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Gae Aulenti, Les 3 modèles de taille de la lampe Pipistrello, 1965
© Martinelli Luce
Elle hante Instagram sous les hashtags #styleretro », #artnouveau ou encore #vintage, prête à illuminer un bureau chargé de livres d’art bien rangés, ou un salon, posée sur un guéridon au coin d’un moelleux canapé. Où qu’elle se trouve, la lampe Pipistrello devient la star, photogénique, extravagante et majestueuse. Et ce, sans une ride du haut de ses cinquante-six ans. Pourtant, si la majorité l’adore, d’autres la détestent radicalement ! Ni lampadaire ni table de chevet, elle est un autre genre de luminaire, unique par sa hauteur réglable et son fantasque abat-jour. Résolument anticonformiste…
Ga Aulenti dans son atelier, 1992
© Mondadori Portfolio / Adriano Alecchi / Bridgeman Images
Tout comme sa créatrice Gaetana Aulenti (surnommée « Gae » Aulenti). Architecte, designer et scénographe milanaise, elle est l’une des premières femmes à s’être frayé un chemin à la prestigieuse École Politecnico dont elle sort diplômée en 1954. En tant que membre du mouvement Neoliberty, né dans les années 50, elle s’oppose aux préceptes du style international qui prône aux États-Unis une construction sans ornementation, en béton, verre et acier. Face à ce radicalisme architectural, Aulenti préfère opter pour un design ludique, expérimental et innovant… En 1965, elle réaménage le sage showroom de la marque de machines à écrire Olivetti, situé rue du faubourg Saint Honoré, à Paris. Le résultat est stupéfiant : un espace circulaire inspiré des places parisiennes, où les objets s’exposent dans un décor entièrement blanc aux lignes sensuelles, parfois même sur les marches d’un escalier. Au centre trône un pilier rouge flamboyant. Seul élément manquant, considère la designer : une source d’éclairage sculpturale, inventive et visionnaire…
Et c’est dans le mouvement Art nouveau, né à la fin du XIXe siècle, que Gae Aulenti décide de puiser son inspiration pour donner vie à son projet. Alors que les arbres, les fleurs et les insectes figurent parmi les habituelles inspirations de ce courant, elle mise plutôt sur les ailes souples et courbes d’une chauve-souris, animal nocturne à la réputation effrayante, qui donnera son nom à sa création (« Pipistrello » signifiant chauve-souris en italien). Sur un massif pied en aluminium, la designer dessine son abat-jour comme un champignon qu’elle découpe en quatre parties – ou « ailes » –, chacune couvrant une ampoule. Sans oublier d’en placer une cinquième au centre : l’éclairage est à la fois optimal, doux et apaisant… car le globe n’est pas en verre comme on peut le soupçonner, mais en méthacrylate opalescent, un matériau qui diffuse la lumière de manière subtile…
La lampe Pipistrello dans un intérieur
© Martinelli Luce
La Pipistrello : une ode à l’architecture Art déco en même temps qu’à l’Art nouveau !
Ultime touche de modernité : son tube télescopique en inox brossé, réglant la hauteur de l’abat-jour jusqu’à 86 centimètres (soit 20 centimètres de plus que la hauteur initiale). Inspiré des buildings américains des années 30, il n’est pas sans rappeler la silhouette en escalier de l’Empire State Building à New York… Faisant de la Pipistrello une ode à l’architecture Art déco, en même temps qu’à l’Art nouveau. Un mélange aussi ambitieux que risqué pour une lampe particulièrement imposante et lourde (elle pèse douze kilogrammes). Mais l’éditeur Elio Martinelli, expert en scénographie, est déjà séduit. En 1967, il décide de la commercialiser au sein de sa maison « Martinelli Luce », proposant une base en deux finitions : noire ou blanche. Le chic absolu.
La lampe Pipistrello dans un intérieur
© Martinelli Luce
À contre-courant des tendances, à une époque où règnent le plastique, les couleurs vives et les jeux de transparence, la Pipistrello ne tarde pas à faire un carton. En France, on la remarque dans les années 70 au cinéma, alors que sa créatrice est déjà populaire dans l’Hexagone puisqu’en 1969 elle dessine le mobilier du film La Piscine de Jacques Deray. Puis, durant les années 80, on lui confie à la fois le projet de réhabilitation du musée d’Orsay et celui du réaménagement du Centre Pompidou. Consécration : en 1987, le président François Mitterrand lui décerne la Légion d’honneur ! Un succès qui perdure, puisque les Français demeurent à ce jour les plus grands consommateurs de sa Pipistrello, épris de ses trois tailles et de son grand choix de finitions. Objet de luxe aux lignes rétro, elle est désormais présente dans la collection permanente du Museum of Modern Art, à New York… Définitivement, une lampe qui a des ailes !
Here We Are! Women in Design 1900 – Today
Du 23 septembre 2021 au 6 mars 2022
Vitra Design Museum • 2 Charles-Eames-Straße • 79576 Weil am Rhein
www.vitra.com
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