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Déclinaisons de la chaise A.I. de Philippe Starck, conçue avec l’intelligence artificielle
© STARCK
Philippe Starck et la chaise A.I.
© akg-images / Photo Stéphane Grangier
Au départ, un constat : toutes les chaises se ressemblent… « Elles sont sorties d’une même mémoire animale, d’une même culture, d’une même société. Je m’interrogeais : comment créer une chaise structurellement différente ? Cette idée est le fruit de mon ennui. » nous confie par téléphone le designer Philippe Starck, créateur prolifique actuellement à l’affiche d’une exposition au musée Carnavalet. En 2017, il est chargé de concevoir une nouvelle assise pour la marque Kartell, spécialisée dans le plastique. Lui, connaît l’exercice par cœur – l’éditeur lui doit déjà le succès de sa collection d’assises transparentes Ghost en 2005, hommages au mobilier Louis XV, et celle de la chaise Masters, dont le dossier compile ceux de trois icônes design.
Starck décide de se tourner vers l’intelligence artificielle et fait alors appel à Autodesk. Spécialisée dans la création de logiciels de création 3D, cette entreprise américaine met à disposition du créateur Dreamcatcher, un programme de design génératif qui, s’appuyant sur l’IA, avait déjà permis aux ingénieurs de mettre au point un fauteuil en bois (l’Elbo Chair). L’idée de Starck ? Générer une assise « sans empreinte humaine, mémorielle ou sentimentale. » Pour ce faire, le designer indique à Dreamcatcher certains paramètres de la future chaise comme le poids à supporter, les dimensions, le matériau… Et lui formule une demande précise : « Aide-moi à reposer mon corps en utilisant le minimum de matière et d’énergie. »
Chaises A.I. dans un intérieur
© Kartell
Le processus s’enclenche puis rame pendant deux longues années… L’IA tatonne sans obtenir de résultat. « On aurait dit un animal pris au piège, qui cherche la sortie d’un labyrinthe » se souvient Starck, qui décide donc de changer d’approche. Jusqu’ici, Dreamcatcher tentait de créer un design ex nihilo. Et si elle essayait plutôt de générer une chaise à partir d’une forme préexistante, à la manière d’un sculpteur avec un bloc de marbre ? Déconstruire plutôt que construire, voilà la solution. Starck transfère alors à l’IA l’image d’un fauteuil grossier, cubique, qu’elle va s’efforcer d’épurer afin d’obtenir une assise minimale capable de supporter le poids d’un humain.
S’en suit une stupéfiante métamorphose : Dreamcatcher sculpte dans la masse, cisèle les pieds et les accoudoirs comme des ramures qui tour à tour, prolifèrent puis s’affinent et se lissent. Le résultat est finalement très proche du design de Starck : « Beaucoup de gens pensaient que je l’avais dessinée moi-même. C’est simplement la machine qui m’a battu. » concède le designer. On décèlerait presque une influence Art nouveau dans la forme épurée, et néanmoins biomorphique, de cette assise qui exclut tout superflu. Car, contre toute attente, l’IA s’est inspirée de la nature pour créer ce fauteuil en plastique. « Les biologistes disent que la nature se compose du minimum, qu’il n’y a jamais rien d’inutile. Ce qui expliquerait cet esprit végétal », analyse Starck.
« Désormais, seule l’IA peut nous aider à évoluer. »
Philippe Starck
C’est donc une première dans le domaine du design : une pièce de mobilier non conçue par l’homme. Au fond, Starck ne fut que l’initiateur, le donneur d’ordre. Aurait-il fait mieux lui-même ? Plus fantaisiste sans doute, mais moins économe, assurément. Dévoilé lors du Salon de Milan en 2019, cet innovant fauteuil est désormais fabriqué grâce à un technopolymère thermoplastique recyclé provenant de restes de production de Kartell, que l’éditeur a breveté pour assurer sa survie après l’ère du tout plastique. Ce qui en fait le parfait objet marketing, une « chaise vertueuse » se targue Starck – disponible pour environ deux cents euros, dans cinq coloris différents.
Le designer ne cache pas sa fierté, certain d’avoir ouvert une porte : « L’histoire nous a montré que nous sommes des génies devenus créateurs, producteurs. Mais hélas nos créations engendrent aussi bien du positif que du négatif. L’humain a tellement impacté la terre qu’il ne sait plus la piloter. Désormais, seule l’IA peut nous aider à évoluer ». À condition, comme le souligne Geoffrey Hinton – chercheur spécialiste de l’intelligence artificielle, devenu lanceur d’alerte depuis sa récente démission chez Google – de la nourrir de bonnes intentions, bienveillantes et éco-responsables…
Philippe Starck. Paris est pataphysique
Du 29 mars 2023 au 27 août 2023
Musée Carnavalet • 23 Rue de Sévigné • 75003 Paris
www.carnavalet.paris.fr
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