Attribuée à Léonard de Vinci ?, La Mona Lisa d’Isleworth (détail), entre 1503 et 1506 ?
Huile sur toile • 86 × 64,5 cm • Coll. Mona Lisa Foundation
Serait-ce une plaisanterie ? Avec ses traits édulcorés, sa peau lisse (liftée par une IA ?) et sa bouche bien rose, on jurerait que cette Joconde a eu recours à un filtre pour paraître plus jeune sur les réseaux sociaux. Et pourtant, certains experts assurent qu’il s’agit là de la Joconde originale, peinte par Léonard de Vinci en personne, dix ans avant celle du Louvre ! Actuellement star d’une exposition intitulée « La Première Mona Lisa », présentée à la galerie Promotrice delle Belle Arti de Turin jusqu’au 26 mai 2024, cette Joconde, dite « d’Isleworth », tente en réalité depuis plus d’un siècle de voler la vedette à sa sœur parisienne…
Acquise en 1778 par les Montacute, une famille d’aristocrates anglais, elle séduit Hugh Blaker, un marchand d’art de la ville d’Isleworth, à l’ouest de Londres, qui la leur achète en 1913, persuadé qu’il s’agit de l’original inachevé de la Mona Lisa du Louvre. En 1962, le tableau est vendu au collectionneur américain Henry Pulitzer (1899–1979) qui passe une grande partie de sa vie à essayer en vain de prouver cette théorie. Dans les années 2000, un consortium de personnes anonymes l’achète aux héritiers de sa compagne, qui le conservait dans un coffre de banque suisse.
Attribuée à Léonard de Vinci ?, La Mona Lisa d’Isleworth, Entre 1503 et 1506 ?
Huile sur toile • 86 × 64,5 cm • Coll. Mona Lisa Foundation
Ce sont ses propriétaires que représente la Mona Lisa Foundation, organisatrice de l’exposition turinoise. Basée en Suisse, elle soutient dur comme fer que l’œuvre a été peinte en 1505 par Léonard. Ce qu’elle clamait déjà en 2016 lorsqu’elle l’avait présentée officiellement à Genève, assortie de conclusions de plusieurs années de recherches. Affirmant aujourd’hui avoir pu renforcer ces dernières grâce aux progrès de la science, la fondation a travaillé avec des scientifiques tels que John Asmus, de l’Université de Californie à San Diego, qui soutient que l’œuvre est bien de de Vinci.
Sauf que l’un des plus grands experts du peintre, Martin Kemp, professeur émérite d’histoire de l’art à l’Université d’Oxford (à l’origine de l’authentification contestée du Salvator Mundi à 400 millions de dollars), n’est toujours pas convaincu. Cette Mona Lisa n’a-t-elle pas été peinte sur toile alors que Léonard travaillait sur bois ? Son visage n’est-il pas trop lisse, sans âme, et dénué des minutieux détails et effets de flou (obtenus grâce à de multiples et très fines couches de glacis) caractéristiques du maître de la Renaissance ?
Autre élément criant : pour Kemp, cette version ne peut pas être antérieure à la peinture du Louvre alors qu’elle copie d’une traite, à l’identique, plusieurs éléments du célèbre tableau, qui dans ce dernier sont le résultat de repentirs (changements et corrections faits par l’artiste, qui a passé des années à modifier la peinture), détectables grâce aux techniques d’imagerie ! Selon l’expert, il ne s’agit que « d’une nouvelle tentative de promouvoir » l’œuvre avec l’espoir de gagner une fortune… Alors qu’il ne s’agirait probablement que d’une de ses très nombreuses copies et variantes anciennes exécutées par d’autres artistes.
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