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Cocon ovoïde suspendu par une sangle de cuir, Eureka propose pour une détente optimale tout le confort de ses coussins d’assise et de dos, qui sont cependant amovibles.
© Bonacina
Lurago d’Erba, 1889. C’est en Lombardie, au cœur de la Brianza, berceau historique du mobilier italien, que Giovanni Bonacina, diplômé des arts et métiers de Milan, fonde avec son frère cadet Pietro la manufacture de mobilier en rotin portant leur nom et qui, très vite, prendra du galon jusqu’à se hisser au rang de fournisseur de la famille royale italienne.
Des paniers aux meubles, des fauteuils aux chaises longues, le répertoire couvre tous les usages domestiques, privés, résidentiels, huppés. Dûment médaillée, la maison fournit aussi les palaces, les wagons première classe des trains de luxe, le funiculaire de Naples ou encore les nacelles des montgolfières. Au début des années 1950, Vittorio Bonacina succède à son père et fait entrer la firme dans la modernité en collaborant avec le duo de designers Franco Albini & Franca Helg.
Auteur d’un style sensuel, organique, curviforme, Travasa s’est fait ici sculpteur.
En sortiront en 1951 les fauteuils « Margherita » et « Gala », toujours au catalogue aujourd’hui. Fabricant et éditeur, Vittorio Bonacina multipliera les collaborations, sollicitant des talents du calibre de Gae Aulenti, de la Finlandaise Liisi Beckmann ou de Giovanni Travasa, dont les créations, best-sellers absolus, sont devenues cultes.
Il en est ainsi de la nacelle « Eureka », imaginée par Travasa. Designer lombard discret sinon mystérieux, ce dernier s’est montré fort prolifique chez Bonacina, signant entre autres le fauteuil « Eva » (1965), le pouf « Palla » (1966) et la chaise « Foglia » (1968). Auteur d’un style sensuel, organique, curviforme, Travasa s’est fait ici sculpteur. La matière première – rotin, vimini (osier), midollino (moelle de rotin) – s’y prêtait à merveille.
En 1958, la présentation de l’ « Eureka » suscita l’enthousiasme. Aux orties le bon vieux fauteuil à bascule ! Fi de la balancelle ! L’heure est à l’indolence exotique, au sexy moderne. Si les Scandinaves avaient déjà ouvert le jeu avec les sièges suspendus « Renoir » (1956) fabriqués au Danemark par la manufacture Sika, l’ « Eureka » de Travasa chez Vittorio Bonacina précédait d’une saison la nacelle « Egg » de la Danoise Nanna Ditzel (1959), affichée, elle, au catalogue de Pierantonio Bonacina. Lequel, cousin du fondateur Giovanni, avait mis sur pied au début du XXe siècle une manufacture rivale et voisine portant son nom, et qui travaillera dans les années 1950 à 1970 avec Gio Ponti, Joe Colombo, Marco Zanuso, Tito Agnoli, Ico Parisi… Confusion assurée qui donnera lieu à des attributions erronées.
Ainsi, dans le film la Piscine (Jacques Deray, 1969), dont le directeur de production Paul Laffargue était aussi le décorateur, outre le mobilier « Module » (éd. Lacloche, 1966) du designer industriel Roger Tallon, totalement incongru autour d’une piscine et en plein soleil, on voyait une toute jeune Jane Birkin lovée dans une nacelle suspendue, attribuée à tort à Nanna Ditzel. Il ne s’agissait pas non plus de l’ « Eureka » de Travasa. Visible à l’œil nu, et confirmé aujourd’hui par la maison, le travail de l’objet n’a rien à voir avec celui de Vittorio Bonacina.
Depuis 2015, après le rachat de Pierantonio Bonacina, archives comprises, les héritiers de Vittorio Bonacina des 3e et 4e générations ont rebaptisé la firme Bonacina 1889 et réorganisé les collections. Relevant d’un répertoire quasi muséal, le siège « Eureka » est proposé au naturel ou laqué (12 coloris). Ses coussins d’assise et de dos avec appuie-tête, séparés, sont déhoussables. La sangle d’accroche est en cuir – une différence notable avec les copies. Le socle d’un mètre de diamètre et la potence sont en acier.
Quant à la nacelle, sa structure est en jonc Manao courbé à chaud et à la main et sa « cage » en canne d’Inde. Haut de 1,18 mètre, « Eureka » n’est pas un meuble d’extérieur. Il se niche plutôt sur les terrasses abritées, dans les loggias, les jardins d’hiver et les intérieurs éclectiques à tendance jungle. Voilà tout son paradoxe. Cette pièce signature est disponible sur commande à partir de 5 900 €. C’est ce qu’on appelle le coût du bambou…
Nacelle Eureka
Plus d’informations sur le site de Bonacina
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