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Insolite

Goya, Rembrandt, De Vinci… Ces grands peintres cachés dans des jeux vidéo

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Publié le , mis à jour le
Nombreux sont les jeux vidéo qui présentent au détour de leurs intrigues des tableaux ou des sculptures tirés de l’histoire de l’art… Et elles ne sont pas uniquement là pour décorer ! Quels rôles tiennent ces œuvres dans l’ambiance ou la narration du jeu, et quelles sont les plus citées ?
Le Metropolitan Museum of Art de New York dans Animal Crossing
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Le Metropolitan Museum of Art de New York dans Animal Crossing

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© Nintendo Animal Crossing / DR

C’est une quête aussi passionnante qu’infinie : traquer les œuvres d’art présentes dans les jeux vidéo. Qu’elles soient réellement tirées de l’histoire de l’art ou inventées de toutes pièces par les créateurs du jeu, ces tableaux et sculptures ne sont pas uniquement là pour faire tapisserie. Voici un petit décryptage de leurs différents usages dans les jeux vidéo…

Comme l’explique Jean Jouberton, créateur du compte Twitter « Every Game a Museum » qui recense les tableaux dans les jeux vidéo, l’œuvre d’art participe le plus souvent à créer une ambiance ou un contexte historique. Il cite par exemple la célèbre série Assassin’s Creed, dont le deuxième volet se déroule en 1476 pendant la première Renaissance : la présence d’œuvres comme la Dame à l’hermine de Léonard de Vinci permet de planter un décor plus authentique.

À gauche, « La Dame à l’hermine » de Léonard de Vinci (1488). À droite, « Jupiter et Io » de Corrège (entre 1520 et 1540)
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À gauche, « La Dame à l’hermine » de Léonard de Vinci (1488). À droite, « Jupiter et Io » de Corrège (entre 1520 et 1540)

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Huiles sur toile • 54 × 39 cm / 162 × 73,5 cm • Coll. Musée national de Cracovie, Cracovie / Coll. Kunsthistorisches Museum, Vienne • © Google Arts & Culture © Google Art Project

Même si les créateurs du jeu ont parfois glissé des tableaux postérieurs à 1476, comme le Jupiter et Io du Corrège [ill. ci-dessus]… « L’idée ici n’est pas d’être précis sur la chronologie ou la datation mais de faire figurer des œuvres célèbres, qui servent de référents visuels connus du joueur pour faire ‘plus Renaissance’ et participer ainsi à l’immersion dans le jeu », explique Jean Jouberton.

Contribuer à l’atmosphère oppressante des jeux d’horreur

Certaines œuvres, quant à elles, reviennent très régulièrement pour un usage bien précis : créer une ambiance inquiétante. « Le Saturne de Goya, le Cauchemar de Füssli, Judith et Holopherne de Caravage ou de Gentileschi, sont très souvent cités dans les jeux d’horreur. Même si on ne connaît rien à l’iconographie et qu’on ne sait pas qu’il s’agit d’Holopherne ou de Saturne, le joueur fait une lecture du tableau dans son sens le plus primaire : une décapitation, un personnage monstrueux qui mange un enfant… Tout cela participe à l’atmosphère oppressante de ces jeux d’horreur. » Des visions angoissantes et potentiellement prémonitoires pour le joueur ou la joueuse, dont l’avatar risque de subir le même sort…

Donner des clés de lecture

Mais reconnaître le sujet d’un tableau peut aussi avoir de l’intérêt pour le joueur, en faisant un écho à la situation ou en lui donnant des clés de lecture. Ce même Saturne de Goya a, par exemple, un lien étroit avec l’intrigue du jeu The Sinking City, qui comporte une figure de patriarche particulièrement toxique…

À gauche, vue du retable du “Jugement Dernier” de Rogier van der Weyden dans le jeu vidéo “Afterparty”. À droite, le “Jugement dernier” de Rogier van der Weyden (1443-1452)
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À gauche, vue du retable du “Jugement Dernier” de Rogier van der Weyden dans le jeu vidéo “Afterparty”. À droite, le “Jugement dernier” de Rogier van der Weyden (1443-1452)

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Huile sur bois • 220 × 548 cm • Coll. Hospices de Beaune, Beaune • © nightschoolers, 2019 © Alamy / Hemis / Franck Legros

Des références d’autant plus intéressantes pour Jean Jouberton, qui cite, amusé, la présence du retable du Jugement dernier de Rogier van der Weyden dans le jeu Afterparty, précisément au moment où les deux héros sont jugés par un tribunal de démons. Comme il l’explique dans sa chaîne YouTube de décryptage « Homo Ludens » : « Ici, l’œuvre dépasse le simple rôle de décor : elle participe à la lecture de la scène et enrichit l’univers du jeu ».

Acheter un Botticelli

Il n’est pas rare que des tableaux soient répétés à plusieurs reprises au sein d’un même jeu : d’un point de vue technique, il est en effet plus simple pour les développeurs de rationaliser le nombre d’objets intégrés dans un scénario qui peut durer plusieurs dizaines d’heures. Cela rend d’autant plus exceptionnelles les œuvres avec lesquelles il est possible d’avoir des interactions

À gauche, “La femme à la balance” de Johannes Vermeer (1662–1663). À droite, “La Femme à la balance” dans le jeux vidéo “Tom Clancy’s The Division 2”
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À gauche, “La femme à la balance” de Johannes Vermeer (1662–1663). À droite, “La Femme à la balance” dans le jeux vidéo “Tom Clancy’s The Division 2”

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Huile sur toile • 42,5 × 38 cm • Coll. National Gallery of Art, Washington • © Wikimedia Commons © UbiMassive, 2019

Certaines peuvent ainsi être collectionnées, que ce soit dans Assassin’s Creed II où il est possible d’acheter – entre autres – le Printemps de Botticelli, ou dans Tom Clancy’s The Division 2, qui se déroule dans un Washington post-apocalyptique avec des tableaux issus des véritables collections des musées de la ville. « Les œuvres permettent d’obtenir de l’argent virtuel, ou des points d’expérience ou de prestige. Donc les collectionner, interagir avec elles, a un rôle du point de vue ludique et apporte quelque chose au jeu », précise Jean Jouberton.

Et les musées dans tout ça ?

Récemment, de nombreux musées ont commencé à s’intéresser à ces univers virtuels et à toutes leurs possibilités. Notamment en 2020, pendant le confinement : le jeu Animal Crossing : New Horizon [ill. en Une], lancé le 20 mars, jouit alors d’une popularité inouïe. Son univers comporte un musée où se bousculent des chefs-d’œuvre comme l’Homme de Vitruve de Léonard de Vinci, ou la Liberté guidant le peuple de Delacroix…

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© Nintendo Animal Crossing / DR

Bien vite, de véritables institutions culturelles y voient un moyen d’exister au moment même où leurs portes sont fermées à cause de la pandémie. Le musée des Sciences naturelles d’Angers lance par exemple des visites guidées avec un authentique conférencier, qui donne aux joueurs et aux joueuses des explications sur les collections d’histoire naturelle présentées dans le jeu. Des musées américains, dont le Metropolitan Museum de New York, mettent à disposition des QR codes permettant d’importer leurs chefs-d’œuvre dans l’univers Animal Crossing. Enfin, des artistes comme Shing Yin Khor recréent à l’intérieur du jeu des icônes de l’art contemporain, de Spiral Jetty de Robert Smithson à The Artist is Present de Marina Abramović.

Voici un autre exemple, encore plus récent : en 2022, pour les besoins du jeu Horizon Forbidden West, le studio Guerrilla Games a travaillé main dans la main avec le Rijksmuseum d’Amsterdam pour la sélection et la numérisation des tableaux présents dans le jeu, Rembrandt en tête. Une collaboration qui a été largement relayée par le studio, ce que Jean Jouberton analyse comme « une volonté politique pour le jeu vidéo de revendiquer une dimension culturelle très forte ».

Autant d’exemples qui montrent la richesse des liens déjà tissés entre l’histoire de l’art et le jeu vidéo, et laissent supposer de futures collaborations encore plus enthousiasmantes. D’ici là, à vos loupes, et bonne chasse aux chefs-d’œuvre lors de vos prochaines parties…

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