Cinq nouvelles tendances de la peinture
Cinq nouvelles tendances de la peinture
Les peintres contemporains ont beau créer dans la solitude de l’atelier, leurs toiles frémissent d’aspirations et d’inspirations communes, que Beaux Arts s’est plu à imaginer sous la forme de familles recomposées.
4. Les émerveillés de la nature
Jana Euler, Radieuse, 2016
Courtesy Jana Euler & Galerie Neu, Berlin
Si la question animale – à travers la place que les hommes leur laissent sur la planète et le sort qu’il est leur réservé dans certains abattoirs – se pose aujourd’hui de manière aiguë dans le débat social, elle se pose aussi jusque dans la peinture contemporaine. Les animaux y prennent rarement une valeur symbolique et assez peu un aspect naturaliste. C’est à la croisée des tableaux du douanier Rousseau et de ceux de Gilles Aillaud qu’il faudrait en effet davantage situer l’esprit, les couleurs et la forme du bestiaire pictural d’aujourd’hui. Tapis dans la jungle des coups de brosse ou dans les traits dilués de l’aquarelle, les animaux se tapissent discrètement au fond de la toile et ne pointent le bout de leur nez qu’à la faveur de maints détours. À l’image du chat noir (allusion peut-être à la nouvelle fantastique de Poe), à peine repérables dans les tableaux de Gerald Petit tant le pelage de la bête se confond avec le fond noir aux reflets étonnamment iridescents de la toile. Dans des tonalités bien plus claires mais pas plus nettes, Cathy Wilkes fait apparaître sous un fin crachin pictural les silhouettes de créatures mi-humaines, mi-animales, dans une veine quasiment merveilleuse. Autre stratégie de camouflage du sujet peint : Urban Zellweger représente une ménagerie d’insectes ou de reptiles en jouant sur leur morphologie compliquée, entrelaçant leurs longues antennes et leurs pattes interminables ou insistant sur leurs carapaces aux multiples reflets et leur peau au relief crevassé. Si l’animal tend à disparaître ici du monde visible, regagnant des zones obscures et fantasmatiques, les espèces végétales subissent le même traitement chez Damien Cadio, qui livrait à l’automne dernier une exposition à la galerie Eva Hober intitulée « Botanique du silence » où bouquets fanés, flétris et desséchés, ainsi que feuilles de chou noircis pourrissant donnaient au genre de la nature morte un sens littéral.
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Rencontre improbable de deux dromadaires au pelage long et épais et de l’architecture d’un immeuble moderniste, la toile de Jana Euler est aussi celle, incongrue, de deux veines picturales : l’une où la peinture mousse de manière expressive et l’autre où elle se tient coite dans ses cases géométriques.