Cinq nouvelles tendances de la peinture
Cinq nouvelles tendances de la peinture
Les peintres contemporains ont beau créer dans la solitude de l’atelier, leurs toiles frémissent d’aspirations et d’inspirations communes, que Beaux Arts s’est plu à imaginer sous la forme de familles recomposées.
1. Les néo-lyriques
Jessica Warboys, Sea Painting, Dunwich and Skateraw Beach, 2015–2016
© British Art Show. Courtesy Jessica Warboys
Le lyrisme en peinture, et en France particulièrement, renvoie à ce mouvement (de la main, du corps et de l’esprit) tendu vers une expressivité grandiloquente, tachant la toile de ratures et de giclées soudaines, jetées comme à l’emporte-pièce. Soit une abstraction évasive, perdue dans les limbes de l’inconscient, née dans les années 1950 avec Hans Hartung, Pierre Soulages et l’École de Paris, qu’on avait perdue de vue jusqu’à ce que les tableaux de l’Américain Joe Bradley, ou bien ceux de Samuel Richardot, ne ressassent cette rhétorique picturale, dont les maître-mots sont : impulsivité, improvisation, action et réaction (de la toile sous l’effet des pigments qui y sont apposés, des couleurs entre elles…). Sans oublier une connexion fétichiste aux éléments naturels, au vent, à l’eau, à la terre et à l’air. Dans cette catégorie, qu’on pourrait aussi nommer abstraction élégiaque, ode au médium autant qu’à la nature, empreinte colorée et chaotique des tourments du corps et de l’âme, on rangerait aussi les toiles du jeune Émile Vappereau, agglutinant un réseau de lignes noires, touffues, éventuellement rehaussées de blanc ou de jaune. Ou celles de Jessica Warboys, badigeonnées d’une solution comprenant du potassium et de l’ammonium, mélange photosensible aux ultraviolets. L’artiste galloise les récolte au petit matin, sur la plage où elle les a soumises toute la nuit aux rayons lunaires afin de recueillir leur empreinte. Il y a aussi les peintures d’Emil Michael Klein. Celles-ci proposent sur un fond blanc, légèrement iridescent, les aventures mouvementées d’une ligne bleue qui, manifestement, n’en fait qu’à sa tête, se ramifiant comme elle l’entend, prenant à droite ou à gauche, se bouclant sur elle-même, à condition de rester mince et souple. Une ligne folle et affolante, qui ne fait que suivre, hagarde, les premières couches intégralement bleues qui recouvraient le tableau en premier lieu et qui, en dernier ressort, se sont tapies sous le blanc. Ce néo-lyrisme est le résultat d’un entêtement sauvage à laisser faire la peinture. Loin des grilles (modernistes), loin des compositions préconçues par l’auteur, cette veine abstraite, happée par le grand air, batifole sur la toile.
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Laissant la mer et les vagues passer et repasser sur ses toiles, préalablement enduites de pigments, Jessica Warboys se connecte aux cycles de la marée pour produire une abstraction de plein air aléatoire, où l’auteur se fait observateur.