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Vue du Kunstsilo
© Alan Williams
Il ne faut pas avoir le vertige pour visiter le Kunstsilo. Avec ses 41 mètres de hauteur sous plafond, ce nouveau haut lieu de l’art nordique a bien de quoi faire perdre la tête. L’architecte Magnus Wage, en charge de transformer en musée les anciens silos à grain de la ville, construits en 1930 et désaffectés en 2006, s’amuse d’ailleurs à l’appeler « la basilique ».
Ses majestueuses tours de béton conservent en effet religieusement des trésors de l’art moderne : la plus grande collection d’art nordique du XXe siècle (5 500 œuvres de 300 artistes), détenue par l’homme d’affaires Nicolai Tangen, à l’origine du lieu ouvert le 11 mai dernier.
« L’ampleur du fonds, qui couvre de façon extensive tous les pays de la région, les courants et les styles artistiques, est unique ».
Else-Brit Kroneberg
Né en 1966 à Kristiansand, petite ville de 120 000 habitants connue dans toute la Scandinavie pour son microclimat favorable, qui attire en été les bateaux de croisière et 700 000 visiteurs, le mécène commence à faire le tour des enchères et des galeries dans les années 90. Sans penser qu’un jour, sa passion le dépasserait. « L’ampleur du fonds, qui couvre de façon extensive tous les pays de la région, les courants et les styles artistiques, est unique », explique Else-Brit Kroneberg, directrice des collections. Face à ses réserves débordantes, Nicolai Tangen décide au début des années 2000 de s’en séparer pour mieux l’éclairer, et faire à travers elles briller sa ville natale, avec laquelle est pensé le projet de réaménagement de l’ancien silo.
Vue de l’exposition « Passions of the North », 2024
© Tor Simen Ulstein & Kunstsilo
« Le musée est déjà source d’une grande fierté pour ses habitants », explique le philanthrope lorsqu’on lui demande ce qu’il espérait pour ce nouveau phare de l’art. Le plus réussi ? Le dialogue entre les chefs-d’œuvre accrochés aux murs et la mer éclatante, qui fait irruption à travers les grandes baies vitrées du bâtiment. Ainsi, à chaque salle de l’exposition inaugurale « Passions du Nord », les toiles des maîtres septentrionaux rappellent combien la nature, les éléments et la lumière sont si singuliers dans cette région du monde où le soleil se couche pour se relever l’instant d’après en été, et où, l’hiver, les jours sont si courts qu’ils sont surtout faits de nuit. En découvrant la centaine de paysages nocturnes, portraits tamisés et natures mortes, on est frappé par l’éclat unique, tantôt lumineux, tantôt sombre, qui s’en dégage. Mais aussi par les similitudes entre les toiles de ces artistes méconnus sous nos latitudes et celles des grandes figures plus établies de l’histoire de l’art. Car les liens ont été étroits avec les avant-gardes, de part et d’autre de l’Europe.
Les escales plus ou moins longues que font les artistes de la région en France, en Allemagne et en Belgique, au début du XXe siècle, ont nourri un dialogue fécond entre les courants picturaux alors naissant, et l’héritage culturel de leurs pays d’origine. Aux cimaises, on retrouve ainsi l’influence des impressionnistes, des cubistes et des fauvistes français, mais aussi de la nouvelle objectivité et des expressionnistes allemands, brillamment revisités par les artistes nordiques.
Reidar Aulie, Tivoli, 1935
Huile sur toile • 155 × 178 cm • © Kunstsilo
Le portrait futuriste de deux matelots suédois de Gösta Adrian-Nilsson (1884–1965) rappelle l’omniprésence de la mer dans l’imaginaire collectif de la région, tandis que la toile grouillante de personnages à la fête foraine de Tivoli à Oslo, signée du peintre norvégien Reidar Aulie (1904–1977), fait écho aux tableaux de la ville moderne fourmillante tels que le Bal du Moulin de la Galette de Renoir.
Vue du Kunstsilo
© Alan Williams
Illustrative de ces ponts jetés entre les régions du continent, la toute première œuvre de la collection Tangen, From the artist’s studio de Johs. Rian (1891–1981), merveilleux pendant bleu à l’Atelier rouge de Matisse, trône en toute beauté́ au cœur du Kunstsilo, qui « comble un manque dans le paysage muséal, mais aussi l’histoire de l’art telle qu’elle est connue auprès du grand public. Il faudra désormais aller à Kristiansand pour avoir un véritable aperçu de l’art nordique moderne », note son CEO, Reidar Fuglestad. Avant de repartir, on prend une dernière fois de la hauteur au neuvième étage du musée, où le Panorama Bar offre une vue imprenable sur ces rivages inspirants d’art et de nature.
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