Jean-Baptiste Andrea, Veiller sur elle, 2023
© Céline Nieszawer / Leextra / Éditions L'Iconoclaste
Il s’appelle Michelangelo. C’est un sculpteur de grand talent, un génie même, et il est sur le point de mourir. Ainsi débute Veiller sur elle, quatrième roman de l’écrivain Jean-Baptiste Andrea, publié aux éditions L’Iconoclaste, et récompensé par l’emblématique prix Goncourt le 7 novembre dernier.
Ce Michelangelo-là vit au XXe siècle, en Italie. Né en France, il n’a rien à voir avec son homonyme, si ce n’est un même talent pour la sculpture, un même goût pour le burin, le ciseau et la poussière. D’ailleurs, il préfère se faire appeler Mimo, et échapper un peu au poids de ce nom prémonitoire.
Michel-Ange, Pietà, 1499
marbre • 174 × 195 × 69 cm • Coll. Basilique Saint-Pierre, Rome
Le héros, dont le malheur est d’être nain, pauvre et quasi orphelin, affronte la vie avec une obsession pour la beauté.
La presse l’a beaucoup dit : Veiller sur elle est une splendide histoire d’amour, atypique, romanesque, longue de 580 pages, habitée de fièvre. Ce que l’on a moins dit, en revanche, c’est que ce roman étonnant est une mine d’or et de réjouissances pour les amateurs d’art. Car le héros, dont le malheur est d’être nain, pauvre et quasi orphelin (sa mère l’envoie très tôt en Italie chez un « oncle » sculpteur, qui le maltraite et l’exploite), affronte la vie avec une obsession pour la beauté ; beauté qu’il trouve aussi bien dans son improbable relation avec Viola, enfant géniale et indépendante de l’une des plus grandes familles d’Italie, que dans son travail de la pierre et du marbre.
Dès le début du roman, les chapitres alternent entre l’automne 1986, soit durant l’agonie d’un Mimo âgé de 82 ans, et le récit progressif de son histoire, à la première personne du singulier. On sait ainsi dès les premières pages que le sculpteur a passé une bonne partie de sa vie retiré dans une abbaye, entouré de frères. Et que c’est là, « au bord du vide », qu’il va mourir. Là encore, qu’est caché son chef-d’œuvre, égal voire surpassant le génie de la célébrissime Pietà (1498–1499) de Michel-Ange. Le sien est soigneusement dissimulé, et par là même nimbé de mystères, puisque aucun homme n’a le droit de l’approcher sans en demander l’autorisation ; ce chef-d’œuvre est le « elle » du titre, ce « elle » sur lequel Mimo veille…
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