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DESIGN STORY

La Fiberglass Chair des Eames : une icône du XXe siècle

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Publié le , mis à jour le
Le 14 juin prochain, l’éditeur Vitra lancera une édition limitée, hommage au dessinateur roumain Saul Steinberg, de la Fiberglass Chair créée par Charles et Ray Eames. L’occasion de revenir sur la création de cette icône mondiale – la première chaise produite en série avec une coque monobloc, inventée à Los Angeles à l’aube des années 1950.
Charles & Ray Eames, La Fiberglass Chair se multiplie
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Charles & Ray Eames, La Fiberglass Chair se multiplie, 1948

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polyester renforcé de fibres de verre et métal • 83 x 46,5 x 55 cm • © Vitra

Son design, mille fois copié, est reconnaissable entre tous : la Fiberglass Chair se compose d’une confortable coque légèrement inclinée, qui semble flotter sur différents piètements – en fils d’acier soudés dit « tour Eiffel », à bascule sur des patins en bouleau, doté de quatre pieds métalliques… Son nom provient du matériau qui fait sa résistance, la fibre de verre, mais elle a aussi été fabriquée en polypropylène (Plastic Chairs), multipliant les configurations et les coloris mis au point par l’éditeur Vitra, le seul à la commercialiser en Europe.

Charles & Ray Eames dans leur atelier, entourés d’une production de Fiberglass Chair
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Charles & Ray Eames dans leur atelier, entourés d’une production de Fiberglass Chair, années 1950

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Photographie en noir et blanc • © EFC Eames Office, LLC © Vitra

Une révolution dès son apparition dans les années 1950, à Los Angeles, que l’on doit au couple de designers Charles et Ray Eames. Formé à l’Académie d’art de Cranbrook où elle, Ray Kaiser, étudiait la construction et lui, l’architecte Charles Eames, enseignait le design, ce duo détonant prône un design abordable et ludique. Dès la Seconde Guerre mondiale, ils essayent de mettre au point une chaise dont le dossier et l’assise tiendrait en un seul bloc, au prix accessible. Mais leur matériau de prédilection, le bois contreplaqué, ne s’adapte pas à leurs envies. Ni le métal, bien trop coûteux. C’est en 1948, en participant au concours international pour la conception de meubles à faible coût du MoMA de New York, qu’ils trouvent la solution : la résine de polyester renforcée de fibre de verre (« fiberglass » en anglais) – un assemblage hyper résistant, jusqu’ici réservé aux usages militaires, au revêtement des avions ou aux pièces de carrosserie de voitures de sport.

Un succès immédiat

Les Eames les adoptent dans leur salle à manger, sur leur terrasse…

L’idée ? Mouler deux modèles de coques avec ce matériau innovant – l’une pour le fauteuil et l’autre pour la chaise d’appoint – auxquelles peuvent se fixer diverses bases et piètements. Tantôt sièges de bureau, assises lounges ou chaises de salle à manger, c’est une toute nouvelle typologie d’assises – à mille lieues de la traditionnelle chaise en bois – qui est produite en série et disponible en trois subtils coloris : grège, gris éléphant et parchemin. Dans leur maison récemment construite sur les hauteurs de Los Angeles, les Eames les adoptent dans leur salle à manger, sur leur terrasse…

Portrait de Charles & Ray Eames et de leurs Fiberglass Chairs
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Portrait de Charles & Ray Eames et de leurs Fiberglass Chairs

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Photographie en couleurs • © Eames Office, LLCP Master

Modernes et pratiques, elles plaisent d’emblée au grand public, jusqu’à gagner la vitrine d’une boutique de New York en 1953 – celle-là même qui fait prendre à Willi Fehlbaum, fondateur de la marque suisse Vitra, un étonnant virage : alors spécialiste dans l’aménagement de magasins, il décide brusquement de devenir fabricant de meubles, fasciné par le design innovant de la Fiberglass Chair. Après un accord avec le producteur américain Herman Miller, il se met à la commercialiser en Europe, et à la produire aussi en polypropylène pour réduire son prix.

La patte de Saul Steinberg

Mais retournons en Californie, lors du lancement de la chaise. Le talentueux dessinateur Saul Steinberg est invité au bureau des Eames situé au 901 Washington Boulevard. Son trait spontané, teinté d’ironie, qui fait la couverture du magazine The New Yorker, a attiré l’œil du duo. C’est là que, sous leur regard ébahi et approbateur, il saisit son pinceau et se met à dessiner sur les sols, les murs et même sur le mobilier. Sur une coque de Fiberglass Chair, il figure un chat faisant une sieste, lové dans le creux de l’assise, comme en trompe-l’œil… Customisant la nouvelle création industrielle des Eames.

À gauche, d’après le dessinateur Saul Steinberg, l’assise de la Fiberglass Armchair au “Chat Endormi”. À droite, Saul Steinberg dans son atelier à New York
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À gauche, d’après le dessinateur Saul Steinberg, l’assise de la Fiberglass Armchair au “Chat Endormi”. À droite, Saul Steinberg dans son atelier à New York, vers 1953

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Polyester renforcé de fibres de verre et métal • © Vitra / Florian Böhm (Studio AKFB) / Eames House © Eames Foundation, 2023

Désormais, l’assise au chat endormi repose à l’Eames Institute (en Californie). Mais l’équipe de Vitra, friande d’anecdotes, a récemment mis au point un système pour recopier le dessin fidèlement à la main, grâce à un expert en calligraphie, sur une série de cinq cents exemplaires disponibles à la vente le 14 juin prochain. Le résultat semble fraîchement peint, comme si Steinberg venait de repartir après avoir salué ce couple de créateurs mythique. Pour immortaliser cette rencontre insolite, le campus Vitra présentera, l’occasion d’Art Basel, une exposition sur la relation entre ces trois protagonistes – les Eames, précurseurs dans le design, et Steinberg, dans le domaine du graphisme. Des esprits aussi libres que farceurs.

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