Insolite

Que nous raconte « le Plancher de Jeannot », mystérieuse œuvre d’Art brut de l’hôpital Sainte-Anne ?

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Publié le , mis à jour le
Unique par sa facture et par son histoire, ce parquet en chêne de 13 mètres carrés réalisé par un certain Jean Crampilh-Broucaret, dit « Jeannot », est au centre d’une exposition au musée d’Art et d’Histoire de l’hôpital Sainte-Anne, à Paris.
Jean Crampilh-Broucaret, Le Plancher de Jeannot
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Jean Crampilh-Broucaret, Le Plancher de Jeannot, 1971

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Gravure à la perceuse et au couteau à bois sur lattes de plancher en bois de chêne • 16m² • © CEE-MAHHSA Dominique Baliko

Avec le temps, le toit avait fini par laisser passer la pluie. Qui eût cru que dans cette ferme béarnaise en piteux état du village de Vic-Bilh, on trouverait un trésor ? Pas un tas d’or ou de pièces de monnaies, mais quelques lattes de plancher en chêne, gravées dans une chambre à l’étage, par un homme mort depuis 50 ans, dont on ignore (presque) tout.

C’est dans ce décor, prompt à être vendu à qui en voudrait, que des brocanteurs ont découvert en 1993 le Plancher de Jeannot, une œuvre mystérieuse, devenue pièce phare du musée d’Art et d’Histoire de l’hôpital Sainte-Anne (MAHHSA) à Paris, et aujourd’hui remise en lumière dans une exposition, après restauration.

D’où vient ce plancher ?

Exposée à même le sol, comme doit être un plancher, mais à l’abri sous une plaque de verre, cette œuvre unique fascine par son exécution. C’est la main de Jean Crampilh-Broucaret (1939–1972), surnommé « Janot » ou « Jeannot », fils d’agriculteurs, qui l’a réalisée, probablement à la fin de l’année 1971 et au début de l’année 1972. Soit quelques semaines avant de se laisser mourir de faim, à 33 ans, dans cette ferme du Béarn où il vivait avec l’une de ses deux sœurs. L’enfance de la fratrie fut relativement paisible, jusqu’au suicide du père de famille en 1959. On sait aussi que le jeune homme ayant fait la guerre d’Algérie, très fragile et en proie à des crises, venait de perdre sa mère. Jeannot avait refusé de se séparer de son corps et l’avait fait enterrer dans la maison familiale, sous l’escalier.

Jean Crampilh-Broucaret, Le Plancher de Jeannot (détail)
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Jean Crampilh-Broucaret, Le Plancher de Jeannot (détail), 1971

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Gravure à la perceuse et au couteau à bois sur lattes de plancher en bois de chêne • 16m² • © CEE-MAHHSA Dominique Baliko

Alors qu’il aurait dû disparaître, tapi dans la chambre de Jeannot, ce texte gravé très intime va devenir un objet d’études scientifiques. Lorsque Paule (1927–1993), la sœur de Jeannot, décède, la ferme est mise en vente et le plancher est découvert. En 1994, un brocanteur le montre à Guy Roux, un neuropsychiatre de Pau. Piqué, le docteur décide de déposer ce plancher de la ferme du Vic-Bilh pour l’acquérir et le faire connaître à la communauté scientifique. À partir de 1998, Guy Roux l’expose régulièrement dans des colloques de professionnels de la psychiatrie. De nombreuses publications montrent l’intérêt pour le Plancher de Jeannot et son contexte de création… Sans pour autant trouver la clé de l’énigme…

Quel est le message ?

C’est le requiem d’un fou. Dans les lattes assemblées, on peut lire, gravé à la perceuse et taillé au ciseau à bois, une succession de 68 lignes difficiles à décoder, s’en prenant avec véhémence à la religion. Extrait : « La religion a inventé des machines a commender le cerveau des gens et betes (…) l’eglise apres a voir fait tuer les juifs a hitler a voulu inventer un proces type et diable afin prendre le pouvoir du monde et imposer la paix aux guerres (…) nous jean paule somivies innocents nous n’avons ni tue ni detruit ni porte du tort a autrui c’est la religion qui a invente un proces avec des machines electroniques a commander le cerveau » (sic).

Comment ces 13 mètres carrés sont-ils passés d’une ferme du Béarn à l’hôpital Sainte-Anne ?

Jean Crampilh-Broucaret, Le Plancher de Jeannot, section 1 dite « grande section »
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Jean Crampilh-Broucaret, Le Plancher de Jeannot, section 1 dite « grande section », 1971

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Gravure à la perceuse et au couteau à bois sur lattes de plancher en bois de chêne • 16m² • © CEE-MAHHSA Dominique Baliko

Rachetée en 2001 par le laboratoire pharmaceutique Bristol-Myers Squibb (BMS), l’œuvre entre dans le patrimoine de l’Art brut, en participant souvent aux accrochages dédiés aux « écrits bruts », notamment à la Collection de l’art brut à Lausanne, à la Halle Saint-Pierre et à la Bibliothèque nationale de France (BnF), à Paris. En 2007, le laboratoire pharmaceutique transfère le Plancher de Jeannot à l’hôpital Sainte-Anne, qui expose les œuvres des malades mentaux depuis 1946. Les trois panneaux de chêne massif sont alors installés directement dans la rue Cabanis, le long du mur de l’hôpital. Présenté verticalement, à l’abri d’une plaque de verre, le plancher intriguait les passants. Malheureusement, de telles conditions d’exposition vont dégrader l’œuvre. Déposé en 2022, c’est après une nécessaire restauration que le Plancher de Jeannot s’offre désormais sans ambiguïté aux visiteurs de Sainte-Anne.

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Le Plancher de Jeannot

Du 11 septembre 2024 au 27 avril 2025

musee.mahhsa.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Art brut

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