CO₂ntext designé par Holla Hoop pour la Collection Horten de Vienne, 2025
© Heidi Horten Collection, Vienne
Et si l’art pouvait, en plus d’éveiller les consciences, lutter physiquement contre les effets néfastes du réchauffement climatique ? Alors que l’Europe subit cet été des épisodes caniculaires, l’artiste autrichien Jonas Griessler a tenté l’expérience avec succès : en compagnie de son collectif baptisé Holla Hoop, il a repeint l’asphalte de la cour du musée Heidi Horten de Vienne, en le recouvrant d’une vaste fresque composée d’un patchwork de formes géométriques aux couleurs vives : jaune, bleu, rose, orange… Verdict du thermomètre infrarouge : la température au sol est passée de 31 à 20 degrés Celsius !
Le secret de ce tour de magie : lorsque le rayonnement solaire arrive sur le sol de notre planète, il est en partie réfléchi ; or l’intensité de cette réflexion, nommée albédo, varie en fonction de la couleur et de la matière de la surface en question. Plus cette dernière est claire, plus elle renvoie la chaleur, alors qu’un noir profond en retient et absorbe pratiquement la totalité. Si les pays méditerranéens, comme la Grèce et la Tunisie, l’ont depuis longtemps bien compris, comme en témoignent leurs maisons traditionnelles blanchies à la chaux, ce paramètre n’a pas été pris en compte dans la conception de nombreuses villes européennes où la chaleur était autrefois moins intense – d’où une forte présence d’asphalte gris-noir.
« Les tons enfantins reflètent la légèreté et l’inconsistance avec laquelle notre société traite ce sujet [le changement climatique]. »
Jonas Griessler
Situé au cœur de Vienne, à deux pas du célèbre opéra et de l’Albertina, le musée dédié à la riche et éclectique collection d’art de la mécène autrichienne Heidi Goëss-Horten (1941–2022), qui présente notamment jusqu’au 31 août une exposition sur l’expressionnisme, a décidé de recourir à cette astuce pour mieux accueillir ses visiteurs durant l’été. L’établissement a donc fait appel à ce jeune artiste local, âgé de 25 ans et issu du milieu du graffiti, après avoir pris connaissance de peintures similaires (mais dans des tons plus pastel) que son collectif avait réalisées sur le sol de deux terrains de basket de la ville.
CO₂ntext designé par Holla Hoop pour la Collection Horten de Vienne, 2025
© Heidi Horten Collection, Vienne
« Nous voulions améliorer un peu la qualité de séjour » des visiteurs et « promouvoir une prise de conscience » tout en attirant les regards avec cette « palette agréable visuellement », a déclaré à l’AFP la conservatrice Véronique Abpurg. Le professeur Hans-Peter Hutter, spécialiste de santé environnementale à la faculté de médecine de Vienne, qui a accompagné cette initiative, se réjouit également du résultat de ce projet où art, sciences et aménagement urbain s’entrelacent.
Le collectif Holla Hoop, avec Jonas Griessler, Philo Jöbst et Kalojan Paier, 2025
© Heidi Horten Collection, Vienne
Tout en faisant baisser la température dans la cour et les bâtiments voisins, l’œuvre du collectif Holla Hoop donne des idées aux urbanistes, qui pourraient combiner végétalisation et couleurs vives pour rhabiller les villes afin de les rendre moins suffocantes durant les grosses vagues de chaleur.
Mais la fresque fait aussi réfléchir. Les surfaces colorées, dont « les tons enfantins reflètent la légèreté et l’inconsistance avec laquelle notre société traite ce sujet », explique Jonas Griessler, représentent en effet chacune une année, et contiennent des petits points qui incarnent respectivement un milliard de tonnes de CO2 émis durant la période en question. Ce qui permet de visualiser la hausse spectaculaire des rejets, multipliés par trois en 2000 par rapport à 1960 – et par quatre en 2024. Une façon utile et ludique de communiquer sur le sujet grave et anxiogène du réchauffement climatique.
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