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Julian Van Dieken, My Girl with a Pearl
© Mauritshuis, La Haye / My Girl project.
La peinture rupestre, Léonard de Vinci, Vincent Van Gogh, Andy Warhol et… le prompt art. En soixante secondes chrono, voilà résumés en une animation l’histoire et le futur possible de l’art. Derrière cette vidéo devenue virale en janvier dernier se cache une intelligence artificielle. Ou plus précisément Fabio Comparelli, l’un de ces milliers d’amateurs qui se passionnent depuis quelques mois pour Stable Diffusion, Dall-E (prononcer Dalí) ou Midjourney.
Ces sites en libre accès sont capables de générer une image à partir d’une description textuelle, que l’on appelle « prompt » (d’où le terme « prompt art »).
Leur fonctionnement ? Des modèles d’apprentissage (machine learning) basés sur des réseaux neuronaux se nourrissant de données massives. Plus ils sont sollicités, plus ils progressent. Le résultat est bluffant. À tel point qu’en septembre 2022 l’une de ces images – un paysage évoquant autant un space opera qu’une peinture de Gustave Moreau – a remporté un concours de peinture numérique à la Colorado State Fair, suscitant l’ire des autres participants. Même réaction, plus récemment, aux Pays-Bas : afin de remplacer temporairement l’une de ses pièces maîtresses, la Jeune fille à la perle – prêté au Rijksmuseum pour l’exposition « Vermeer » –, le Mauritshuis, à La Haye, a exposé, après un appel à projets, les cinq plus belles interprétations digitales du chef- d’œuvre. Parmi elles figurait une version hyperréaliste créée par un certain Julian Van Dieken… grâce à Midjourney [ill. en Une]. Une décision qui a scandalisé visiteurs et internautes.
Intelligence artificielle Midjourney, Théâtre d’opéra spatial, 2022
Peinture numérique
« Il faut comprendre que l’IA n’est qu’un outil, et son résultat n’est que le reflet des souhaits du créateur. »
L’IA concurrence-t-elle sérieusement les artistes ? « Il faut comprendre que l’IA n’est qu’un outil, et son résultat n’est que le reflet des souhaits du créateur », rappelle Fabio Comparelli, qui compare avec enthousiasme l’avènement de cette technologie à celui de la photographie au XIXe siècle. Selon Gauthier Vernier, membre du collectif Obvious, pionnier en matière d’art algorithmique dont le Portrait d’Edmond de Belamy entièrement créé par IA s’est vendu environ 378 000 € chez Christie’s en 2018, « c’est une véritable révolution qui pose des questions passionnantes sur ce qu’est être artiste, sur les limites de l’art, sur la relation de l’artiste avec son outil ». D’autant plus que celui-ci est désormais à la portée de tous.
Obvious, Portrait d’Edmond de Belamy, 2018
Encre • 70 × 70 cm • © Obvious / Christie’s
Comment ? Il suffit de créer un compte sur l’une de ces plateformes et d’indiquer en une phrase ce que l’on souhaite. Plus vous apporterez de détails, préciserez un style (impressionniste, façon vitrail, rendu 3D…), voire un type de matériel (pellicule Agfa Vista 200, 4K), plus vous donnerez corps à votre vision. Besoin d’un design pour votre site web ou pour illustrer une recette de cuisine ? Il suffit de quelques clics, et c’est dans la boîte. Il est ensuite possible d’éditer directement votre création (recadrer, détourer, changer les couleurs…) en ligne.
« Le Jardin des délices de Jérôme Bosch dans un style photographique ». Cela sonne comme un titre, mais c’est la requête textuelle que nous avons fournie au chatbot Midjourney pour créer ce paysage.
Création par Florelle Guillaume / Midjourney.
Si Dall-E propose une esthétique hybride particulière, Midjourney (chatbot de la plateforme Discord) offre un rendu hyperréaliste stupéfiant, digne des plus grands studios de création 3D, comme le démontre notre illustration, qui fait appel à la V5 du programme, la plus spectaculaire à ce jour. Notez que chaque image obtenue est unique et aléatoire. Et c’est là tout l’intérêt de cette technologie : la rencontre entre l’imaginaire humain et la part d’imprévu des algorithmes, capables d’une forme de poésie inédite qui nous renvoie autant à l’écriture automatique d’André Breton qu’aux machines à dessiner (les Méta-Matics) de Jean Tinguely, lequel affirmait déjà dans les années 1950 : « La technique n’est rien, le rêve est tout. » Nous voilà (presque) rassurés.
Retrouvez l'intégralité de notre dossier de 18 pages "L'IA bouleverse l'art" dans le numéro de mai en kiosque aujourd'hui.
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Le Mauritshuis de La Haye a remplacé temporairement la « Jeune fille à la perle », prêtée au Rijksmuseum pour l’exposition « Vermeer », par cette version générée par IA. Et provoqué un tollé.