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C’est une « étape majeure » du chemin de Compostelle : Conques, jolie commune de l’Aveyron, est classée parmi les « plus beaux villages de France », et accueille les pèlerins dans son église abbatiale Sainte-Foy de Conques (les reliques du crâne de la sainte y sont conservées). Enfant du pays, le peintre de l’outrenoir Pierre Soulages (né en 1919) s’est attelé au gigantesque chantier de ses cent-quatre vitraux entre 1987 et 1994. Lui dont le musée n’est installé qu’à une quarantaine de kilomètres de là a ici opéré un remarquable travail sur la lumière, en utilisant un verre non coloré, translucide, qui a pour unique but de mettre en valeur les variations de la luminosité au fil du jour. Pas de motifs – seules des lignes de métal souples viennent rythmer l’ensemble. Il explique : « Loin de tout Moyen Âge reconstitué, imité ou rêvé, j’ai cherché, avec des technologies de notre époque un produit verrier en accord avec l’identité de cette architecture sacrée du XIe siècle et de ses pouvoirs d’émotion artistique. » MCL.
L’abbatiale de Conques et ses vitraux habillés de lumière par Pierre Soulages en 1994
Vitrail • © G.Tordjeman
Abbaye Sainte-Foy de Conques
Place De L'Abbaye • 12320 Conques-en-Rouergue
Pablo Picasso (1881–1973) aimait que l’édifice manque de lumière. « Je voudrais qu’on ne l’éclaire pas, que les visiteurs aient des bougies à la main, qu’ils se promènent le long des murs comme dans des grottes préhistoriques, découvrant les figures, que la lumière bouge sur ce que j’ai peint, une petite lumière de chandelle. » Nous sommes à Vallauris, où Picasso explora avec jubilation l’art de la céramique. Au début des années 1950, l’artiste s’emploie à décorer la chapelle du château de Vallauris, construite au XIIe siècle, pour couvrir ses murs d’une grande fresque politique. La Guerre et la Paix sera inaugurée en 1959. Dès 1952, il réalise près de trois cents dessins, puis peint dix-huit panneaux d’isorel (un matériau très souple composé de fibres de bois) qui sont ensuite vissés sur une armature courbe. Contrairement au Guernica de 1937 ou au Massacre en Corée de 1951, La Guerre et la Paix ne se rapporte pas à une actualité mais se veut intemporelle, avec ses figures allégoriques comme la colombe, une mère allaitant son enfant, des guerriers et des boucliers. MCL.
Pablo Picasso, La chapelle de Vallauris et “La Guerre” (détail), 1952
Huile sur Bois • 4x70 m x 10,20 m • Coll. Musée National Pablo Picasso • La guerre et la paix, Vallauris © Sucession Picasso, Paris, 2020
Musée national Picasso - Vallauris
Place de la Libération • 06220 Vallauris
musees-nationaux-alpesmaritimes.fr
Saint-Blaise, martyr du IVe siècle, avait pour singularité de soigner les malades avec des plantes dites « simples ». Une maladrerie, ou léproserie, fut édifiée en son nom à Milly-la-Forêt au XIIe siècle. Active jusqu’au XVIIIe siècle, il n’en subsiste aujourd’hui que sa petite chapelle en grès. En 1959, celle-ci bénéficie d’une grande campagne de restauration, qui voit le poète et peintre Jean Cocteau (1889–1963), habitant de la commune, lui apporter de nouveaux vitraux et de grandes fresques. Il y représente l’épisode de la résurrection du Christ et explore avec exubérance les formes des plantes médicinales de différentes essences, comme la jusquiame, la belladone ou la valériane. Quatre ans plus tard, lorsque Cocteau meurt, c’est ici qu’il est inhumé, selon ses vœux. MCL.
La Chapelle Saint‑Blaise des Simples du XIIe siècle, décorée par Jean Cocteau, 1959
Courtesy Association des Amis de la Chapelle Saint Blaise des Simples
Chapelle Saint-Blaise des Simples
Rue de l'Amiral de Graville • 91490 Milly-la-Forêt
www.chapelle-saint-blaise.org
La liste est longue : Georges Rouault, Pierre Bonnard, Fernand Léger, Jean Lurçat, Germaine Richier, Henri Matisse, Georges Braque, Marc Chagall… Tous, et bien d’autres encore, ont travaillé de concert à la décoration de cette église de Haute-Savoie, construite au milieu du XXe siècle selon le souhait du chanoine Jean Devémy (1896–1981). L’édifice est dessiné par l’architecte savoyard Maurice Novarina, et les peintures, sculptures, tapisseries, vitraux et mosaïques sont réalisés par les artistes les plus célèbres de l’époque, jusqu’au mobilier et aux objets de culte. Objet d’art total, étonnant dans sa richesse décorative, l’église provoqua en son temps une vive polémique sur le sens de l’art sacré, les artistes conviés n’étant pas tous religieux. MCL.
Fernand Léger, « Les litanies de la Vierge », façade de l’église Notre-Dame-de-Toute-Grâce, 1947
© René Mattes / Hemis
La chapelle du Rosaire réunit elle aussi deux grands noms de l’art du XXe siècle : construite entre 1949 et 1951 pour le couvent des Dominicains de Vence, elle est dessinée par l’architecte et magicien du béton armé Auguste Perret (1874–1954), et décorée par Henri Matisse (1869–1954). Discrète dans sa structure, l’église émerveille grâce au contraste de ses murs blanchis à la chaux et de ses vitraux aux motifs végétaux bleus, jaunes et verts réalisés par un Matisse qui la considérait, « malgré toutes ses imperfections, comme un chef-d’œuvre ». L’artiste a également conçu certains éléments architecturaux – comme l’autel et la porte du confessionnal – ainsi que des céramiques et des chasubles. Une œuvre d’art total. MCL.
La Chapelle du Rosaire édifiée par Auguste Perret et décorée par Henri Matisse à Vence
© Succession H. Matisse • Photo de Camille Moirenc / Hemis
Il aime la brutalité du béton et les jeux de lumières : le Japonais Tadao Andō (né en 1941) fait partie de ces architectes qui produisent peu mais soignent le moindre détail – et font ainsi œuvre. L’homme a réalisé plusieurs églises et chapelles, dont une se visite à Paris, au siège de l’UNESCO, et l’autre mérite le voyage jusqu’en Provence, dans les vignes du château La Coste. Minuscule édifice accessible tout en haut d’une colline, ce lieu méditatif fait la part belle aux ruines de la chapelle Saint-Gilles, vieille du XVIe siècle, en y ajoutant simplement des façades de verre et des pans de murs de béton en angle. À deux pas de là, une croix en perles de verre rouge de Jean-Michel Othoniel (né en 1964) attire le soleil et détonne par sa sobriété douce. MCL.
Tadao Andō, La chapelle du château La Coste, 2011
Courtesy Château Lacoste / © Tadao Ando © Jean-Michel Othoniel.
« J’ai senti mon âme s’ouvrir. » Peintre fantasque de l’École de Paris, Léonard Foujita a vers la fin de sa vie vécu une expérience mystique à Reims. Athée, il se convertit alors au catholicisme et entreprend de faire bâtir, en 1965, une chapelle néo-romane : la chapelle Notre-Dame-de-la-Paix. L’artiste couvre les murs de fresques représentant la vie du Christ et peint aussi les vitraux : un décor grandiose et éminemment émouvant puisqu’il s’agit de l’œuvre testamentaire de l’artiste. Selon ses dernières volontés, le peintre y est enterré au côté de son épouse. IB.
Décors de Léonard Foujita pour la chapelle Notre-Dame de la Paix, Reims, 1966
© Régis Bertrand / Hemis
Chapelle Foujita
33 Rue du Champ de Mars • 51100 Reims
On aurait pu citer ici la chapelle des Cordeliers de Sarrebourg, qui conserve un époustouflant (et monumental) vitrail de Marc Chagall, la Paix, réalisé en 1976, ou encore les vitraux de la cathédrale de Metz. Mais saviez-vous que l’artiste avait aussi mis son talent au service d’une petite chapelle à Voutezac, au beau milieu de la Corrèze ? C’est en effet Guy de Lasteyrie du Saillant, héritier des bâtisseurs de cette chapelle érigée entre 1620 et 1624 et grand admirateur de l’œuvre du peintre, qui lui a commandité la réalisation de six vitraux. Chagall s’exécute et ces derniers sont installés entre 1978 et 1982. Aux vitraux en grisaille de la nef, qui représentent le blé, le vin, l’agneau et le poisson, répondent ceux du chœur et de l’oculus, dominés par le bleu caractéristique employé par l’artiste. Tous ont récemment fait l’objet d’une importante campagne de restauration, leur rendant toute leur beauté. IB.
La chapelle du Saillant à Voutezac avec les vitraux de Marc Chagall, 1978–1982
© Hervé Lenain / Hémis
Chapelle du Saillant
D134 • Voutezac
Érigée au XVIIe siècle sur l’éperon rocheux de Saint-Paul-de-Vence, cette chapelle a abrité le siège de la confrérie des Pénitents blancs pendant près de trois siècles. Restaurée au début des années 2000, elle s’est alors parée des créations colorées de Jean-Michel Folon, artiste belge connu pour ses illustrations à la fantaisie débordante. Mosaïques, vitraux, sculptures et même toiles : l’artiste a imaginé une œuvre d’art totale, à laquelle il a travaillé jusqu’à sa mort… Sans voir, malheureusement, le fruit de sont travail. La chapelle a ouvert ses portes en 2008, trois ans après la disparition de l’artiste. IB.
Chapelle des Pénitents Blancs décorée par Jean-Michel Folon, 2000
© Françoise Spiekermeier / Hemis
Chapelle des Pénitents Blancs
5 Place de L’Eglise • 06570 Saint-Paul-de-Vence
Le Christ de James Tissot au Couvent dominicain de l’Annonciation, Paris VIIIe, 1874
© 222fbg
Natif de Nantes et ayant fait carrière à la fin du XIXe siècle des deux côtés de la Manche, James Tissot, est surtout connu pour ses représentations chatoyantes de la Parisienne et de coquettes très à la mode. C’est une autre facette du peintre que l’on contemple avec émerveillement au sein de la très belle église restaurée du couvent dominicain de l’Annonciation, dans le 8e arrondissement à Paris. Installée au 222 rue du Faubourg Saint-Honoré, cette église a été construite entre 1877 et 1897 pour remplacer le couvent originel détruit lors de la Révolution. Commande est alors passée à James Tissot d’un grand Christ pour orner la voûte de l’abside. L’artiste, croyant fervent, explorait dans les dernières années de sa vie de nombreux sujets religieux et mystiques. Voyageant en Palestine et à Jérusalem à trois reprises, il en était revenu avec nombre d’esquisses mises à profit notamment dans son livre La Vie de Notre Seigneur Jésus Christ en 1896. L’année suivante son Christ pantocrator (« tout puissant ») aux influences byzantines, visibles en particulier à sa feuille d’or vibrante à la lumière, était inauguré au sein de l’église du couvent de l’Annonciation. MB.
Couvent de l'Annonciation
Visitable le matin à 8h (Laudes) et le soir à 19h (Vêpres). La messe est célébrée le dimanche à 11h et en semaine à 12h15.
222 Rue du Faubourg Saint-Honoré • 75008 Paris
dominicains.fr
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