Cinq nouvelles tendances de la peinture
Cinq nouvelles tendances de la peinture
Les peintres contemporains ont beau créer dans la solitude de l’atelier, leurs toiles frémissent d’aspirations et d’inspirations communes, que Beaux Arts s’est plu à imaginer sous la forme de familles recomposées.
5. Les alchimistes de la ligne
Michaela Eichwald, Die Unsrigen sind Fortgezogen, 2014
Courtesy Michaela Eichwald & Dépendance, Bruxelles / Photo Sven Laurent
On n’y voit rien dans ces peintures d’apparence brouillonne, sinon des taches s’inscrivant sur une surface comme lessivée et épuisée par tant de gestes hâtifs et de couches de peinture superposées, glissant les unes sur les autres sans tenir la marée. Il semble que les peintres vouent tout ce qu’ils inscrivent à la surface de la toile à se déliter, à se déformer, à se dissoudre. Genieve Figgis peint ainsi des scènes de genre, des décors fastueux ou des portraits aristocratiques en affligeant ses sujets d’une incapacité à se tenir en forme ou dans les cordes. Les traits des personnages, boursouflés et adipeux, fondent comme sous le poids d’un excès de fard. Les murs dégoulinent comme alourdis par un excès d’apparat. L’Allemande Michaela Eichwald applique sur du cuir des laques, de l’acrylique, de la peinture à l’huile, griffonnant ensuite sur ces flaques de couleurs brunes des ratures au stylo-bille. Une abstraction gloubi-boulga qui s’articule pourtant bel et bien comme une forme d’écriture puisque l’ensemble semble suivre un sens de lecture, un mouvement graphique déterminé. On pense évidemment à Cy Twombly et à sa manière de tracer le cheminement narratif des héros mythologiques (celui du dieu Râ, par exemple, dans le cycle Coronation of Sesostris). Raconter des histoires dans un écheveau de lignes narratives, et donc par une peinture qui tire un fil, puis un autre, jusqu’à ce que la toile se trouve surchargée de fenêtres et de pelotes concurrentes : c’est aussi ce que fait le Portugais Jorge Queiroz. Ou l’Américain Lesley Vance, sur un mode plus fluide, en traçant et imbriquant des formes arrondies, colorées et liquides comparables à celles que confère Marielle Paul à ses paysages aquarellés. Tous font ainsi de la peinture un espace de fermentation et une matière charnue et grasse, qui ne durcit pas, ne sèche pas, ne se fige pas. À même donc de représenter quelque chose qui relève de l’ordre de la mollesse, de la viscosité, de la mutabilité des choses. Une peinture du vivant.
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Apparaissant comme des flaques de peinture, les tableaux de Michaela Eichwald sont pourtant animés par une composition et un rythme rigoureux, qui rappellent ceux de la graphie.