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Robert Gabris, This Space Is Too Small For Our Bodies, 2023
techniques mixtes • © Photo Jeanine Schranz.
Gros déménagement en perspective ! La biennale de Lyon n’a pas fait long feu dans les usines Fagor, qui avaient accueilli ses deux dernières occurrences. Pour sa 17e édition, elle abandonne ces hangars âpres pour un site tout aussi industriel mais bien plus spectaculaire : une vaste friche du quartier de la Mulatière, à l’extrême sud de la ville, mais bien desservie par le métro. Voici venue l’ère des Grandes Locos, dont les deux halles sous verrière ont été abandonnées par la SNCF, 12 000 m2 pour l’une, 8 000 m2 pour l’autre, culminant à 21 mètres sous plafond : un terrain de jeu idéal.
La biennale espère bien faire son lit dans ce site récemment reconverti en lieu de culture. C’est Alexia Fabre, commissaire de cette édition, qui en essuie les plâtres, avec la petite centaine d’artistes qu’elle a invités. « Notre désir, révèle celle qui dirige également l’École des beaux-arts de Paris, c’est de rendre hommage à tous ces artistes du monde entier qui travaillent près de nous, cette scène internationale que nous avons à portée de main. »
Ils se dissémineront dans chaque recoin des Grandes Locos, autour des motifs du collectif et du soulèvement, car « ces murs chuchotent, transpirent cette histoire ouvrière et humaine », mais aussi sur quatre autres sites dispersés dans Lyon, riches d’œuvres au caractère plus intimiste : comme toujours, le musée d’Art contemporain (macLYON), la fondation Bullukian (qui expose les œuvres de Raphaëlle Peria sous le joli titre « Dérives de nos rêves informulés ») et l’Institut d’art contemporain de Villeurbanne (qui présente à son habitude un florilège d’une dizaine de jeunes créateurs internationaux).
Michel de Broin, Mortier Fati, 2024
Alexia Fabre a fait plusieurs fois confiance à cet artiste québecois pour de grands événements, comme la Nuit blanche à Paris. Elle lui a commandé une pièce in situ qui vient épouser les verrières des Grandes Locos.
tubes fluorescents et quincaillerie • Courtesy Michel de Broin
À quoi s’ajoute une nouvelle venue, elle aussi spectaculaire : la Cité internationale de la gastronomie, qui occupe l’ancien Grand Hôtel-Dieu, sur les rives du Rhône. Quant au programme « Veduta », qui essaimait les projets d’artistes dans les cités aux alentours, l’esprit n’en est pas abandonné mais il fusionne avec le programme général.
Plus d’une cinquantaine d’œuvres ont ainsi été commandées spécifiquement pour l’occasion – c’est assez rare pour le souligner.
Aller à la rencontre de l’autre : telle est la thématique générale de ce projet, qui inclut « beaucoup d’œuvres réalisées avec les habitants ou qui invitent le public à y prendre part, à les activer, voire à les faire exister », précise Alexia Fabre. D’où le double titre qu’elle a choisi avec Isabelle Bertolotti, directrice artistique de la biennale et du macLYON, institution qui en fut à l’initiative en 1991. Le premier, « Les voix des fleuves », s’offre en clin d’œil à la ville embrassée par Saône et Rhône, « ce territoire de confluences où deux fleuves en font un autre plus grand et nous rappellent que la rencontre rend plus fort », décrypte-t-elle.
Clément Courgeon, Une cabane de salive, 2022
Les digressions carnavalesques et volontiers grotesques de Clément Courgeon ont attiré l’attention dès sa sortie des Beaux Arts de Paris, en 2022. « Mon travail est un terrier, un refuge dans l’absurdité », clame cet espoir de la performance.
archive photographique de la performance • © Photo Yves Bartlett
Quant au second titre, en anglais, « Crossing the Water », il est tiré d’un poème de Sylvia Plath, « qui évoque l’idée de traverser les eaux pour aller vers l’autre ». On l’a compris, il est ici question de « relation humaine, de relation avec les autres, avec notre histoire, notre terre, nos inquiétudes. Car, comme le dit la poétesse libanaise Dominique Eddé, de l’inquiétude vient la lumière. »
Si Alexia Fabre a accepté ce mandat malgré son agenda surchargé, c’est aussi qu’elle est attachée au fait que « cette manifestation reconnaît la valeur et le rôle des artistes dans la société et les invite à produire : c’est la plus belle reconnaissance qu’on puisse leur apporter ». Plus d’une cinquantaine d’œuvres ont ainsi été commandées spécifiquement pour l’occasion – c’est assez rare pour le souligner. Une initiative d’autant plus valeureuse que, forte de ses relations quotidiennes avec la très jeune scène, Alexia Fabre a amplement misé sur elle. Parmi ces jeunes pousses pleines d’espoir, retenons les noms de Joséphine Berthou, remarquée au printemps lors de l’exposition des diplômés de l’Ensba, Mona Cara et son imagerie très BD, le néo-médiéviste Clément Courgeon ou encore Alix Boillot, qui a fait des éclats à la Villa Médicis.
Mona Cara, Cactus, à la Biennale de Lyon 2024, 2024
Tapisserie, tissage Jacquard et en dentelle de Brioude • 10 × 12 m • Photo Jair Lanes / Biennale de Lyon
Pour ponctuer son parcours, Alexia Fabre a fait appel aussi à nombre d’artistes qu’elle accompagne depuis des décennies. Outre des hommages à des disparus qui lui sont chers, comme Chantal Akerman et Christian Boltanski, une série de pointures sont conviées : Jeremy Deller, Ange Leccia, Stéphane Thidet, Taysir Batniji, Oliver Beer ou Michel de Broin. Difficile, avant l’ouverture, d’imaginer leur dialogue. Mais on a hâte de découvrir ce qu’ont imaginé la metteuse en scène Lorraine de Sagazan, qui fait depuis peu incursion dans les arts plastiques, ou Lina Lapelytė, qui avait remporté le Lion d’or du meilleur pavillon à la biennale de Venise en 2019 pour son opéra écolo. Tous sont réunis sous un même espoir, formulé ainsi par Alexia Fabre : « Je crois en la puissance de la création pour nous aider à vivre, en la capacité des artistes à nous entraîner vers la vie. »
17e édition de la Biennale de Lyon
Du 21 septembre 2024 au 5 janvier 2025
Lyon • Lyon
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Explorant sa double appartenance à la communauté rom et queer, le jeune artiste slovaque compose des espaces sensibles à travers dessin, installation, performance et vidéo. C’est l’une des découvertes de cette biennale.