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Domaine de Roueïre
© Melkan Bassil
En venant de Béziers, il faut prendre la route de Capestang, puis serpenter entre les vignes, les collines et les chênes blancs. Au détour d’un virage, planté dans le décor, une haute silhouette de fonte se détache dans le ciel bleu. Classée monument historique en 1987, l’éolienne Bollée veille depuis plus d’un siècle sur le domaine de Roueïre.
Située à Quarante, à quelques encablures du canal du Midi, l’ancienne cave viticole connaît aujourd’hui une seconde vie. Le 28 juin dernier, après 16 mois de travaux (d’un montant de 1,8 million d’euros), elle s’est métamorphosée en centre d’arts et du patrimoine. Porté par la communauté de communes Sud-Hérault – 17 communes, 18 000 habitants –, le projet, soutenu par la Drac, la région Occitanie et le département de l’Hérault, incarne un pari audacieux : faire vibrer la culture en zone rurale.
Valérie du Chéné, « Bonjour ! », 2025
Peinture acrylique 6 teintes sur plancher réhaussé • 20 × 2,50 m • © Roueïre, Centre d’Arts et du Patrimoine – Sud-Hérault
Le centre d’arts ne sort pas de nulle part. Depuis 2008, un service éducatif et patrimonial rayonne sur le territoire, de Montels à Saint-Chinian. En 2016, il s’est installé sur le domaine pour y développer ses activités, avec des ateliers et des expositions itinérantes autour de la viticulture, du canal du Midi ou encore de la paléontologie. Chaque année, près de 5 000 scolaires sont sensibilisés à l’art et au patrimoine.
« Pour beaucoup d’habitants, Roueïre fait partie de la mémoire locale », explique Marjory Clément, directrice du nouveau centre. « Dans les années 1980, le bâtiment abritait un restaurant, une cave coopérative, et même un musée de la vigne et du vin. » Le domaine, dont l’histoire remonte au XVIIe siècle, a été acquis par le Département dans les années 2000, puis confié en 2013 à la communauté de communes via un bail emphytéotique. Depuis, l’idée a mûri : faire de Roueïre un lieu de création.
Foudres de Roueïre
© Hugo Da Costa
« On ne fait pas table rase du passé, on l’intègre dans le parcours de visite. »
Marjory Clément
Désormais, les 1 500 m² du bâtiment accueillent deux expositions par an – dont une monographique, l’année prochaine : l’artiste montpelliéraine Jeanne Susplugas. Mais il abrite aussi une bibliothèque, des espaces de médiation et de résidence, et même une collection d’une trentaine d’œuvres. Au sous-sol, les anciens chais, le pressoir et les foudres diffusent encore le parfum du vin. « On ne fait pas table rase du passé, on l’intègre dans le parcours de visite », résume la directrice.
L’exposition inaugurale intitulée « Bonjour ! » donne le ton. Signée Valérie du Chéné, avec la complicité de Valérie Mazouin – directrice du centre d’art la Chapelle Saint-Jacques à Saint-Gaudens, qui accompagne le projet de ses magnifiques textes poétiques –, elle mêle peintures, installations, objets, vidéos et dessins, dans un hommage vibrant à la couleur et au paysage.
Installée à Coustouge (Aude) et enseignante aux Beaux-Arts de Toulouse, Valérie du Chéné propose ici une rétrospective à son image : généreuse, ouverte et en dialogue avec d’autres artistes qui lui sont chers – Pierre Buraglio, Claude Viallat, Robert Breer ou encore Ann Veronica Janssens. Au centre de la salle, une immense peinture au sol, tel un tapis flottant, guide le regard vers une fenêtre ouverte sur un paysage de collines, engageant « un dialogue vibratoire avec la lumière », selon Valérie Mazouin.
Valérie du Chéné, Avec alacrité !, 2025
© Valérie du Chéné
Ce lien sensible au territoire se prolonge avec une œuvre née d’une immersion dans les 17 communes alentour : 17 pierres peintes. Présentées dans l’espace de médiation, elles rejoindront, à l’occasion des Journées du patrimoine les 20 et 21 septembre prochain, les 17 églises de la région. À l’étage inférieur, changement d’ambiance : après avoir traversé la tour-pigeonnier, le visiteur découvre une vaste salle ouvrant sur un jardin de sculptures et une pinède.
Valérie du Chéné, Les 25 petites pierres peintes, 2021–2022
© Victor Charrier © Adagp Paris, 2025
Deux expositions y sont actuellement présentées : l’une sur l’histoire du domaine de Roueïre, tandis que l’autre met à l’honneur Camin’Arts, la voie verte qui longe le site et relie Capestang à Cruzy. Sur les onze kilomètres de cette ancienne voie ferrée, huit œuvres pérennes ponctuent désormais la balade : celles de Valérie du Chéné, mais aussi de Pablo Garcia, Suzy Lelièvre, Maxime Sanchez ou encore du duo Smole & Gun. Un projet hors-les-murs que porte également l’équipe du domaine.
« On est parti d’un service éducatif nomade pour arriver à un centre d’arts et du patrimoine vivant, pluriel, ancré et audacieux », se réjouit Marjory Clément. Avec une ambition claire : atteindre les 12 000 visiteurs par an et faire en sorte que les habitants « s’emparent du lieu ». Celui-ci résonne désormais comme une invitation, à l’image des mots d’Etel Adnan inscrits sur les murs de l’espace d’exposition à l’étage : « Le pouls de la montagne conduit à l’ouverture du voyage. » Il n’y a plus qu’à se laisser porter… et dire bonjour !
Roueïre, Centre d’Arts et du Patrimoine
Ouvert le mercredi et le samedi de 10h à 18h
34310 Quarante
www.domainederoueire.fr
Bonjour ! Valérie du Chéné
Du 28 juin 2025 au 9 mai 2026
Roueïre, Centre d’Arts et du Patrimoine • 34310 Quarante
www.domainederoueire.fr
Camin'Arts, sur la voie
Du 28 juin 2025 au 9 mai 2026
Roueïre, Centre d’Arts et du Patrimoine • 34310 Quarante
www.domainederoueire.fr
Valérie du Chéné, l'eau à la bouche
Du 28 juin 2025 au 9 mai 2026
Parcours hors-les-murs
Roueïre, Centre d’Arts et du Patrimoine • 34310 Quarante
www.domainederoueire.fr
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