Restauration de “La Liberté guidant le peuple” d’Eugène Delacroix, 28 février 2024
© Dimitar Dilkoff / Afp
La métamorphose est de taille ! Ce jeudi 2 mai, La Liberté guidant le peuple (1830), célèbre toile monumentale du peintre romantique Eugène Delacroix (1798–1863), qui figure parmi les icônes du Louvre depuis 1874, sera de retour au musée, dans l’écrin grenat de la salle Mollien. Six longs mois de restauration lui ont permis de retrouver ses couleurs d’origine. Résultat de cette cure de jouvence : l’œuvre revient éclatante et fraîche, comme à sa sortie de l’atelier du peintre !
Mesurant pas moins de 3,25 mètres de long sur 2,6 de haut, l’œuvre avait quitté le 20 septembre son emplacement historique pour être remplacée temporairement par Les Femmes souliotes d’Ary Scheffer (1827). Préparée en amont par des radiographies et des analyses, sa restauration visait spécifiquement à lui redonner ses couleurs et son éclat d’origine, qui avaient été fortement jaunis et altérés au fil des ans par l’oxydation progressive de huit couches de vernis, désormais retirées à l’aide de solvants.
« On est la première génération qui va redécouvrir la couleur de Delacroix ».
Sébastien Allard
Auréolée par la fumée des canons, une femme aux seins nus, coiffée d’un bonnet phrygien – puissante allégorie de la Liberté et de la République – brandit le drapeau français, menant les révolutionnaires de 1830 au sommet d’une barricade, la cathédrale Notre-Dame en arrière-plan. Peinte l’année de la chute du roi Charles X et de l’avènement du roi Louis-Philippe Ier, cette œuvre est l’une des images les plus célèbres au monde et un symbole éloquent pour la France, maintes fois reproduit dans les manuels d’histoire.
Eugène Delacroix, La Liberté guidant le peuple, avant et après restauration, 1830
Huile sur toile • 260 x 325 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais presse / Michel Urtado. © GrandPalais Rmn presse / Adrien Didierjean Mathieu Rabeau
La restauration des couleurs revêt pour cette œuvre une importance particulière puisque c’est suite à la révolution de Juillet 1830 que le drapeau tricolore bleu-blanc-rouge, dont l’origine remonte à la Révolution de 1789 et qui occupe fièrement le sommet de la composition, a définitivement remplacé l’étendard blanc de la monarchie. Tout un symbole !
« On est la première génération qui va redécouvrir la couleur de Delacroix », s’est réjoui auprès de l’AFP le directeur du département des Peintures du Louvre, Sébastien Allard. « Jusqu’à présent, on perdait la richesse de l’intensité chromatique, les plans, les blancs, les ombres, tout cela était unifié sous ces couches jaunâtres », ajoute-t-il. Une masse jaune et terne qui avait également emprisonné de la « crasse » et de la « poussière ». Le bleu vibrant du ciel, les subtilités de la fumée des canons volant dans l’air, tout est donc magnifié.
Cette restauration permet de lire le tableau sous un jour nouveau. De la pupille bleue d’un personnage au costume d’un garde suisse, le peintre avait « dissimulé partout des petites touches de couleurs bleu-blanc-rouge, parsemées de façon subtile comme en écho au drapeau, et qui n’étaient plus du tout perceptibles », s’est enthousiasmée l’une des restauratrices, Laurence Mugniot. Mieux encore, des éléments cachés ont été révélés par ce nettoyage. Une chaussure, celle d’un cadavre dénudé au pied de la barricade, est ainsi apparue au premier plan à gauche, tout comme du sang sortant de son oreille.
Cet événement s’inscrit dans la vaste campagne de restauration des grands formats du XIXe siècle lancée par le Louvre en 2019. Ont ainsi déjà été restaurés, dans les ateliers du C2RMF (Centre de recherche et de restauration des musées de France), trois autres grands tableaux de Delacroix : Scènes des massacres de Scio (1824) en 2019–2020, Femmes d’Alger dans leur appartement (1833) en 2021–2022, et La Mort de Sardanapale (1827) en 2022–2023. Une redécouverte en cascade de l’œuvre de ce grand maître !
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