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Les éléments Componibili conçus par Anna Castelli Ferrieri
© Kartell
Années 1960, place au changement ! La commode et le buffet sont passés de mode. On veut des rangements fun, modulables et multifonctions. Anna Castelli Ferrieri (1918–2006), l’une des premières femmes à sortir en 1943 diplômée de l’Institut polytechnique de Milan, en a bien conscience. Elle aspire même à « plastiquer » les ménages, selon son expression.
Avec son époux Giulio Castelli, ingénieur chimiste, elle a fondé en 1949 la marque Kartell, d’abord fabricant d’articles ménagers avant de se tourner vers le mobilier spécialisé dans le plastique. Sa première création culte : le Mobili 4970/84, plus connu sous le nom de componibili (« modulaire » en italien), meuble de rangement composable et empilable, à la forme circulaire inspirée des boîtes de conserve.
Fabriqué en ABS (acrylonitrile butadiène styrène), un plastique agréable au toucher et facile à colorer, le « Componibili » s’utilise comme chevet, table d’appoint, bibliothèque, desserte… Dès sa commercialisation en 1969, le succès est au rendez-vous : on choisit ses dimensions, l’ouverture de ses portes (battantes ou coulissantes), sa couleur puis sa forme (cylindrique ou cubique). On peut même y ajouter des roulettes !
Publicité pour les modules Componibili, 1967
© Kartell
« Si les hommes ont peur de la nouveauté, il faut leur fournir de la super-nouveauté », disait Giulio Castelli. Pari tenu ! En 1972, c’est la consécration : le « Componibili » est présenté au MoMA de New York à l’occasion d’une exposition sur le design italien, puis rejoint la collection permanente du célèbre musée. La raison ? Il témoigne d’une invention, le plastique moulé, ainsi que d’un design épuré, fonctionnel, symbole des sixties avec ses portes percées de trous circulaires. De plus, il se glisse aussi bien près d’un lit que dans une salle de bain…
Trois prix Compasso d’Oro plus tard – l’une des plus prestigieuses récompenses dans le domaine du design en Italie –, Anna Castelli Ferrieri voit toujours sa création gagner en notoriété pendant qu’elle s’entoure de grands créateurs (Richard Sapper, Gae Aulenti, Joe Colombo…) pour élargir la gamme de mobilier de sa marque. « Je me demande toujours si je suis fidèle à mon objectif, qui consiste à améliorer la qualité de vie, d’une manière ou d’une autre, et à ne pas trahir la qualité éthique de mon travail », s’inquiète-t-elle. Décédée en 2006, elle n’a pas pu voir la version mate et métallisée de son bijou, ni sa version « bio ».
Componibili Bio
© Kartell
Présentée en 2019 au Salon international du meuble de Milan, cette dernière a été réalisée en partenariat avec l’éditeur Bio-on, spécialiste italien de la production de bioplastique, et se vend en quatre coloris pastel : vert, rose, crème et jaune, uniquement en trois modules. Une innovation bienvenue de cette matière naturelle fabriquée à partir de déchets agricoles, capable d’assurer la prospérité du « Componibili ». À l’approche de la soixantaine, le voilà encore bien loin de la retraite ! Vendu à des millions d’exemplaires, ce rangement au prix abordable (une centaine d’euros) s’est imposé comme le symbole d’une décennie audacieuse et hautement créative.
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