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Peinture contemporaine

La nouvelle folie de l’abstraction

le 24 janvier 2022 à 13h01

Après une période de relative désaffection, le non-figuratif a de nouveau la cote. Sa radicalité redevient synonyme d’une liberté hors cadre, tandis que les jeunes générations de peintres s’en emparent pour décoder le monde actuel.

Après une période de relative désaffection, le non-figuratif a de nouveau la cote. Sa radicalité redevient synonyme d’une liberté hors cadre, tandis que les jeunes générations de peintres s’en emparent pour décoder le monde actuel.

Elle est vieille comme Mathusalem mais cela n’a pas empêché la peinture de garder intacte sa puissance incandescente d’éblouir celui qui y fait face. L’abstraction dispose à cette fin d’une large gamme d’outils et d’effets. Moirés, distordus, tremblants, vibrants, nébuleux, les motifs et les lignes dépeints paraissent toujours empêcher le spectateur de faire le point et l’embarquent plutôt dans un transport extatique vers des zones où son corps et son esprit planeront en apesanteur. Loin d’être l’apanage de l’op’ art et de l’art cinétique qui, dans les années 1960, en firent leur raison d’être, ces délicieux troubles, psychiques autant que visuels, se déclinent aujourd’hui encore sous d’autres formes, conscientes de ce qu’elles doivent à Bridget Riley ou Julio Le Parc, mais aussi à Mark Rothko et Yves Klein. Car conjointement à l’effet visuel créé, proprement étourdissant, il s’agit à chaque fois de désancrer la peinture de son support, de l’émanciper des limites de son cadre, de la propulser dans les airs au-dessus de la surface de la toile, qui ne semble plus en mesure de la brider, de la retenir, de l’accrocher.

Cette abstraction flottante navigue sur les tableaux tout en dégradé chromatique de Pieter Vermeersch autant que sur les formes fulgurantes de Joanna Pousette-Dart ou les bouffées colorées de Jean-Baptiste Bernadet. Ces peintures, bien que s’appuyant sur des processus de composition assez stricts, des règles géométriques basiques, des dosages chromatiques minutieux, et parfois des coups de pinceau tout en retenue, reposent souvent sur un puits sans fond de croyances irrationnelles. Leur horizon, de fait, se porte au-delà du tangible et du visible, vers ces zones du monde et de la conscience qui restent indicibles et indescriptibles. Et auxquelles la peinture prétend encore avoir accès.

Katharina Grosse : un espace pictural total

Née en 1961 à Fribourg-en-Brisgau (Allemagne), vit et travaille à Berlin.

Portrait de Katharina Grosse
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Portrait de Katharina Grosse

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© Katharina Grosse / Photo Andrea Stappert / © VG Bild-Kunst Bonn, 2021

À larges et amples coups de spray, Katharina Grosse balaye la surface qu’elle investit d’une palette vive et volontiers fluorescente. Sans se limiter aux murs, elle déborde largement sur le sol et le plafond, et introduit, par-dessus tous les éléments sculpturaux, des pans de tissu, des bas-reliefs qu’elle installe elle-même, créant ainsi un milieu pictural total, illusionniste et mouvant. La peinture met l’espace (et le spectateur qui est de plain-pied dans l’œuvre) en lévitation. Une abstraction dont vous êtes le héros.

 

Représentée par la galerie Gagosian (Paris-New York- Los Angeles-Londres…).

Jean-Baptiste Bernadet : pluie de couleurs

Né en 1978, vit et travaille à Bruxelles.

Portrait de Jean-Baptiste Bernadet
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Portrait de Jean-Baptiste Bernadet

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Courtesy Diego Mitrugno

Ses tableaux se parent d’une nébuleuse de couleurs qui frétillent, ondulent, se bousculent, si bien qu’on y voit presque alterner les variations de la lumière à différents moments de la journée. D’ailleurs, sous ce voile chromatique battu par le pinceau, des formes et des ombres identifiables (un arbre en fleurs, des reflets sur l’eau) paraissent surgir et, avec eux le souvenir de toiles passées de maîtres anciens (Monet, Vuillard…). Mais cette bruine picturale que Jean-Baptiste Bernadet fait pleuvoir à la surface de ses toiles nourrit surtout la vision d’un médium qui ne cesse de reverdir avec le temps.

Représenté par la galerie Almine Rech (Paris-Bruxelles-Londres-New York-Shanghai).

 

Jean-Baptiste Bernadet, Untitled (Fugue, Rouen III, V, VI)
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Jean-Baptiste Bernadet, Untitled (Fugue, Rouen III, V, VI), 2019

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Courtesy Almine Rech, Paris / Photo Hugard & Vanoverschelde / © Adagp, Paris, 2022

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Jean-Baptiste Bernadet – Time and Again

Du 27 janvier 2022 au 26 février 2022

www.alminerech.com

Joanna Pousette-Dart : néo-biomorphisme

Née en 1947 à New York, où elle vit et travaille.

Portrait de Joanna Pousette-Dart
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Portrait de Joanna Pousette-Dart

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© Joanna Pousette-Dart / Courtesy Lisson Gallery, Londres

Ses toiles aux bords irréguliers font rebondir la tradition moderne du shaped canvas (« tableau mis en forme ») avec une joie contagieuse. Tout en rondeurs, dodues à souhait, légèrement fuselées à certains endroits où le cadre rebique, les peintures de Joanna Pousette-Dart adoptent une composition à la fois simple et subtile. Dans une palette douce privilégiant les harmonies chromatiques, sans rien de trop contrasté, les formes dépeintes rappellent le biomorphisme d’un Jean Arp et déclinent une vision radieuse et optimiste de l’abstraction décorative.

Représentée par la galerie Lisson (Londres-New York-Shanghai).

Joanna Pousette-Dart, Roccolo 1
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Joanna Pousette-Dart, Roccolo 1, 2019–2021

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© Joanna Pousette-Dart / Courtesy Lisson Gallery, Londres / © Adagp, Paris, 2022

Pieter Vermeersch : pierre apparente

Né 1973 à Courtrai (Belgique), vit et travaille à Turin et Anvers.

Portrait Pieter Vermeersch
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Portrait Pieter Vermeersch

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© Photo Claire Dorn / Courtesy Perrotin, Paris-New York

À ses tableaux aux dégradés évanescents, Pieter Vermeersch ajoute une couche illusionniste en choisissant comme support le marbre poli qui, laissé apparent (comme ci-dessous), mêle à la composition l’image de ses veinules. La pierre peut aussi se présenter en trompe-l’œil, sous la forme d’une photographie, rehaussée de peinture. Chez l’artiste belge, l’abstraction fait corps avec la nature, dans une dimension à la fois matérielle et immatérielle, grâce à cette touche soyeuse qui se pare de teintes iridescentes.

 

Représenté par la galerie Perrotin (Paris-New York-Honk Kong-Séoul…).

Pieter Vermeersch, Sans titre
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Pieter Vermeersch, Sans titre, 2020

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© Studio Pieter Vermeersch / Courtesy Perrotin, Paris-New York

Retrouvez dans l’Encyclo : Daniel Buren

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