Grand Canal et Basilique Santa Maria della Salute de Venise
© Aurelien Brusini / Hemis
Perchés sur le pont du Rialto, les touristes regardent éblouis les courbes bordées de palais du Grand Canal, majestueux boulevard d’eau qui traverse la ville de Venise d’ouest en est. Ils ne sont pas les premiers, loin de là, à être tombés sous son charme. Vénitien de naissance, Canaletto est le représentant le plus célèbre du « védutisme », un genre de la peinture de paysages (surtout urbains) qui apparaît au XVIIIe siècle ; minutieux, le peintre représente chaque monument avec un remarquable sens du détail, et se plaît tout autant à figurer la foule et l’affluence des bateaux sur le Grand Canal…
Contemporain de Canaletto, Francesco Guardi est l’autre grand védutiste vénitien ; il s’inscrit dans la même tradition picturale, dont va nettement s’éloigner William Turner. Car lorsque l’artiste anglais dépeint le Grand Canal, il délaisse quelque peu les palais et les gondoles pour représenter avec vivacité les variations lumineuses de l’eau et du ciel. Il se concentre sur le sublime dialogue entre les éléments qu’offre la ville, laquelle blanchit à la tombée du jour.
Joseph Mallord William Turner, The Mouth of the Grand Canal, Venise, Vers 1840
Aquarelle sur papier • 21.9 × 31.8 cm • Coll. Yale Center for British Art, Paul Mellon Collection, USA • © Bridgeman Images
Rapidement, Turner ouvre la voie aux impressionnistes, qui viennent eux aussi se confronter à l’exercice du paysage vénitien. Claude Monet y séjourne en 1908, et consacre au Grand Canal une série d’œuvres qui saisissent la basilique Santa Maria della Salute de Venise à différentes heures du jour. Le pointilliste Paul Signac s’y attelle également. Attentif aux personnages qui peuplent le grand paysage, Édouard Manet s’approche en 1874 d’un gondolier, et rappelle que ces flots tant admirés sont quotidiennement parcourus par de travailleurs, aussi hauts perchés que les piquets colorés dans l’eau.
D’une longueur de quatre kilomètres, le Grand Canal suit le tracé d’une ancienne rivière – exploitée dès l’Antiquité –, et demeure depuis le IXe siècle l’axe principal de la ville, emmenant les bateaux chargés de marchandises du port jusqu’aux principaux quartiers et marchés vénitiens.
Claude Monet, Le Grand Canal et Santa Maria della Salute, 1908
Huile sur toile • 73,5 × 92,5 cm • Collection privée • © Bridgeman Images
Large, luxueux, il est bordé par plus de 170 palais, églises et édifices datant du XIIe au XVIIIe siècles – que l’on ne peut voir que depuis la rive ou une gondole, puisque aucun quai ne le longe entièrement (ce qui peut entraîner les visiteurs dans d’étourdissants détours, d’autant qu’il n’est franchi que par quatre ponts différents) : le palais gothique Ca’ d’Oro, la basilique baroque Santa Maria della Salute, le Fondaco dei Turchi…
Désormais, le Grand Canal accueille bien volontiers des œuvres contemporaines lors de la Biennale de Venise. En 2017, Lorenzo Quinn a ainsi installé deux mains géantes blanches sortant de l’eau et s’agrippant à la façade du Ca’ Sagredo Hotel… En figurant ainsi la détresse de la ville, surexposée au tourisme de masse et au changement climatique, l’artiste a offert à cette édition du grand raout de l’art l’une de ses œuvres les plus spectaculaires, et un inoubliable cri d’alerte.
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