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Montpellier

À Montpellier, JR fait pousser un immense arbre de vie pour fêter la renaissance du Carré Sainte-Anne

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Publié le , mis à jour le
Le Carré Sainte-Anne, lieu d’exposition mythique installé dans une église montpelliéraine désacralisée, rouvre ses portes après sept années de fermeture et un long chantier de restauration. Pour fêter cette renaissance, l’artiste JR y expose une installation poétique et gratuite : un immense arbre de vie, sur lequel pousse un feuillage composé de milliers de mains humaines…
Exposition “Adventice” de JR au Carré Sainte-Anne de Montpellier
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Exposition “Adventice” de JR au Carré Sainte-Anne de Montpellier

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© Christophe Ruiz / © Montpellier Ville et Métropole

La pierre blonde, immaculée, resplendit au soleil. Du haut de ses 69 mètres, le clocher octogonal de l’ancienne église Sainte-Anne tranche fièrement dans le bleu vibrant du ciel. Propre comme un sou neuf, le bâtiment fête cet été sa deuxième renaissance. Car cette belle église néogothique du XIXe siècle, désacralisée et restaurée à la fin des années 1980 pour devenir en 1991 un lieu d’exposition de 700 m² baptisé le Carré Sainte-Anne, vient de rouvrir ses portes après sept ans de fermeture.

Au fil des ans, l’édifice avait accueilli les œuvres de nombreux artistes de renommée internationale comme Jean-Michel Othoniel, Joana Vasconcelos, Chiharu Shiota et Hervé di Rosa. Mais en 2017, il avait dû de nouveau fermer ses portes suite à la découverte d’importants problèmes structurels qui le menaçaient d’effondrement. Au terme d’un long chantier de restauration, le bâtiment a rouvert au public le 27 mai, avec une nouveauté : désormais, les visiteurs peuvent entrer par son porche historique.

Un arbre qui s’étoffe planté par JR

C’est l’artiste JR, célèbre dans le monde entier pour ses grands collages photographiques en noir et blanc disséminés dans l’espace public, qui a été choisi pour l’exposition de réouverture. L’œuvre qu’il y déploie se prête bien à l’idée d’une renaissance : un immense arbre de vie campé au centre de la nef. L’épais tronc noir, comme calciné, soutient un faisceau de branches sombres tendues vers le ciel, sur lesquelles s’épanouissent d’étranges « boules » de feuilles ou de fleurs blanches… Qui se révèlent être des milliers de mains humaines !

L’exposition « Adventice » signée JR
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L’exposition « Adventice » signée JR

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© Christophe Ruiz / © Montpellier Ville et Métropole

Photocopiées en noir et blanc sur des feuilles de papier, puis soigneusement découpées, ces mains de Montpelliérains, d’habitants de la région et de visiteurs de passage ont été rassemblées pour former de drôles de grappes sphériques hérissées de doigts-pétales, qui ont été ensuite accrochées aux branches. 10 000 mains de papier collectées dans la région en amont de l’inauguration de l’installation sont désormais rejointes par celles des visiteurs : ceux-ci sont invités à poser leur main sur un photocopieur installé dans l’église, permettant ainsi à l’arbre de s’étoffer tout au long de l’exposition.

Une illusion d’optique

Au sol, un point noir placé au centre devant l’œuvre indique l’endroit où il faut se placer pour profiter au mieux de l’anamorphose : cette illusion d’optique donne à voir les racines de l’arbre, qui dessinent l’image inversée, en miroir, des branches. Comme si ce géant arraché était en suspension dans l’espace, ou que le sol devenait transparent pour nous révéler ses profondeurs cachées.

Suspendues « tête en bas » à des fils transparents tels des bouquets d’herbes séchées, une nuée de mains semble pleuvoir sur l’arbre depuis les voûtes du plafond – à moins qu’elles ne s’envolent de ses branches comme des akènes de pissenlit, aspirées par le vent dans un mouvement d’ascension divine.

Le battement du cœur de l’arbre

Tout autour, accrochés aux murs de l’église, des collages en noir et blanc garnissent des arbres de centaines de petites mains pour former des compositions japonisantes. En approchant son oreille du tronc en trois endroits précis, le visiteur entendra aussi le bruit des vagues, ainsi qu’un son plus troublant : le battement du cœur de l’arbre

Exposition « Adventice » de JR au Carré Sainte-Anne de Montpellier
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Exposition « Adventice » de JR au Carré Sainte-Anne de Montpellier

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© Christophe Ruiz / © Montpellier Ville et Métropole

À la fois apaisant et un brin étrange – ces feuillages de mains coupées possèdent une fibre surréaliste inquiétante –, l’arbre apparaît comme un symbole de solidarité. Chacun apporte son élément qui se fond dans la masse, homogénéisée par le noir et blanc : à la fois tous différents, et tous semblables. Dimension participative, collages, impressions en noir et blanc, anamorphose… L’œuvre réunit tous les éléments caractéristiques de l’art de JR. Comme toujours, elle se nourrit aussi du lieu qui l’accueille.

De mauvaises herbes bienvenues

« Aux yeux de JR, les herbes venues de l’extérieur participent à l’équilibre nécessaire à l’épanouissement d’une terre, d’une ville ou d’un pays. »

Numa Hambursin

« Mon installation s’inspire d’un phénomène survenu dans la région : au Moyen Age, des graines venues d’ailleurs, contenues dans la laine brute importée d’Espagne, d’Afrique du Nord, de Constantinople et de Smyrne, qui était lavée dans le Lez avant d’être utilisée pour fabriquer des draps, ont fleuri sur les rives du fleuve. Ces « mauvaises herbes » exotiques ont attisé la curiosité des scientifiques et mené à l’établissement du premier Jardin Botanique de France, créé à Montpellier en 1593 », raconte JR.

Exposition « Adventice » de JR au Carré Sainte-Anne de Montpellier
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Exposition « Adventice » de JR au Carré Sainte-Anne de Montpellier

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© Christophe Ruiz / © Montpellier Ville et Métropole

Le nom de l’exposition, « Adventice », est un terme savant utilisé pour désigner les mauvaises herbes, issu du latin ad venire, « arriver de l’extérieur ». « La mauvaise herbe est celle qui s’installe sans avoir été invitée, et qui croît sans contrôle. Mais nous savons désormais que les adventices sont essentielles pour la faune, pour les pollinisateurs et pour la fertilisation des sols », explique l’artiste. Ici, les visiteurs de tous horizons agissent comme ces graines venues d’ailleurs, ces étrangères qui, ensemble, dans toute leur diversité et avec une part d’aléatoire, créent de la beauté et perpétuent la vie.

« Aux yeux de JR, les herbes venues de l’extérieur participent à l’équilibre nécessaire à l’épanouissement d’une terre, d’une ville ou d’un pays. Elles n’entravent pas une culture : elles lui permettent de se maintenir et de s’épanouir. Elles n’épuisent pas un sol : elles l’enrichissent » développe Numa Hambursin, commissaire de l’exposition, directeur du MO.CO de Montpellier et ancien directeur artistique du Carré Saint-Anne (de 2010 à 2017). En ces temps où l’immigration est devenue un sujet brûlant qui divise la société, la métaphore est évidente. Gare au trompe-l’œil chez JR : derrière ce qui pourrait passer pour un simple jeu instagrammable, se cache toujours un message politique.

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Adventice

Du 27 juin 2025 au 7 décembre 2025

www.montpellier-tourisme.fr

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