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Le premier IPod (1ère Génération) et sa molette de défilement mécanique présenté en 2001 par Steve Jobs
© Alamy / Hemis / Photo Chris Willson
23 octobre 2001. La marque Apple, célèbre pour ses ordinateurs portables et ses iMac aux couleurs acidulées, organise un évènement spécial pour « dévoiler un appareil numérique révolutionnaire » : l’iPod. Son cofondateur Steve Jobs, charismatique personnage au look minimaliste devenu emblématique – jean large et pull noir – cheveux grisonnants et petites lunettes rondes, fait un show millimétré devant de grandes diapositives épurées. « Ce qu’il y a de plus cool avec l’iPod, c’est que toute votre bibliothèque musicale tient dans votre poche. Ça n’a jamais été possible auparavant. » Le public est en haleine. À quoi peut bien ressembler cet objet « ultraportable » capable de stocker des milliers de chansons ?
Pour entretenir ce suspens qui dure depuis près de trente minutes, Jobs montre à l’écran l’objet final de dos – de la taille exacte d’un jeu de cartes – puis sa tranche hyper fine, avant de le révéler de face : « Voilà ce à quoi l’iPod ressemble. Boom. » Sur la diapositive apparaît un rectangle blanc doté d’un petit écran et d’un bouton circulaire. « J’ai en ai un juste là dans ma poche. Le voilà. » La salle applaudit lorsqu’il sort une petite boîte blanche – la quintessence de l’« Apple design ».
Le premier IPod (1ère Génération) présenté en 2001 par Steve Jobs durant l’une de ses conférences pour la marque Apple
© AFP / Justin Sullivan
Déjà reconnue pour l’inventivité de ses ingénieurs qui parviennent à rendre la technologie plus intuitive, la marque suit des guidelines très précises : réduire au maximum la taille des éléments, respecter une symétrie et un code couleur (blanc cassé, gris ou vert olive), affiner les lignes des objets, porter une attention sur les matériaux et leur texture de surface… L’équipe est rodée. Et depuis plusieurs mois, elle travaille sur un projet excitant…
« On a regardé tous les lecteurs MP3, ils sont nuls. On pense qu’on peut en faire un à la façon Apple », avait pitché au téléphone Steve Jobs pour inciter l’ingénieur Tony Fadell à venir le rejoindre. Lui qui avait déjà essayé de vendre un petit baladeur doté d’un mini disque dur, connaissait bien son sujet. Résultat : « Je me suis mis à appeler partout dans la Silicon Valley et dans le monde pour trouver l’écran, la batterie, le disque dur. Ensuite, Steve et son équipe ont travaillé à partir de ça pour en faire quelque chose d’encore mieux », raconte l’ingénieur dans une vidéo relayée par National Geographic. Parmi les créateurs, l’Anglais Sir Jonathan Ive, chef du groupe de conception d’Apple, auteur de l’iMac en 1998.
C’est lui qui pense à dessiner l’iPod en s’inspirant d’un objet déjà existant : le Braun T3 de Dieter Rams, conçu en 1958 par le designer allemand en collaboration avec l’école de design d’Ulm. La première radio à transistor portable.
À gauche la “Radio ‘T3′” de Dieter Rams par Braun AG (1958). À droite, l’IPod (1ère Génération) par Steve Jobs (2001)
Plastique ; écran rétro-éclairage, 3,5 pouces • 8,2 x 15 x 4,1 cm ; 11 x 5,8 x 0,7 cm • © BRAUN., Klatt / Staeffler, Braun + Design Collection, Hamburg 1995 © Alamy / Hemis / Photo Chris Willson
Entre les deux objets, la ressemblance est frappante. Les proportions, couleurs et textures parfaitement similaires, jusque dans le positionnement du cadran circulaire – désormais une molette de défilement entourée de quatre boutons de navigation, surplombée d’un écran de texte en noir et blanc. L’iPod sort en novembre 2001. C’est un petit disque dur portable qui se branche à un ordinateur ou à une prise de courant via un câble USB. Relié à l’application iTunes qui permet d’y transférer des donnés, il fait naître une nouvelle manière d’écouter, d’acheter et de stocker la musique.
Dès sa sortie, il se vend comme des petits pains grâce à une forte stratégie marketing et d’attrayantes publicités aux silhouettes dansantes. À tel point que les vieux baladeurs CD et lecteurs MP3, pourtant plus récents, ne sont plus que de lointains souvenirs…
Au fil des ans se succèdent une dizaine de nouveaux modèles qui se déclinent sur plusieurs générations (et toutes les couleurs de l’arc-en-ciel) : le nano (extrêmement fin), le shuffle (le plus petit et le moins cher, sans écran) puis, en 2007, l’iPod touch, entièrement tactile… Mais voilà que la même année, la firme à la pomme lance un autre objet qui allait bientôt bouleverser nos vies : l’iPhone. Doté des mêmes fonctions que l’iPod touch, auxquelles s’ajoutent celles de la téléphonie mobile et de la connexion internet, il a fini par supplanter le petit baladeur.
L’iPod shuffle d’Apple (2005) et ses différents coloris exposé dans l’Apple Store
© Alamy / Hemis / Photo David Pearson
Après une lente agonie de presque dix ans, l’arrêt de mort de l’iPod, qui n’aura pas survécu à la déferlante des smartphones, a finalement été prononcé. En mai 2022, sa production est complètement stoppée après avoir révolutionné l’industrie musicale et s’être vendu à près de 450 millions d’exemplaires, malgré son prix plutôt élevé pour le marché des baladeurs. Dans le quotidien britannique The Daily Telegraph, Dieter Rams, qui a inspiré son design, en conclut : « Ils ont réussi à réaliser ce que je n’ai jamais pu faire : utiliser la puissance de leurs produits pour persuader les gens de faire la queue et de les acheter. Pour moi, qui ai dû faire la queue pour un peu de nourriture à la fin de la Seconde Guerre mondiale, c’est un vrai bouleversement. » Devenu culte, l’objet fait désormais partie des collections de musée du monde entier tels que le MAMC+ de Saint-Etienne, où il est actuellement exposé dans le parcours « Histoires d’intérieurs », ou le prestigieux MoMA de New York.
Histoires d’intérieurs
Du 28 juin 2023 au 7 janvier 2024
Une exposition hors-les-murs du Musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne, à découvrir à la Cité du design
Cité du design/ESADSE à Saint-Étienne • 3 Rue Javelin Pagnon • 42000 Saint-Étienne
esadse.fr
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