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Arc-et-Senans

L’obsédante poésie de Jean-Michel Folon, illustrateur belge célébré partout dans le monde

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Publié le , mis à jour le
Adulé pour son générique d’Antenne 2 dans les années 1970, réputé pour ses couvertures de magazines américains et ses affiches percutantes, Jean-Michel Folon (1934–2005) bénéficie actuellement d’une rétrospective à la Saline royale d’Arc-et-Senans, qui dévoile l’envergure de son imaginaire et de son engagement sans faille… Un talent à (re)découvrir absolument.
Folon, L’équilibriste
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Folon, L’équilibriste, 1973

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sérigraphie • © Fondation Folon / ADAGP, Paris 2023

Les moins de vingt ans ne le connaissant certainement pas. En revanche, ceux qui ont allumé leur télévision entre 1975 et 1983 se remémorent avec nostalgie l’animation de début et de fin de programmes d’Antenne 2 : des hommes en bleu jouant les oiseaux dans le ciel, sur un émouvant morceau de Michel Colombier. « Un jour j’en ferai quelque chose », avait pensé Jean-Michel Folon en l’écoutant.

Ce jour est arrivé dans les années 1970, lorsque le directeur Marcel Jullian lui demande de créer le générique de sa future chaîne de télévision. Au moment du premier visionnage, l’artiste se souvient : « J’ai cherché le visage de Marcel. Une larme coulait lentement le long de son nez. Il a dit simplement : Antenne 2 est né. » C’est bien cela l’effet Folon : un horizon lointain, des hommes en lévitation dans un cosmos coloré. Un envoûtement à coup sûr.

Christian Carez, Folon courant
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Christian Carez, Folon courant, 1974

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Photographie • © Christian Carez

Que l’exposition à la Saline royale d’Arc-et-Senans ne manque pas de retranscrire grâce à 200 œuvres – soit une infime partie de son travail. Créateur prolifique, Folon est à la fois illustrateur, dessinateur, peintre, mais aussi sculpteur (et même acteur de cinéma). Un touche-à-tout à l’aise dans une multitude de techniques, de l’aquarelle à la gravure. Et une personnalité hors du commun, ami des plus grands : le sculpteur César, le dessinateur Saul Steinberg, le graphiste Milton Glaser, les réalisateurs Federico Fellini ou Woody Allen… Souvent décrit comme lumineux, amical, charismatique, l’homme est aussi hyper inventif, à l’image de ses enveloppes illustrées et de ses lunettes rouges recouvertes de scotch blanc, visibles à l’entrée du parcours de l’exposition – qui font penser à deux sens interdits.

Des personnages en quête de sens

« Ce qui m’amusait, c’était le dessin dans sa linéarité, dans sa spécificité, dans sa spontanéité, dans sa vérité, dans sa nudité. »

Dès le début de sa carrière, dans les années 1950, les feux, les réverbères et surtout les flèches, l’obsèdent, comme autant de traces d’une société en mutation, asphyxiée par la ville, ses injonctions, ses lignes de conduite. Toujours muni d’un appareil photo, Folon saisit ces panneaux de signalisation dans tous les sens. Et les illustre aussi, occupant l’espace de sa feuille et serpentant vicieusement entre ses petits personnages oppressés, entravés. Sa ligne est simple, claire, imaginative et drôlement cynique. Ses figures sont standardisées : dotées d’un large manteau, coiffées d’un chapeau, tel ce cadre d’entreprise au travail barbant, en pleine quête de sens dans un monde en surconsommation.

Folon, Sans titre
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Folon, Sans titre, vers 1974

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sérigraphie • © Fondation Folon / ADAGP, Paris 2023

Lui, bien sûr, est à l’opposé. Longiligne, coupe à la Gaston, lunettes rondes, Converse aux pieds, cigarette en main, il mène sa vie comme bon lui semble. À vingt-et-un ans, il quitte sa formation de design industriel à la prestigieuse école de La Cambre, à Bruxelles et part en France en auto-stop où il s’installe dans un petit pavillon de jardinier. Durant cinq ans, il y dessine tous les jours en écoutant de la musique, crayonnant pour la presse. Puis en 1960, il envoie sur un coup de tête quelques-unes de ses meilleures planches à des revues new-yorkaises. Résultat : Esquire, The New Yorker, Time, Life, puis l’entreprise italienne Olivetti tombent sous le charme de son trait naturel et économe. « Ce qui m’amusait, c’était le dessin dans sa linéarité, dans sa spécificité, dans sa spontanéité, dans sa vérité, dans sa nudité. », affirme-t-il.

Une affiche contre la peine de mort commandée par Badinter

À partir de 1965, place au changement. Le rêveur passe à la couleur sous l’influence de sa compagne Colette Portal, artiste adepte de l’aquarelle et des encres colorées. Avec elle, il quitte la ville pour s’installer à la campagne, élever ses enfants au grand air, dans une vieille ferme « à la vue imprenable » à Burcy, dans la Beauce. Là, l’horizon s’étale à perte de vue. C’est l’endroit idéal pour poser les bases de son univers : des personnages robotisés pris dans des engrenages, des rouages grinçants au milieu d’arbres et de nuages de briques. Bientôt, son Monsieur Tout le Monde laisse apparaître une clé mécanique dans le dos, ses villes de gratte-ciels deviennent bleues, froides et métalliques. Il réalise même des sérigraphies sur aluminium qui leur confère un look futuriste, dystopique. L’année 1984 d’Orwell approche… Avec toujours plus de commandes d’affiches (il en fera plus de 600) et de couvertures de livres (Kafka, Apollinaire, Bradbury, Prévert).

Folon, Contre La peine de mort
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Folon, Contre La peine de mort, 1978

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affiche offset • © Fondation Folon / ADAGP, Paris 2023

En 1978, Robert Badinter lui commande une affiche contre la peine de mort : une tête de mort coiffée d’une toque de juge, la gueule grande ouverte sur une guillotine. L’image fait frissonner. Dix ans plus tard, ce sont les articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme (sur demande d’Amnesty International) qu’il interprète en image, développant son vocabulaire graphique peuplé d’oiseaux, de mains, de soleils, de masques… Comme à son habitude, l’ambiance idyllique de ses encres diffuses contraste avec des motifs glaçants, missiles ou pendus… Puis, il illustre la guerre froide, les essais nucléaires, la chaise électrique, dessine des affiches pour Greenpeace…

Une œuvre poétique et engagée

« Vous entendez le monde en marche. Toutes ces tragédies qui viennent chaque jour. Les conflits ethniques, les conséquences sans fin de Tchernobyl, des Droits de l’Homme que personne ne lit, la faim partout sur la planète. Toutes ces injustices qui pénètrent nos vies. Tout agit sur les pensées. Il y a des jours où cela devient une affiche pour Amnesty International. Et il y a des jours où vous parlez de la beauté sur terre. Il y a des jours où vous avez envie de crier et des jours où l’on a envie d’aimer. » Son engagement, son désir de dénonciation ne tarit en rien sa poésie.

Folon, À gauche, la “Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Article 15” (1988). À droite, la “Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Couverture” (1988)
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Folon, À gauche, la “Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Article 15” (1988). À droite, la “Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Couverture” (1988)

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aquarelle sur papier • © Fondation Folon / ADAGP, Paris 2023

Autant de curiosités inspirées par son nouvel atelier de Monaco, où il tient – comme il l’indique sur sa carte de visite – une « agence de voyages imaginaires ».

Ce qui pousse le MET de New York à lui dédier une exposition en 1990 (parmi de multiples monographies en France, au Japon, en Amérique du Sud, en Italie…). Folon est aux anges d’être ainsi célébré de son vivant. Après cette consécration, il se lance dans la sculpture sous l’impulsion de son ami César, campant par exemple son personnage en bronze sur une plage de Belgique, assis sur le sable, prenant les vagues.

Il poursuit aussi ses volumes à base d’objets trouvés, des valises dans lesquelles il creuse un navire, des masques, des totems ou encore un automate en équilibre sur une échelle (un pur moment de grâce qui vous attend à la fin du parcours de l’exposition). Autant de curiosités inspirées par son nouvel atelier de bord de mer, à Monaco, où il tient – comme il l’indique sur sa carte de visite – une « agence de voyages imaginaires ».

Vues de l’exposition « Le Monde de Folon » à la Saline royale d’Arc-et-Senans
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Vues de l’exposition « Le Monde de Folon » à la Saline royale d’Arc-et-Senans

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© Yoan Jeudy – Sosuite photographie

Aujourd’hui, sa fondation de La Hulpe s’occupe de faire perdurer son nom depuis sa disparition en 2005. La directrice, Stéphanie Angelroth, nous confie vouloir l’ancrer dans le surréalisme belge pour le repositionner en tant qu’artiste, au côté de Magritte qu’il admirait tant (il puisait aussi son inspiration chez Paul Klee, William Turner ou Giorgio Morandi). Dans le catalogue de la fondation, elle écrit à son propos : « Folon entrebâille la porte de l’imaginaire que les curieux, les intrépides, les rêveurs traversent pour chavirer vers un paysage inconnu, telle l’aventureuse Alice ». Il dessinait ainsi d’instinct, au gré du vent, sans idée ni désir aucun, guidé par sa seule fantaisie : « Je prends un crayon, de la couleur. Et ça démarre ».

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Le Monde de Folon

Du 5 mai 2023 au 5 novembre 2023

www.salineroyale.com

Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme

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