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Dossier

Cinq nouvelles tendances de la peinture

le 25 avril 2017 à 15h04

Les peintres contemporains ont beau créer dans la solitude de l’atelier, leurs toiles frémissent d’aspirations et d’inspirations communes, que Beaux Arts s’est plu à imaginer sous la forme de familles recomposées.

Nicolas Party, Still Life
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Nicolas Party, Still Life, 2016

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Accrochant parfois ses tableaux sur un wall painting aux motifs très décoratifs, Nicolas Party reprend les genres traditionnels (nature morte, portrait, paysage) en les biaisant par un style arrondi et synthétique. Cette schématisation du motif a pour effet de le laisser en suspens.

Photo Isabelle Arthuis / Courtesy Nicolas Party et Xavier Hufkens, Bruxelles

Par période, le tableau ne s’en laisse plus compter par la peinture. Il ne se réduit plus à cette simple surface plane tenant dans les limites d’un cadre régulier et traditionnel. Or cet objet pictural, ou cette peinture tentée par la mise en forme de son support, se décline sur tous les tons. Il y eut les sobres shaped canvas d’un Ellsworth Kelly prêtant à ses tableaux la découpe d’une aile de voilier, puis ceux compliqués de Frank Stella, hérissant la toile de panneaux courbes qui rebiquent et se mordent entre eux. Il y eut dans les années 1970 en France, cette période (celle de Supports / Surfaces) où le châssis se refusait à tenir la toile, préférant la laisser traîner au sol pour s’exhiber lui, son propre et étique squelette, et puis plus récemment les toiles de Philippe Decrauzat et de Blair Thurman, creusant un trou en leur centre et reléguant la peinture à la périphérie d’un trou béant. C’est dire si le shaped canvas n’est pas un genre en soi, plutôt une modalité de la peinture supportant toutes les tonalités, de la plus dépressive ou pessimiste à la plus jubilatoire et rayonnante, ce dernier penchant étant cette année le plus amendé. Par Jordan Madlon et ses petites toiles découpées qui prennent des formes aimablement bonhommes et cartoonesques, tout en restant abstraites, de même que celles, longilignes et entrelacées, pastels et relâchées, de Justin Adian, en passant par les peintures de Ruth Root, qui, à 50 ans, fait presque figure de doyenne. Mais on a peu vu en France ses tableaux ressemblant à des plans cadastraux, des schémas d’urbanistes ou, mieux, à ces cartes, diagrammes ou représentations graphiques de données statistiques, démographiques, économiques… qui étirent les représentations géographiques traditionnelles. Donner du monde une représentation plus synthétique, moins réaliste (dans le trait, la composition ou la palette), c’est aussi ce vers quoi tendent d’autres jeunes artistes qui, sans du tout attenter aux limites régulières du tableau, forcent pourtant le trait de la déformation des contours de la réalité. Amélie Bertrand livre ainsi des décors aux perspectives déformées et aux couleurs acidulées trempés dans un bain de Photoshop tandis que le Suisse Nicolas Party ou bien l’Allemand Andreas Schulze réduisent leurs personnages et les objets courants à des espèces de silhouettes géométriques, avatars des paysannes formalistes de Malevitch et des robots humanoïdes des jeux vidéo.

Amélie Bertrand, Electric Dream, 2016

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Avec sa palette pop comme empruntée à ces posters montrant des couchers de soleil sur fond de plages tropicales (à grand renfort de rose Malabar, de jaune canari et d’orangé crépusculaire), Amélie Bertrand dépeint des paysages synthétiques, dont les impeccables contours suivent des perspectives artificielles.

Photo A. Mole / Courtesy galerie Semiose, Paris

Jordan Madlon, Forme non référencée, 2015

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Diplômé de l’École d’art et de design de Saint-Étienne et des Beaux-Arts de Karlsruhe, où il étudia avec Helmut Dorner, Jordan Madlon s’inscrit dans cette veine rare d’une abstraction mise en forme, le tableau suivant des contours découpés irrégulièrement.

Courtesy galerie Semiose, Paris. Courtesy galerie Jean Brolly Paris. Photo Katrin Lautenbach

Ruth Root, Sans titre, 2015

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C’est un travail d’abstraction pur et dur que celui de Ruth Root, comprenant une réflexion sur les supports (toile, bois ou Plexiglas) et leurs différences de réaction à la peinture, ou sur la composition à partir des éléments basiques (le point, la ligne). Résultat inattendu : des peintures patchwork accouplées à des pictogrammes hypergraphiques.

Photo Isabelle Arthuis / Courtesy Ruth Root & Andrew Kreps Gallery, New York

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