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Les abords du Campus MaNa situé à Champignelles en Bourgogne, au sein des espaces naturels de La Puisaye, classés au titre du label « Natura 2000 »
© MaNa Campus Design & Métiers d'Arts / Photo Gloria Photo
Descente en gare de Joigny. Là, les 45 minutes de trajet pour arriver à destination nous font sillonner les routes de campagne jusqu’au charmant village de Champignelles. Le campus n’est qu’à deux minutes en voiture, entouré de verdure et de champs – l’entrée se fait dans une jolie bâtisse en pierre. « C’était la vision de Thomas, son rêve », nous explique son associée et épouse Sophie Dariel. Ensemble, ils ont monté ce projet qui a ouvert ses portes il y a seulement un an, dans d’anciens locaux de l’école vétérinaire d’Alfort. « Je me suis rendu compte qu’un lieu de création et de formation autour des métiers d’art, du design et de l’architecture, pour professionnels et amateurs, ça n’existait pas en France », enchaîne Thomas Dariel.
Il y a bien le domaine de Boisbuchet en Charente, avec ses programmes de retraites créatives, mais l’ambition ici paraît plus grande à en croire les équipements, les outils et les professeurs choisis (pour le prix d’environ 1 500 euros les cinq jours). « Je veux mélanger des doctorants avec des gens en CAP, faire travailler des penseurs, des chercheurs et des faiseurs. C’est aussi un contre-pied à la digitalisation des formations. Ici, on est dans le concret, on diffuse le savoir-faire français. » D’où le nom « campus MaNa » évoquant la « main », mais aussi le « Mana », cette force mystique pour les Tahitiens ou les Chinois – qui résonne à l’international.
« Personne, ici, ne doit être limité par le matériel. C’est notre politique. S’il nous manque un outil, on part l’acheter ! »
Direction les ateliers. Dans une bergerie réaménagée, celui de céramique accueille deux formations. D’abord le kintsugi, cette méthode japonaise qui recouvre de feuilles d’or les fissures de porcelaine cassée. Concentrées, les élèves (surtout des femmes) appliquent sur des carreaux, patiemment, de la laque au pinceau dans le creux des fentes, et ont amené leurs précieux vases ou bols à restaurer. À moins de cinq, elles peuvent compter sur le suivi individuel de leur jeune professeure Béatrice Jacotot, l’une des rares expertes du kintsugi en France, formée au Japon.
L’atelier céramique formant à la technique du Kintsugi animé par Béatrice Jacotot
© MaNa Campus Design & Métiers d’Arts
À l’autre extrémité, la talentueuse céramiste Sofi Buquet nous dévoile sa technique de la terre-papier devant des bacs de nigelles, chardons bleus ou nids de guêpes séchés dans lesquels on peut piocher, pour tremper les végétaux dans une pâte d’argile mélangée avec de la cellulose (ici, du papier toilette) pour faciliter la mise en forme. On obtient ainsi des empreintes en porcelaine stupéfiantes de finesse. Les voilà qui sèchent au-dessus de nos têtes, accrochées à un long fil de linge.
L’atelier de Matali Crasset mêlant design et anthropologie
© MaNa Campus Design & Métiers d’Arts
Sur un vieux tableau d’école chiné sont notés les bases de la céramique et son lexique. Nous sommes mardi, c’est le deuxième jour de formation – les élèves prennent encore leurs marques, en pleine exploration de la terre sur différents supports. Derrière, se loge un grand « atelier bois », et au bout du chemin, après un troupeau de vaches, un « atelier métal » suréquipé. « Personne, ici, ne doit être limité par le matériel. C’est notre politique. S’il nous manque un outil, on part l’acheter ! », poursuit Sophie sous un arc orné de feuilles d’acier réalisé sous la houlette du duo de designers hollandais Kiki & Joost. Nous voilà entourés de nature et d’art : plus loin, près du grand bâtiment dédié aux séminaires d’entreprise, des sculptures géométriques accrochées à des arbres – le fruit de l’atelier d’Erwan Bouroullec. Car si chacun développe dès les premiers jours un projet personnel, la fin de semaine est généralement dédiée à un projet collectif. « C’est aussi cela, la notion de campus : un lieu fédérateur », estime Thomas Dariel.
L’œuvre « Out of a tree » réalisée dans la forêt du campus dans le cadre du workshop de David C. Corval
© MaNa Campus Design & Métiers d’Arts
Sur les grandes tables en bois, on entend parler températures de cuisson, four de céramique à louer, barbotines de collage… Les échanges de bons procédés fusent.
Qui ravit les élèves en soif de partage, venus des quatre coins de la France : Gabrielle Gonzalez, par exemple, est une metteuse en scène originaire de Montpellier qui cherche à concevoir une marionnette pour son prochain spectacle. Clothilde Cornut, elle, se forme au kintsugi après l’avoir découvert lors de l’exposition « Passion Japon » à la Sucrière de Lyon. « Faire apparaître les imperfections en les sublimant, ça m’a beaucoup touchée », nous confie-t-elle, en pleine reconversion professionnelle pour se « détacher des écrans ».
À l’heure du déjeuner, quand la cloche sonne, direction le buffet dans la maison de campagne superbement décorée par Thomas Dariel (qui est également le fondateur de la très belle maison d’édition Maison Dada). Sur les grandes tables en bois, on entend parler températures de cuisson, four de céramique à louer, barbotines de collage… Les échanges de bons procédés fusent.
L’une des chambres du campus MaNa avec vue sur le parc
© MaNa Campus Design & Métiers d’Arts / Photo Gloria Photo
« Le soir, les gens se couchent tôt, on est très étonnés », souligne Sophie. À voir les jolies chambres situées à l’étage, avec vue sur le parc, on comprend l’envie de s’isoler après une intense journée de formation, bien qu’en bas, sur la terrasse illuminée de dizaines de bougies à la nuit tombée, l’heure est à la détente, loin du quotidien bouillonnant, de l’assommante routine.
Campus MaNa
Domaine du Croisil
T: +33 (0)3 86 45 23 42
contact@campusmana.com
89350 Champignelles
campusmana.com
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