morozov deviennent des marchands et industriels parmi les plus puissants de Russie. Membres de la communauté des vieux-croyants (branche dissidente de l’Église orthodoxe russe), ils font de la transmission du savoir un devoir moral indissociable de leur réussite. Ce qui se traduit bien souvent par de nombreuses actions philanthropiques et une collectionnite aiguë. Alexei Morozov (1857–1934), l’arrière-petit-fils de Savva, constitue une bibliothèque incroyable de livres anciens, manuscrits et imprimés, quand sa fille Varvara Alexeïevna Morozova (1848–1917), femme indépendante au caractère bien trempé, finance des écoles et des salles de lecture, et transforme ses appartements privés en salon littéraire où se retrouvent Anton Tchekhov, Léon Tolstoï, le poète Alexandre Blok, l’écrivain Ivan Bounine ou encore le critique et dramaturge Valéri Brioussov. C’est dans cette effervescence intellectuelle que grandissent ses fils Mikhaïl, Ivan et Arseni (1873–1908), le petit dernier.
Si les deux premiers développent un goût précoce pour la peinture – s’essayant même à la pratique – et goûtent assez vite au plaisir addictif de la collection, Arseni, flambeur invétéré, ne cache pas son mépris pour leur amour de biens voués à se dégrader avec le temps. Lui préfère se faire construire un luxueux hôtel particulier. Joueur jusqu’à l’extrême, il mourra de septicémie pour s’être tiré une balle dans le pied un soir d’ivresse dans le seul but de prouver qu’il résistait à n’importe quelle douleur… Un drame absurde à la démesure d’un héros dostoïevskien. Aussi passionné et excessif, son grand frère Mikhaïl, considéré comme un « original jovial » par ses amis, a quant à lui inspiré à Alexandre Soumbatov, dit Youjine, le premier rôle de sa pièce Un gentleman, titre qui devient d’ailleurs son surnom.
Claude Monet, Waterloo Bridge – Effet de brouillard, 1903
À l’aube, dans le brouillard ou sous la bruine… Monet réalise une quarantaine de tableaux ayant pour motif le pont de Waterloo, à Londres. Ivan Morozov choisit cette variation tout en mauve où se devinent à l’arrière-plan les cheminées des usines de l’ère industrielle.
huile sur toile • 65 x 100 cm • © Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg.
Mikhaïl fait ses premiers jolis coups avec des acquisitions de Corot et des impressionnistes Renoir, Degas et Monet.
Le gentleman en question ne se refuse rien et dépense des fortunes au jeu. Ayant renoncé à se mettre au service de l’entreprise familiale, Mikhaïl organise des concerts et banquets dominicaux où le champagne coule à flots, recevant artistes et intellectuels dans son hôtel particulier luxueusement décoré, où les convives peuvent découvrir dans l’antichambre égyptienne un sarcophage avec une authentique momie installée à côté du téléphone… Après des tentatives de critique d’art, deux ouvrages historiques et un roman initiatique acide, Dans les ténèbres (1895), détruit sur ordre du ministre de l’Intérieur pour son cynisme et son immoralité, Mikhaïl choisit de se consacrer à sa passion de toujours, la peinture, et à l’unique façon de l’assouvir : son activité de collectionneur.
Le voici qui part défricher les nouveaux territoires de l’art lors de ses voyages en Europe, surtout à Paris, où il visite les Salons d’Automne et des Indépendants, fréquente les galeristes Ambroise Vollard et Bernheim-Jeune. Sur les conseils avisés du cercle de peintres qu’il a réunis à Moscou, Konstantine Korovine, Mikhaïl Vroubel et Valentin Serov, dont il achète également les tableaux, il fait ses premiers jolis coups avec des acquisitions de Corot et des impressionnistes Renoir, Degas et Monet. Puis il s’intéresse à des artistes beaucoup moins cotés.
Pierre Bonnard, L’Automne (les Cueilleurs de fruits), 1912
« Ce qui attire Morozov chez les Nabis, c’est avant tout la couleur, la couleur pure, solaire. Il faut avoir à l’esprit qu’ils vivaient dans la neige une grande partie de l’année. Leur fascination est quasi météorologique », souligne Anne Baldassari, la commissaire de l’exposition. En témoigne cette composition éblouissante comme le devient la nature sous l’effet d’un soleil d’automne.
huile sur toile • 365 × 347 cm • Coll. Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou / © Photo Artothek / La Collection.
Véritable précurseur, il jette son dévolu sur les Nabis Pierre Bonnard et Maurice Denis, et sur leur mentor et guide spirituel Paul Gauguin dont les couleurs vives le fascinent. Dès 1900, chez Vollard, il a un coup de foudre pour Te Vaa (la Pirogue), première toile de Gauguin à entrer en Russie (il se murmure même qu’il aurait découvert l’artiste avant Chtchoukine), suivie de Tarari Maruru (Paysage tahitien aux deux chèvres), vision enchanteresse d’un Éden retrouvé. Il acquiert également une marine de Van Gogh, dont la touche intense et tourmentée, piétinant les règles académiques de représentation de la nature, ne peut que le toucher. C’est sans doute ce parti pris radical qu’il retrouve chez Munch, dont il possède une envoûtante Nuit blanche – Osgarstrand (Filles sur le pont). Mais il n’a pas le temps de poursuivre l’aventure.
Souffrant de crises de néphrite de plus en plus aiguës, il meurt prématurément en 1903. Sa veuve Margarita Kirillovna fera don à la Galerie Tretiakov de la majorité de sa collection, gardant pour elle les portraits de famille. À l’instar de sa belle-mère, elle tient salon dans son hôtel particulier du boulevard Smolenski, jouant un rôle actif de mécène pour la musique.
La salle des Cézanne chez Ivan Morozov, rue Pretchistenka à Moscou, en 1923 (photomontage).
Coll. Archives Galerie Trétiakov, Moscou / © Beaux Arts.
Ivan, lui, reprend le flambeau du collectionneur visionnaire porté par Mikhaïl. De tempérament opposé, diplômé de l’École polytechnique de Zurich, il est un homme d’affaires redoutable – le capital familial triple lorsqu’il en prend la direction, de 1904 à 1916. Quand son frère décède, Ivan possède déjà un bel ensemble d’œuvres de ses contemporains russes, qu’il reçoit dans son magnifique hôtel particulier de la rue Pretchistenka. Marchant dans les pas de son aîné, il écoute les conseils avisés de ses amis artistes pour élargir son horizon. Il commence avec prudence par acquérir des toiles de Pissarro, Sisley, Monet, Renoir et de voluptueux nus de Degas. Méthodique, appliqué, il peut passer des heures à choisir une œuvre.
Après les impressionnistes, il s’intéresse aux Nabis découverts par son frère : Pierre Bonnard et Maurice Denis. Ivan réserve une place de premier plan à leurs tableaux. Il confie même à l’architecte Lev Kekouchev d’importants travaux intérieurs afin de valoriser son accrochage. Nous sommes en 1907, une année particulièrement féconde pour le collectionneur. Dans un esprit de compétition assumé avec Chtchoukine, à la fois rival et ami (qui lui présentera Matisse), il décide d’enrichir l’ensemble de Gauguin initié par Mikhaïl.
Paul Gauguin, Matamoe (la Mort) – le Paysage aux paons, 1892
Les 13 Gauguin de la collection Morozov appartiennent majoritairement à la période tahitienne. Ce Paysage aux paons est peut-être le plus beau d’entre eux, saturation de couleurs éclatantes créant une ambiance onirique au charme puissant.
huile sur toile • 116,5 × 89 cm • © Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou.
S’il ne peut concurrencer l’iconostase (nom donné aux cloisons recouvertes d’icônes dans les églises orthodoxes) dévolue au maître des paradis polynésiens imaginée par Chtchoukine, il parvient à acquérir huit toiles de Gauguin en moins d’un an, dont l’incroyable Matamoe (la Mort) – le Paysage aux paons, espace saturé de couleurs franches plein d’une énergie vitale enivrante. Ivan ne perd pas le nord pour autant et découvre cette même année Cézanne au Salon d’Automne, où il achète ses quatre premiers tableaux de l’artiste, des vues de la montagne Sainte-Victoire et une Nature morte à la draperie de 1892–1894 (il en possédera 18 au total). En 1907 toujours, un Bouquet (Vase aux deux anses) inaugure le bel ensemble de natures mortes de Matisse qu’il va constituer.
Paul Cézanne, Les Baigneurs, 1890–1894
Quand il s’éprend d’un artiste, Ivan Morozov peut acheter massivement, composant des ensembles monographiques impressionnants. Subjugué par l’œuvre de Cézanne, il acquiert 18 tableaux du maître, avec un pic à l’automne 1909 où sept toiles entrent dans sa collection.
huile sur toile • 26 × 40 cm • © Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou.
Enfin 1907, c’est le moment du lancement de sa commande la plus ambitieuse, passée à Maurice Denis, qu’il vient de rencontrer à Paris. Ivan aime les ensembles ; les œuvres qui se répondent, les assortiments harmonieux, les rapprochements relevant de l’évidence visuelle. Il a l’âme d’un commissaire d’exposition méticuleux. C’est dans cet état d’esprit qu’il confie au théoricien des Nabis la décoration de son salon de musique, accueillant avec joie son idée de cycle sur Psyché, incarnation de la beauté parfaite qui séduit Éros, dieu de l’Amour, pour devenir déesse à son tour.
Cette thématique ne pouvait que le séduire, lui qui vient d’épouser en toute discrétion une ancienne danseuse de cabaret Yevdokiya Sergueïevna, dont il était tombé amoureux quelques années auparavant et dont il avait eu une fille illégitime qu’il finira par adopter – sous ses airs inaccessibles, Ivan est le plus romantique des Morozov. Célébrant son mariage d’amour, les roses acides et nus stéréotypés inspirés par les villas de la Renaissance (la perspective en moins) de Maurice Denis suscitent des critiques acerbes. Qu’importe, Ivan, sous le charme, considère ces peintures comme « les perles » de sa galerie de tableaux, qu’il assortit de pièces de mobilier et de grandes céramiques dessinées par le peintre. Il commande également des sculptures à Aristide Maillol, que Maurice Denis lui a présenté.
Henri Matisse, Triptyque marocain (la Vue de la fenêtre, Zorah sur la terrasse, Entrée de la Kasbah), 1912-1913
Ivan Morozov commande à Matisse des paysages, libre à lui de réaliser ce qu’il veut. Le résultat sera ce Triptyque marocain. Le peintre lui écrit : « Ces tableaux ont été combinés pour être placés ensemble et dans un sens donné – c’est-à-dire que la vue de la fenêtre vient à gauche, la porte de la Casbah à droite, et la terrasse au milieu. »
huile sur toile • 115 x 80 cm, 115 x 100 cm, 116 x 80 cm • © Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou / © Succession Ivan Morozov.
Un an après la Révolution de 1917, sa collection est nationalisée et reçoit l’appellation de « Second musée de la nouvelle peinture occidentale ».
S’il a laissé à ce dernier une grande liberté d’action, il sera plus directif avec Bonnard à qui il commande différents tableaux, suivant le plan précis qu’il a en tête pour la décoration de son grand escalier d’honneur. Bonnard exécute d’abord un triptyque, la Méditerranée (1911), conçu à la manière de grandes tapisseries, où les motifs dessinent une nature éblouissante pour les yeux comme peut l’être la lumière saisissante du Sud. Ivan l’accroche de façon grandiloquente, trônant en majesté dans l’escalier, entourés de colonne à chapiteaux. Il enrichit le trio de deux autres peintures monumentales de Bonnard, le Printemps et l’Automne – les Cueilleurs de fruits. L’ensemble est censé rivaliser avec les peintures époustouflantes que Matisse vient de réaliser pour l’escalier d’honneur de Chtchoukine, la Danse et la Musique. Pour enfoncer le clou, Ivan passe d’ailleurs commande à leur auteur. Et c’est ainsi que Matisse réalise lors de son voyage à Tanger un triptyque beau comme un songe, variation sur le bleu évoquant la douceur d’un après-midi méditerranéen à l’abri du soleil. Achevés entre fin 1912 et début 1913, la Vue de la fenêtre, Zorah sur la terrasse et Entrée de la Kasbah sont exposés à la galerie parisienne Bernheim-Jeune avant de rejoindre Moscou.
Pablo Picasso, Acrobate à la boule, 1905
Fragile et gracile, la silhouette de cette acrobate en équilibre sur une boule contraste avec celle de son compagnon de route, masse imposante assis sur un bloc de pierre occupant la quasi-totalité de l’espace. Une union poétique de la force et de la délicatesse signée du jeune Pablo Picasso.
huile sur toile • 147 × 95 cm • © Musée d’État des Beaux-Arts Pouchkine, Moscou / © Succession Ivan Morozov.
Les années suivantes, Ivan cherche à combler les lacunes de sa collection qu’il envisage comme un panorama de l’art moderne, dont il souhaite réunir les principaux courants et éminents représentants. Il fait entrer de nouvelles toiles de Renoir, Cézanne, Marquet, Vlaminck et Derain, et trois Picasso, artiste qui ne pouvait manquer à l’appel. Du Minotaure, Ivan possède deux œuvres d’une douce tristesse, Acrobate à la boule (le premier Picasso à entrer en Russie) et les Deux Saltimbanques, ainsi qu’un Portrait d’Ambroise Vollard joyeusement déstructuré selon les non-règles du cubisme.
Accessible à quelques privilégiés, la collection Ivan Morozov sera bientôt ouverte à tous. Un an après la Révolution de 1917, elle est nationalisée et reçoit l’appellation de « Second musée de la nouvelle peinture occidentale » (le premier étant celle de Chtchoukine), dont Ivan est officiellement le vice-directeur, même si son rôle reste limité.
De toute façon, il n’aura pas le temps de s’attarder. La situation, de plus en plus tendue, pousse la famille à fuir la Russie en 1919 pour s’exiler en Suisse. Ivan Morozov décède peu après, à la veille de son 50e anniversaire. Il ne sera plus de ce monde lorsque, ironie du sort, sa collection fusionne avec celle de Chtchoukine pour former, au sein de son hôtel particulier de la rue Prechistenka, un musée national unifié d’art moderne occidental. Celui-ci sera liquidé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, confiant ses chefs-d’œuvre au musée Pouchkine de Moscou. Certaines œuvres étaient auparavant parties enrichir les cimaises du musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg quand d’autres avaient été vendues à l’étranger, tel le Café de nuit de Van Gogh envolé pour New York. Désormais répartie entre Moscou et Saint-Pétersbourg, la collection est reconstituée le temps d’une exposition parisienne, dessinant en filigrane l’incroyable saga de la dynastie Morozov.
La collection Morozov – Icônes de l’art moderne
Du 22 septembre 2021 au 3 avril 2022
Après avoir battu des records de fréquentation (plus de 1,2 million de visiteurs) et suscité l’enthousiasme général avec la présentation de la collection Chtchoukine à l’hiver 2016-2017, la fondation Louis Vuitton récidive et retrace l’histoire de l’autre grande collection russe d’art moderne, celle des frères Morozov. Près de 200 œuvres retracent la passion de Mikhaïl et Ivan pour Cézanne, Monet, Gauguin, Bonnard, Matisse, exposés aux côtés de l’avant-garde russe dont ils ont acquis des pièces emblématiques, signées Vroubel, Répine, Larionov, Serov… Une plongée époustouflante dans l’intimité d’une famille de la bourgeoisie moscovite qui dépensait sans compter pour obtenir des œuvres qui allaient devenir des icônes de l’histoire de l’art.
Fondation Louis Vuitton • 8 avenue du Mahatma Gandhi • 75116 Paris
www.fondationlouisvuitton.fr
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Immortalisé par son ami et conseiller le peintre russe Valentin Serov, le magnat prend la pose devant le tableau Fruits et bronze qu’il a commandé à Matisse deux ans plus tôt.