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Le fauteuil « pomare » ou « Peacock» (détail)
© DR.
C’est sans doute le fauteuil le plus célèbre du cinéma, autour duquel on aura fantasmé un gros dossier érotico-vernaculaire. Pur produit artisanal exotique, le fauteuil « Emmanuelle » est une icône du design par défaut. Et aussi un leurre collectif si l’on décrypte attentivement l’affiche du film qui en fit un accessoire désirable, la première, celle placardée en juin 1974 au fronton de 18 salles parisiennes, puis à celui de l’UGC Triomphe, sur les Champs-Élysées, où le film Emmanuelle sera projeté dix ans durant. Seins nus, rangs de perles à gogo, jupons en folie, Sylvia Kristel est en effet assise dans un fauteuil, mais un banal bidule en rotin et cannage comme on en trouvait alors chez Pier Import pour quelques piastres.
L’autre, le vrai, c’est vers la fin du film qu’il entrait dans le décor… et dans le feu de l’action. Trône polynésien génériquement désigné comme « pomare » en référence à la dynastie royale tahitienne en place depuis la fin du XVIIIe siècle jusqu’à la toute fin du XIXe, bientôt rebaptisé « Peacock » (« paon ») en raison de son dossier en roue, ce fauteuil en rotin mérite tous les adjectifs : princier, majestueux, archétypal, monumental et, depuis 1974 donc, érotique.
Le « Pomare » / « Peacock » n’avait pas attendu Emmanuelle pour faire du cinéma : dès 1931, on le vit dans la Fille de l’enfer (Safe in Hell) de William A. Wellman, un thriller hollywoodien pré-code Hays. Apparition ensuite dans la Femme au gardénia de Fritz Lang (1953) avec Anne Baxter, par ailleurs petite-fille du grand architecte Frank Lloyd Wright, puis dans la Garçonnière de Billy Wilder (1960), et aussi dans Oscar avec Louis de Funès, dans le Pacha avec Jean Gabin et Dany Carrel et dans les Choses de la vie de Claude Sautet.
Interdit aux moins de 18 ans à sa sortie, rattrapé en 1975 par le classement X, vu par plus de 9 millions de spectateurs, Emmanuelle fut le premier film réalisé par le photographe de mode Just Jaeckin, lequel deviendra galeriste rue Guénégaud, à Paris, avant de décéder en 2022. Artificier de ce cinéma X-chic porté par l’époque, Jaeckin poursuivra dans la même veine avec Histoire d’O, Madame Claude et l’Amant de lady Chatterley.
Le fauteuil « pomare » ou « Peacock »
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Le succès mondial d’Emmanuelle réclamera des suites. Il y en aura six (dont quatre avec Sylvia Kristel). Le fauteuil sera de toutes les parties et notamment à l’affiche d’Emmanuelle 4. Le filon se tarira en 1993, non sans avoir multiplié les avatars non autorisés en Italie avec la sous-série des Black Emanuelle. Un demi-siècle après le premier film, la réalisatrice Audrey Diwan a tourné à Hong Kong un remake attendu interprété par Noémie Merlant. Fauteuil « Pomare » en vue sur tous les écrans ou plan culte passé à la trappe ?
Sorti en 1974, le film de Just Jaeckin allait révéler un inséparable duo : Emmanuelle (Sylvia Kristel) et son fauteuil.
Un fauteuil « Emmanuelle » assimilé fera aussi date le 15 octobre prochain au musée des Arts décoratifs dans le cadre de l’exposition « L’intime, de la chambre aux réseaux sociaux » : un siège prêté par la galerie Vauclair, excellente officine parisienne spécialisée dans le rotin historique et qui avait déjà montré en son stand des Puces de Saint-Ouen, en 2018, l’exposition « Rotin, décor de stars ». Ici, l’« Emmanuelle » concerné est une fabrication française des années 1970 en rotin naturel et noir tressé. Quant à s’offrir ce trône classé X, autant s’adresser à La Vannerie d’aujourd’hui et passer commande en ligne. Prix du culte ? 549 €. Sans les perles…
L'intime, de la chambre aux réseaux sociaux
Musée des Arts décoratifs
Du 15 octobre 2024 au 30 mars 2025
Adresse : 107, rue de Rivoli • 75001 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
Emmanuelle
Réalisé par Audrey Diwan
En salles ; 2024 ; 107 min
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