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Ensemble salon “Togo” de Ligne Roset
© Ligne Roset
Avant de s’inviter chez la rock star Lenny Kravitz, le DJ Bob Sinclar ou l’humoriste Florence Foresti, il obsédait les hippies qui s’y affalaient au ras du sol, au son des Pink Floyd ou de Bob Dylan, totalement séduits par son confort et son anticonformisme. Le « Togo », désormais considéré comme une véritable « bête de mode », est l’icône seventies par excellence.
En chiffre, le succès se traduit ainsi : 1,5 million d’exemplaires écoulés dans 72 pays. C’est la pièce la plus vendue de Ligne Roset, la marque ayant dû décupler sa capacité de production pour répondre aux demandes. Star des réseaux sociaux et des magazines déco, on continue à voir sa silhouette plissée partout, sans réellement connaître son histoire ni son auteur, un certain Michel Ducaroy (1925–2009).
Celui-ci grandit à Lyon au sein d’une famille de créateurs de meubles contemporains, l’usine Chaleyssin. Prédestiné au design donc, il se forme d’abord à l’entreprise familiale avant d’étudier à l’École des beaux-arts de Lyon, section sculpture. Puis il fait une rencontre en 1960 qui va sceller son destin : celle de Jean Roset (1920–1999), l’héritier d’une petite fabrique de cannes pour ombrelles qu’il a reconvertie dans la fabrication de mobilier.
La chauffeuse Mini Togo
© Ligne Roset
Au début, il s’agit de créer des meubles en série pour les Hospices civils de Lyon, les chambres d’étudiants, les administrations… Mais après 1968, l’entrepreneur redouble d’audace et se met à explorer de nouveaux matériaux à base de mousses, ouates et plastiques thermoformés, Michel Ducaroy à ses côtés.
Naissent dans cette mouvance créative un salon composable en mousse (« Adria ») ou encore un coussin-édredon dans une coque en Altuglas fumé (« Marsala »), et puis bien sûr, en 1973, un « siège-coussin » fripé comme un shar-pei que le directeur artistique de l’époque, passionné du continent africain, nomme « Togo ». Sa forme n’a rien d’habituel : dénué de structure rigide, de pieds et d’accoudoirs, il ressemble à « un tube de dentifrice replié sur lui-même comme un tuyau de poêle et fermé aux deux bouts », explique Michel Ducaroy.
Alors, forcément, lorsque l’assise est présentée au grand public lors du Salon des arts ménagers à Paris, les regards sont dubitatifs, les critiques fusent, mais les organisateurs sont sous le charme : ils attribuent au designer le prix René-Gabriel pour ce « mobilier innovant et démocrate » au bon rapport qualité-prix et au confort extrême grâce à ses mousses de qualité et sa ouate de polyester.
Le « Togo » designé par Michel Ducaroy en 1973, dans l’exposition « La Fabriques des icônes », 2024
Mousse, tissu floraly coloris miel • 131 × 102 × 70 cm • © Ligne Roset
Bingo ! Le siège devient culte, ravit le public en quête d’originalité. Il faut dire aussi qu’il décomplexe un intérieur haussmannien de la même manière qu’il habille un salon maussade. Toujours fabriqué par l’éditeur Ligne Roset dans l’usine familiale au cœur du Bugey (dans l’Ain), le voilà décliné en chauffeuse, en canapés de diverses tailles et en version junior, garni de mousses de trois densités différentes pour un maximum de confort.
Qu’il soit revêtu de velours, tissu ou cuir, ses multiples plis créent des effets de matière et des jeux de couleurs, si bien qu’on le redécouvre sans cesse, comme s’il venait tout juste d’être inventé. La magie intemporelle des seventies.
La Fabrique des Icônes
Du 14 octobre 2024 au 13 décembre 2024
FRENCH DESIGN Galerie • 120 Avenue Ledru Rollin • 75011 Paris
www.lefrenchdesign.org
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