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La visite guidée « Luttes pour l’égalité » de Queer Tours France passe par l’Institut de France.
© Queer Tours France
Avec son pull rouge coquelicot, impossible de la louper sur le parvis de l’église de Saint-Germain-des-Prés. Un lumineux dimanche après-midi d’automne, Doina Craciun se prépare à accueillir une dizaine de personnes. Dans son sac à dos : une gourde d’eau bien remplie et un iPad chargé à bloc, accessoires indispensables pour assurer sa visite guidée pendant plus de deux heures !
Avec son acolyte Alexandre Mesturoux, âgé de 28 ans, elle a cofondé l’agence de tourisme Queer Tours France en 2023. « L’idée était de créer des parcours de visites avec une perspective queer, c’est-à-dire de visibiliser l’histoire, souvent méconnue, d’artistes LGBTQIA+ à travers des monuments ou des lieux précis », détaille la guide-conférencière de 39 ans.
Au programme aujourd’hui ? Une balade dans le centre de Paris, autour de la thématique des « luttes pour l’égalité ». Le point de départ : Saint-Germain-des-Prés donc, haut lieu de la vie intellectuelle et littéraire depuis le XIXe siècle, où se retrouvent de nombreuses personnalités LGBT dès les années 1960. À quelques pas du mythique café des Deux Magots, Doina évoque l’un de ses habitués : l’écrivain américain James Baldwin, noir et homosexuel, qui s’est exilé dans la capitale en 1948. Mais aussi Lili Elbe, artiste danoise et première femme transgenre, qui s’installe dans le quartier en 1912 avec sa compagne Gerda Wegener, une portraitiste de talent. Sur sa tablette tactile, la guide fait défiler photos et tableaux pour illustrer son récit.
« Nous pensons que prendre en compte l’influence de l’orientation sexuelle dans la vie d’un artiste, c’est comprendre une trajectoire dans toute son entièreté. »
Le petit groupe se dirige vers la Seine en direction de l’Hôtel de Ville. Du 6e arrondissement au Marais, les guides s’amusent à dénicher les traces de queerness dans l’espace public, visibles ou cachées. Au 21 rue Bonaparte, un arrêt s’impose devant une plaque commémorative. De 1907 à 1976, c’est dans cet immeuble qu’a vécu l’architecte et designer irlandaise Eileen Gray, ouvertement bisexuelle. Un peu plus loin dans la même rue, la visite continue devant les grilles de l’École des beaux-arts de Paris. Doina raconte comment l’établissement devient dans les années 1970 le Q.G. du Mouvement de libération des femmes (MLF) et du Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR), qui y organisent leurs réunions et assemblées générales.
Doina Craciun et Alexandre Mesturoux (à gauche) et leur groupe du jour lors de la visite guidée « Luttes pour l’égalité » de Queer Tours France dans le 6e arrondissement de Paris
© Juliette Collombat
« On avait adoré notre visite au Père-Lachaise, donc on a voulu retenter l’expérience », s’enthousiasme Nathalie, venue pour la seconde fois avec deux de ses amies – « pas du tout homo », nous précise la designer de 54 ans. C’est aussi le public que souhaite toucher la toute jeune agence : « nos visites concernent tout le monde. Parce que nous pensons que prendre en compte l’influence de l’orientation sexuelle dans la vie d’un artiste, c’est comprendre une trajectoire dans toute son entièreté. » Une manière d’affirmer qu’à Queer Tours, on ne sépare pas l’homme, ou la femme, de l’artiste.
À la fin de la visite, les participants payent la visite à prix libre. Peu rémunérateur, ce système permet néanmoins à l’agence de se faire connaître et d’ouvrir ses visites à un large public, qui n’a pas forcément les moyens. En parallèle, elle développe des visites de groupes pour les particuliers et les entreprises. Queer Tours a notamment réalisé un partenariat avec l’Institut français de la mode qui souhaitait organiser des sorties pour ses étudiants. « C’est en juin, pour le mois des fiertés, qu’on a le plus de demandes », indique Doina.
La visite guidée « Luttes pour l’égalité » de Queer Tours France se poursuit devant la Conciergerie.
© Queer Tours France
Exerçant en indépendants, les deux cofondateurs continuent d’exercer une activité de guide en dehors de Queer Tours, qui ne suffit pas à les rémunérer pour le moment. Rejoints par une troisième guide-conférencière, ils comptent bien développer le projet, avec encore plus de parcours à proposer à Paris et ailleurs en France. Déjà présent au Louvre, l’agence entend créer des partenariats avec d’autres musées… À suivre !
Queer Tours France
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