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Adorateur des grands maîtres, de Delacroix tout autant que d’Ingres, Fantin-Latour (1836–1904) est un peintre pétri d’idéal. Contemporain de Courbet (qui est un temps son maître), ami de Baudelaire et de Manet, l’artiste est un fervent wagnérien. Il aime la musique par-dessus tout, les légendes, la poésie. Grand peintre de fleurs, de portraits de groupe et de femmes, il admire la perfection de la nature. Fantin-Latour peint toujours avec sincérité et, tout en ayant produit des toiles fédératrices, il demeure indépendant, loin des combats et des révolutions esthétiques qui animent les artistes de son temps.
Henri Fantin-Latour, Autoportrait, 1861
Huile sur toile • 25 × 21,4 cm • Collection de M. et Mme Paul Mellon, National Gallery of Art, Washington • © National Gallery of Art, Washington DC
« Avant tout, j’ai tenu à faire mon métier en ouvrier, et je suis peintre, entendez-vous, peintre et non pas musicien. »
Henri Fantin-Latour est né à Grenoble, mais sa famille s’établit à Paris alors qu’il n’a que cinq ans. C’est donc dans la capitale qu’il grandit et se forme à la peinture. Son père est peintre et lui ouvre la voie. Dans un climat familial bienveillant, le jeune prodige s’exerce et copie dès 16 ans les grands maîtres au Louvre, ayant un faible pour les Vénitiens. C’est là qu’il fait la connaissance de Manet, à qui il présentera les sœurs Berthe et Edma Morisot.
Fantin-Latour développe une passion autant pour le romantisme de Delacroix que l’idéal ingresque. Il n’hésite pas défendre ce dernier, vilipendé par Manet. Bien qu’ayant une vision différente de l’art, les deux peintres sont amis. Fantin-Latour n’est pas un révolutionnaire, il veut avant tout bien peindre. Renvoyé de l’École des beaux-arts, il se rapproche un temps de Courbet qui a ouvert un petit atelier, mais l’entreprise ne dure que peu de temps, et Fantin-Latour se tourne vers un autre professeur, Lecoq de Boisbaudran. Il se distingue par ses aptitudes remarquables.
En 1858, il fonde la Société des trois, groupe amical et informel, avec les jeunes Alphonse Legros et l’Américain James McNeill Whistler. C’est ce dernier qui lui ouvre la porte de l’Angleterre où il connaîtra une carrière bien plus florissante qu’à Paris.
En 1863, Fantin-Latour envoie sa première œuvre au Salon, La Lecture. La réception critique est bonne. Aimant la musique, celle de Wagner en particulier, il adresse l’année suivante Scène du Tannhäuser. Wagner continue de l’obséder tout au long de sa carrière… à tel point qu’il est parfois qualifié de peintre wagnérien. La musique est pour lui l’équivalent d’un rêve, et ce rêve, il cherche à le mettre en images.
Aux Salons, Fantin-Latour présente régulièrement des portraits de femme, élégantes mais naturelles, des portraits de groupe et des natures mortes qui font sa réputation. Son Hommage à Delacroix, en 1864, lui permet de sortir de l’ombre en célébrant en une toile les réalistes et les romantiques, dont Baudelaire. En 1867, il expose un portrait de Manet, représenté avec simplicité en tenue de campagne. Deux ans plus tard, Fantin-Latour expose Un Atelier aux Batignolles, tableau devenu célèbre qui représente autour d’Édouard Manet, Zola, Renoir, Monet…
Pétri de tradition, l’artiste a une technique très sûre, qu’il ne cesse de peaufiner. Il se documente beaucoup, accumulant des photographies et des copies de sculptures antiques. L’artiste ne se cantonne pas à la peinture, mais dessine aussi au pastel et réalise des lithographies.
Fantin-Latour n’a jamais couru derrière le succès ou les honneurs. Marié à l’artiste Victoria Dubourg, proche de ses amis, il demeure néanmoins relativement retiré. Sa peinture se vend peu, mais il semble ne pas s’en soucier. Il est décrit comme un homme très cordial, franc et sincère, peu intéressé par le grand monde. La postérité et la reconnaissance ne viennent à lui qu’à titre posthume. Il meurt dans sa maison de campagne en 1904.
Henri Fantin-Latour, Hommage à Delacroix, 1864
Huile sur toile • 160 × 250 cm • Paris, Musée d’Orsay • © akg-images / Laurent Lecat
Hommage à Delacroix, 1864
Exposé en 1865, ce tableau est sans doute l’un des plus connus de l’artiste. Autour du maître romantique représenté dans un portrait quasi photographique, se retrouve toute la jeunesse réaliste : Bracquemond, Duranty, Legros, Whistler, Champfleury, Manet, Baudelaire… et Fantin-Latour lui-même. Ils font figure d’apôtres. Pourtant, la manière dont Fantin-Latour peint ce cénacle est plutôt redevable à la manière d’Ingres qu’à celle de Delacroix. Cette œuvre illustre le dualisme de l’artiste, qui laisse parler ses goûts sans s’occuper des chapelles d’écoles.
Henri Fantin-Latour, Un atelier aux Batignolles, 1870
Huile sur toile • 204 × 273,5 cm • Musée d’Orsay • © Musée d’Orsay / DcoetzeeBot
Un atelier aux Batignolles, 1870
Voici une autre toile célèbre de Fantin-Latour, fréquemment reproduite dans les ouvrages sur la peinture impressionniste et popularisée par la gravure en son temps. Manet est au centre de la scène, le pinceau à la main. Plusieurs admirateurs sont dans l’atelier, dont Émile Zola, Auguste Renoir et Claude Monet. Fantin-Latour représente ici l’école moderne, dont lui-même est en marge, d’une manière très classique, comme si ses membres étaient déjà passés à la postérité.
Henri Fantin-Latour, Les Filles du Rhin, 1876
Pastel et fusain sur papier • 52,9 × 35,2 cm • Musée d’Orsay • © Musée d’Orsay, RMN Grand-Palais / Patrice Schmidt
Les Filles du Rhin, 1876
Inspiré par l’univers wagnérien, Fantin-Latour peint les ondines du vieux fleuve évoluant au-dessus des eaux, comme dans un songe. Toutes trois sont les gardiennes de l’or du Rhin. Le traitement de la lumière est évanescent. L’artiste traduit les émotions qui le traversent à l’écoute des chefs-d’œuvre de Wagner. La musique libère son imagination et le pousse dans une voie plus symboliste qu’à l’accoutumée.
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