Extrait de la série « L’Armée des romantiques », épisode 4 sur Arte, 2024
© Silex Films
Ils s’appelaient Delacroix, Hugo, Sand, Balzac, Nerval, Baudelaire… Ils n’étaient pas encore des monuments de la culture française, des noms imprimés dans les manuels scolaires. Juste une bande de jeunes idéalistes aux rêves révolutionnaires, mus par le désir d’en finir avec le vieux monde. Ils formaient, selon la formule d’un des leurs, Théophile Gautier, « l’armée des romantiques ». Formule qui est aussi le titre choisi par Arte pour cette grande fresque historique qui retrace leur trajectoire, et dont les quatre épisodes sont dévoilés dès le 14 décembre en ligne avant d’être diffusés à la télévision le 21 décembre à 20h50.
Après le succès mondial, il y a neuf ans, des Aventuriers de l’art moderne, série d’animation virtuose adaptée du roman éponyme de Dan Franck sur la naissance des avant-gardes à l’orée du XXe siècle, la chaîne a donné carte blanche à sa réalisatrice Amélie Harrault (César du meilleur court-métrage d’animation pour Mademoiselle Kiki et les Montparnos) afin de lui concevoir une « suite » – qui sera finalement une sorte de prequel –, à partir cette fois d’un scénario original.
On retrouvera donc ici les ingrédients qui avaient fait la réussite des Aventuriers : une épopée collective amenée à s’inscrire dans l’histoire, les destins singuliers de jeunes esprits subversifs pris dans le tourbillon de l’art et de la vie, un récit mené comme une fiction rythmée par ses instants d’émotion et ses cliffhangers, une grande attention portée à la véracité des faits et un Paris perdu ressuscité avec force documentations. À ceci près, que nous sommes ici quelques décennies plus tôt, entre 1827 et 1871.
Une époque de tumulte donc, traversée par les Trois Glorieuse et la révolution de 1848, achevée par l’épisode sanglant de la Commune. Mais une période extraordinairement féconde sur le plan artistique, musical et littéraire qui va accoucher de chefs-d’œuvre absolus. En vrac, La Liberté guidant le peuple de Delacroix, Notre Dame de Paris de Victor Hugo, Les Nocturnes de Chopin. Et pourtant, le contexte qui les a vu éclore reste mal connu. Ce qui les relie – le romantisme – demeure un mouvement nébuleux dans l’esprit du grand public, souvent éclipsé par ses versions étrangères, allemandes ou britanniques.
« La Liberté guidant le peuple » de Delacroix dans la série « L’Armée des romantiques », sur Arte, 2024
© Silex films
« On a voulu un outil qu’on aurait adoré avoir adolescentes pour s’éveiller à la littérature, l’art, la musique… »
Judith Nora
« On a voulu un outil qu’on aurait adoré avoir adolescentes pour s’éveiller à la littérature, l’art, la musique… », s’enthousiasme la productrice Judith Nora (Silex films), de concert avec Amélie Harrault et la scénariste Céline Ronté. Les trois femmes ont donc décidé de dépeindre ces monstres sacrés comme les héros d’un roman choral, un roman d’amitié et d’amour, fait de révoltes et de drames intimes.
Victor Hugo perdant sa fille chérie, Léopoldine. George Sand défendant les droits des femmes et se coupant les cheveux après une rupture amoureuse. Charles Baudelaire découvrant les propriétés du haschich. Gérard de Nerval sombrant dans la schizophrénie. Alexandre Dumas affrontant les préjugés racistes. Soit une histoire à même de parler aujourd’hui encore aux jeunes générations.
Léopoldine Hugo dans la série « L’Armée des romantiques », sur Arte, 2024
© Silex films
Et pour mieux lui redonner toutes ses couleurs, toute sa fraîcheur, Amélie Harrault a réitéré le tour de force des Aventuriers de l’art moderne, soit une série entièrement produite en dessin d’animation 2D avec un rendu très pictural ! Seulement ici, plus question de mixer les techniques. L’Armée des romantiques affiche une plus grande cohérence visuelle, avec une esthétique aquarellée qui fluidifie l’ensemble. Et qui permet aussi une intégration harmonieuse des nombreux tableaux de Delacroix, Friedrich, Courbet ou Manet qui émaillent le récit.
Produire une telle saga, longue de trois heures et demie, a relevé là encore du défi ! Six ans de conception ont été nécessaires. 90 personnes dont une quarantaine d’animateurs ont été mobilisés durant deux ans dans les studios de Silex Animations à Angoulême, là où les Aventuriers avaient été produits auparavant. Près de 2 000 décors ont été peints, dont certains à la main par Amélie Harrault elle-même. 40 personnages ont dû être dessinés à différents stades de leur vie, d’après des éléments historiques précis. Budget total : 4,2 millions d’euros.
Affiche de la série « L’Armée des romantiques » diffusée sur Arte, 2024
© Silex Films
Pour un résultat à la hauteur. La narration portée par la voix de Cécile de France emporte le spectateur dans une saga ébouriffante, qui redonne à ces vénérables figures toute leur fougue et leur humanité. Sans éluder pour autant la face sombre d’un Hugo parfois autoritaire ou d’un Baudelaire violent envers son amante Jeanne Duval.
Les femmes, d’ailleurs, y occupent une place non négligeable, au-delà du rôle passif de muse. Surtout, la série restitue au mouvement romantique sa spécificité française : à savoir l’engagement politique et le combat pour la liberté d’expression. Loin d’une image de doux rêveurs solitaires éloignés des préoccupations du peuple, la génération romantique s’empare de l’art comme d’une arme redoutable pour agir sur le monde. Une armée qui apparait aujourd’hui plus flamboyante que jamais.
À voir
L’Armée des romantiques
Sur Arte.tv dès le 14 décembre.
Diffusion sur Arte le 21 décembre à 20h50.
Série d’animation documentaire • 4 x 52 minutes
L'Armée des romantiques, le DVD
De Amelie Harrault
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