CASETiFY x Mauritshuis : housse d’AirPods Max “Jeune fille à la perle” de Vemeer, 2025
© CASETiFY et Mauritshuis, La Haye
À première vue, on croirait à un canular ou à une image générée par l’IA. Mais non : cette étoffe soyeuse bleue, ornée d’une perle, existe bel et bien ! Tout juste dévoilée, la housse pour AirPods Max commercialisée par la marque Casetify, directement inspirée de La Jeune Fille à la perle (1665) de Johannes Vermeer, est déjà en rupture de stock. Il fallait débourser tout de même plus de 200 euros pour obtenir cet objet arty à adjoindre à un casque audio qui, rappelons-le, coûte déjà 579 euros.
Ce gadget incongru s’inscrit dans une gamme d’accessoires high-tech lancée en avril dernier et conçue en collaboration avec le musée Mauritshuis de La Haye. Trois autres chefs-d’œuvre hollandais du XVIIe siècle inspirent aussi, dans la même collection, des produits dérivés : Le Chardonneret de Carel Fabritius (1654), Vase de fleurs de Jan Davidsz de Heem (1670) et Le Taureau de Paulus Potter (1647), déclinés en coques de smartphones et housses d’ordinateur. Une façon d’« habiller » nos objets connectés avec des icônes muséales – une pratique qui, désormais, relève de la routine marketing. En 2021, le Louvre avait d’ailleurs déjà collaboré avec la marque pour une collection capsule d’accessoires pour téléphones, mettant en scène La Joconde, La Vénus de Milo, La Grande Odalisque et La Liberté guidant le peuple.
CASETiFY x Mauritshuis : la collaboration comprend une gamme d’accessoires technologiques, tels que des étuis pour téléphones, des porte-cartes adhérents, des supports adhérents, des étuis pour AirPods, des étuis pour ordinateurs portables et des étuis pour iPad, 2025
© CASETiFY et Mauritshuis, La Haye
Sauf qu’ici, la housse reproduit fidèlement le foulard plissé bleu et jaune du modèle, jusqu’à la perle (en résine) suspendue sur le côté. Résultat : l’utilisateur devient, l’espace d’un trajet en métro, une version cosplay du tableau de Vermeer. Un équipement instagrammable à souhait, certes, mais qui frôle le ridicule et, détail gênant relevé par The Verge, recouvre intégralement les commandes physiques du casque. Peu importe : les amateurs se sont rués dessus, malgré un tarif qui dépasse l’entendement.
Derrière l’anecdote, se profile une tendance de fond : la prolifération de partenariats improbables entre musées et marques – on connaissait déjà les tee-shirts Uniqlo x Louvre, les montres Swatch x Centre Pompidou ou les rouges à lèvres Lancôme x Louvre. S’y ajoute l’exploitation à l’infini de l’image des artistes, jusqu’à saturation. Frida Kahlo en a été l’exemple emblématique, son visage transformé en logo à coller sur mugs, tote bags et même une Barbie…. Mais cette marchandisation croissante des chefs-d’œuvre n’est pas qu’un caprice marketing, elle s’explique aussi par une réalité économique plus brutale. Face au désengagement continu de l’État, les musées doivent trouver de nouvelles ressources, tout en cherchant à séduire des publics plus jeunes.
Comme l’écrivait une consœur d’Hyperallergic, on se demande quelle sera la suite ! Pourquoi pas un menu McDonald’s inspiré des Mangeurs de pommes de terre, en partenariat avec le musée Van Gogh d’Amsterdam ? Un canoë Decathlon inspiré de La Grande Vague de Kanagawa d’Hokusai, avec le musée Hokusai-kan ? Après tout, si ces gadgets n’éclairent pas vraiment notre rapport aux chefs-d’œuvre, ils brillent très bien en vitrine et attirent les foules…
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