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Florian Mermin dans son atelier, à Paris, février 2022
Photo Maurine Tric
Sur la table de son atelier, un fac-similé du fascinant Les fleurs animées (1847) dit d’emblée toute la fantaisie poétique de Florian Mermin (né en 1991). Et la singularité de son intérêt pour la nature. Car si les fleurs et les plantes le passionnent, c’est moins pour s’inscrire dans une réflexion écologique, comme de très nombreux artistes d’aujourd’hui, que pour exalter leur force narrative, envoûtante et sensorielle. En témoigne ce livre du caricaturiste du XIXe siècle Jean-Jacques Grandville, qui anime des fleurs en leur donnant l’aspect de jeunes femmes et les montre dans différentes situations domestiques. À côté, posés au sol, quelques ouvrages sur l’architecture Art nouveau. Mais aussi plusieurs travaux en cours : des feuilles de lierre figées dans le silicone, des pétales de rose contrecollés sur des morceaux de bois épousant leur forme.
Dans l’atelier de Florian Mermin, le fac-similé des « Fleurs animées » de Grandville (1847)
Photo Maurine Tric
Le visiteur entre dans une relation à l’œuvre qui devient une expérience intime, puissante.
En deux mots, Florian Mermin sculpte la nature comme d’autres la glaise ou le bronze. À partir de vieux sapins de Noël trouvés dans la rue, il donne forme à une araignée géante aux pattes suspendues par des fils, aussi séduisante dans ses lignes agiles que repoussante avec ses pattes pointues (Songe d’hiver, 2021). Lors de la Nuit Blanche 2020, il recouvre le sol de l’ancien hôtel de ville de Courbevoie, décor néoclassique où se célèbrent des mariages, d’un terreau planté de centaines de roses fanées, dressées comme une armée sombre et fragile (Souviens-toi de l’odeur du baiser). Aussi, avec des branches séchées, il crée des chapeaux. Pour les visiteurs, incités à les porter tout au long de son exposition au Pavillon des Indes en 2020 [ill. plus bas], et sentir ainsi un peu de leur odeur tout en créant, mine de rien, un ballet de nature… Ou alors pour un performeur, qui le porte sur son épaule et le balade dans les allées du parc de Bécon (La Promenade, 2021), occasionnant une apparition fantastique, drôle et mystérieuse dans un paysage bien balisé.
Florian Mermin, Souviens-toi de l’odeur du baiser, Nuit Blanche, 2020, Courbevoie
Photo Adrien Thibault
Empruntant volontiers à l’univers des contes, Florian Mermin nous répète plusieurs fois son attirance pour la métamorphose et le « changement d’état » – notions qui habitent son travail jusqu’à l’os puisque ses œuvres, faites d’éléments organiques, peuvent évoluer et changer d’aspect, de texture, d’odeur. Les visiteurs, aussi, sont invités à faire au sein de ses expositions toutes sortes d’expériences sensorielles : revêtir un chapeau de branches, donc, mais aussi goûter à un thé de fleurs séchées dans un service réalisé par l’artiste, écouter deux chanteuses lyriques entamer des chants liés à l’amour ou aux fleurs, sentir leurs propres pas sur un sol couvert de terre et de copeaux de cacao, approcher leur nez de minuscules tableaux odorants, réalisés à partir de sachets ou de feuilles de thé infusés…
Mis en mouvement, sollicité par tous les bouts, le visiteur entre dans une relation à l’œuvre qui devient une expérience intime, puissante. Florian aime à citer les peintres romantiques et leurs paysages empreints de leurs sentiments tumultueux, tel Le Voyageur contemplant une mer de nuages que Caspar David Friedrich peignit en 1818. L’artiste cite aussi Sigmund Freud et son ouvrage L’Inquiétante étrangeté (1919), les Nouvelles histoires extraordinaires d’Edgar Allan Poe (1857) ou encore le long et mystérieux Songe de Poliphile (1467) de Francesco Colonna. Grand admirateur des artistes surréalistes comme Meret Oppenheim, le jeune homme n’hésite pas à densifier l’atmosphère de ses expositions à l’aide des senteurs capiteuses qui émanent de ses pots-pourris (comme à la galerie Backslash fin 2021) ou d’une bande-son solennelle, comme le morceau Ogives (1886) d’Erik Satie, diffusé en boucle dans une installation durant la Nuit Blanche de 2019.
Florian Mermin, Seul manque le parfum des fleurs, Pavillon des Indes, Courbevoie, 2021
Photo Adrien Thibault
Né en banlieue parisienne, Florian Mermin n’a pourtant pas grandi au milieu d’une forêt – bien au contraire. Mais quelques souvenirs sont fondateurs : un hibiscus reçu en cadeau pour ses dix ans, une fleur qui « s’ouvre le jour et se ferme la nuit », et qui, « comme les papillons », présente au regard différents aspects selon sa position. Papillons qu’il a d’ailleurs eus comme animaux de compagnie (!) en lieu et place de tout chien ou chat, ses parents ayant récupéré un jour un lot de chenilles : pour elles, il avait construit une petite serre en plastique et observé le développement des insectes qu’il devait « nourrir d’eau sucrée »… jusqu’au déchirement de les voir s’envoler.
Très marqué par l’univers des dessins animés des studios Disney, Florian cite aussi un passage de Blanche Neige (1938), qui montre la transformation des mains de la sorcière, de jeunes et fines en vieilles et cornues. Mains que l’on retrouve dans son travail, tout aussi effrayantes, courbées au-dessus d’une fleur (Effleurement, 2019–2021) : sont-elles sur le point de la cueillir, de l’arracher à la terre ? Ou la protègent-elles des agressions ? Amant de l’ambivalence, Florian Mermin laisse planer le doute en appliquant le même émail cuivré sur les ongles acérés et les tendres pétales, liant à jamais les deux éléments de cette sculpture au geste suspendu.
Dans l’atelier de Florian Mermin, à Paris
Photo Maurine Tric
Florian Mermin poursuit à travers ses œuvres une quête envoûtée, celle de rendre palpables et vivants les mille et un contes qui peuplent les jardins.
La pratique de la céramique, qui rejoint son intérêt pour les formes et les décors domestiques, lui vient des quelques mois passés durant ses études aux Beaux-Arts de Paris (dans les ateliers de Giuseppe Penone et de Jean-Luc Vilmouth) à l’OTIS College of Art and Design de Los Angeles, où il a pu rencontrer des céramistes ultra-doués et atypiques comme Tia Pulitzer. Cette sculpture était récemment présentée à la galerie Backslash non loin d’un large éventail, comme une tête de lit (Séduction, 2021), se déployant avec panache car couverte de plumes de paon – un animal qui, comme le papillon, se dote de stupéfiants atours dans le but de séduire. Objet superbe…
Ainsi Florian Mermin poursuit à travers ses œuvres une quête envoûtée, celle de rendre palpables et vivants les mille et un contes qui peuplent les jardins ; où l’on croise des bestioles aux ocelles ensorcelantes, des pétales sculpturaux, des odeurs pas si sages… De quoi nous faire tourner la tête, et tomber au fond du terrier d’Alice – où, rappelons-le, les métamorphoses sont reines.
Expositions à venir
Native, cycle Végétal • See Marais, en collaboration avec la galerie Romero Paprocki et la galerie Faure Baulieu • 236 rue Saint-Martin, 75003 Paris • Du 19 mars au 19 avril 2022
Portes ouvertes des ateliers d’artistes de Belleville • Villa Belleville • 23 rue Ramponeau, 75020 Paris • Du 20 au 23 mai 2022, de 14h à 20h
Exposition monographique • Fondation Espace Écureuil pour l’Art Contemporain • 3 place du Capitole, 31000 Toulouse • Septembre 2022 [informations à venir]
Le Chant des forêts • MAIF Social Club • 37 rue de Turenne, 75003 Paris • Septembre 2022 [informations à venir]
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