Cinq nouvelles tendances de la peinture
Cinq nouvelles tendances de la peinture
Les peintres contemporains ont beau créer dans la solitude de l’atelier, leurs toiles frémissent d’aspirations et d’inspirations communes, que Beaux Arts s’est plu à imaginer sous la forme de familles recomposées.
2. Les grotesques flamboyants
Benjamin Swaim, Au bord du canyon, 2016
Courtesy galerie Jean Brolly, Paris © Benjamin Swaim
C’est une mascarade, un théâtre hilarant de cruauté et d’innocence, de perversion et de naïveté. Une peinture idiote digne de Fiodor Dostoïevski et cafardeuse comme Franz Kafka, peuplée d’une cohorte de personnages ridicules, glauques ou comiques. En tête arrivent les personnages ventripotents de Louise Bonnet et leur nez hyperbolique, pendouillant comme une nouille phallique. Suivent de près les créatures mollassonnes redressant soudain, dans un sursaut de colère ou d’épouvante, leur corps invertébré, vert et poisseux, dont les affuble le Suisse Vittorio Brodmann. Derrière, arrivent, à demi assoupies dans leur bain, se laissant (plus ou moins délibérément) tâter les seins par un homme au teint gris et aux yeux en forme de meurtrières, les filles longilignes de Sanya Kantarovsky. Et, celles, farfelues, de Benjamin Swaim, inspirées des contes et légendes vernaculaires. Il y en a tant d’autres de ces silhouettes caricaturales, bonhommes et colorées mais dépeintes dans des scènes louches, d’un pinceau lui-même peu recommandable, qui vient pourlécher les contours, laissant partout des gouttelettes. C’est une peinture salace, drôlement culottée, dérivée de la BD, peut-être, et plus sûrement de son aînée punk, la bad painting de la fin des années 1970. Xavier Noiret-Thomé nourrit aussi cette veine effrayante et drôle comme peut l’être au cinéma le giallo italien et comme pouvait l’être surtout les toiles de l’Américain Philip Guston ou bien celles du Magritte de la période Vache. Que cette clique bigarrée et bizarroïde reprenne aussi jouissivement du poil de la bête dit peut-être à quel point les peintres se sentent désormais affranchis de tout complexe d’infériorité. Ne cherchant plus à passer coûte que coûte, sur le papier plutôt que sur la toile, pour des penseurs. Assumant une forme d’idiotie propre à leur médium. Gribouille un jour…
Vous aimerez aussi
Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...
Visiter la boutique



Paysages saturés de couleurs crépusculaires, rappelant une palette fauve, et hantés par des silhouettes éperdues Gros-Jean comme devant : les toiles de Benjamin Swaim s’amusent des limites de la représentation picturale. Celle-ci restant, quoi qu’on fasse, l’image enfumée d’une vision ou d’un flash.