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Dossier

Cinq nouvelles tendances de la peinture

le 25 avril 2017 à 15h04

Les peintres contemporains ont beau créer dans la solitude de l’atelier, leurs toiles frémissent d’aspirations et d’inspirations communes, que Beaux Arts s’est plu à imaginer sous la forme de familles recomposées.

Benjamin Swaim, Au bord du canyon
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Benjamin Swaim, Au bord du canyon, 2016

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Paysages saturés de couleurs crépusculaires, rappelant une palette fauve, et hantés par des silhouettes éperdues Gros-Jean comme devant : les toiles de Benjamin Swaim s’amusent des limites de la représentation picturale. Celle-ci restant, quoi qu’on fasse, l’image enfumée d’une vision ou d’un flash.

Courtesy galerie Jean Brolly, Paris © Benjamin Swaim

C’est une mascarade, un théâtre hilarant de cruauté et d’innocence,  de perversion et de naïveté. Une peinture idiote digne de Fiodor Dostoïevski et cafardeuse comme Franz Kafka, peuplée d’une cohorte de personnages ridicules, glauques ou comiques. En tête arrivent les personnages ventripotents de Louise Bonnet et leur nez hyperbolique, pendouillant comme une nouille phallique. Suivent de près les créatures mollassonnes redressant soudain, dans un sursaut de colère ou d’épouvante, leur corps invertébré, vert et poisseux, dont les affuble le Suisse Vittorio Brodmann. Derrière, arrivent, à demi assoupies dans leur bain, se laissant (plus ou moins délibérément) tâter les seins par un homme au teint gris et aux yeux en forme de meurtrières, les filles longilignes de Sanya Kantarovsky. Et, celles, farfelues, de Benjamin Swaim, inspirées des contes et légendes vernaculaires. Il y en a tant d’autres de ces silhouettes caricaturales, bonhommes et colorées mais dépeintes dans des scènes louches, d’un pinceau lui-même peu recommandable, qui vient pourlécher les contours, laissant partout des gouttelettes. C’est une peinture salace, drôlement culottée, dérivée de la BD, peut-être, et plus sûrement de son aînée punk, la bad painting de la fin des années 1970. Xavier Noiret-Thomé nourrit aussi cette veine effrayante et drôle comme peut l’être au cinéma le giallo italien et comme pouvait l’être surtout les toiles de l’Américain Philip Guston ou bien celles du Magritte de la période Vache. Que cette clique bigarrée et bizarroïde reprenne aussi jouissivement du poil de la bête dit peut-être à quel point les peintres se sentent désormais affranchis de tout complexe d’infériorité. Ne cherchant plus à passer coûte que coûte, sur le papier plutôt que sur la toile, pour des penseurs. Assumant une forme d’idiotie propre à leur médium. Gribouille un jour…

Louise Bonnet, The Shower, 2016

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Ses personnages caricaturaux, sortis, dirait-on, d’un film d’animation pour enfants, arborent des contours arrondis, des bouilles molles et adipeuses. Apathiques et lisses, comme la surface de la toile, ils sont des allégories de la peinture elle-même, substance grassouillette et pratique populaire.

Courtesy Louise Bonnet & Mier Gallery, Los Angeles / Photo Lee Tyler Thompson

Xavier Noiret-Thomé, Satyre fumant, 2016

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Xavier Noiret-Thomé est un cumulard. Ses toiles empilent les catégories habituelles comme des perles. Abstraction ou figuration, peu lui chaut, et il agglutine de même pop culture et références antiques, entre autres. Manière de tremper la peinture dans l’eau trouble du mauvais goût.

Courtesy Roberto Polo Gallery, Bruxelles © Patricia Mathieu

Sanya Kantarovsky, Temperature, 2016

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Venu de l’illustration, ce jeune Russe, installé à New York, dépeint de drôles de personnages en mêlant le plus souvent les lignes courbes et étirées de leur silhouette à celles de leur environnement. Ainsi, dans cette toile, le rebord de la baignoire semble s’enfoncer sous l’aisselle de la jeune femme comme une lame, celle dont pourrait être armé le vieillard gris qui se penche vers elle.

Photo Claire Dorn / Courtesy Sanya Kantarovsky & Art:Concept, Paris

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