La nouvelle folie de l’abstraction
La nouvelle folie de l’abstraction
Après une période de relative désaffection, le non-figuratif a de nouveau la cote. Sa radicalité redevient synonyme d’une liberté hors cadre, tandis que les jeunes générations de peintres s’en emparent pour décoder le monde actuel.
Tendance
5. Débordant du cadre
Alors que la peinture figurative s’épanouit à l’intérieur des limites intimistes du tableau dans lequel elle s’inscrit (c’est aussi le cas des coups de spray du street art qui cultive un gigantisme bien encadré par les façades d’immeubles ou les infrastructures de métro), la peinture abstraite se fait volontiers plus expansive. Elle se répand bien au-delà du pan vertical des cimaises pour glisser au sol et se hisser jusqu’au plafond. En outre, si elle envahit l’espace, c’est en empruntant mille chemins détournés. Là (avec Flora Moscovici), elle va entacher la monochromie de ses parois en les recouvrant d’un nuancier brouillon de tons ocre virant au verdâtre ou au rougeâtre, soit des teintes pas franches, entretenant avec les variations de la lumière du jour une forme d’entente complice. Ici, c’est Katharina Grosse qui nappe l’espace d’une palette iridescente de roses, de jaunes, de bleus fluorescents. Ailleurs, c’est l’éternel Daniel Buren qui vient prolonger et plier le toit orné de motifs géométriques traditionnels d’une bâtisse bourguignonne. Tout comme ce Point de vue ascendant, travail in situ, voué à rester installé durant un an, ces œuvres picturales sont pour la plupart éphémères. Autrement dit, après avoir marqué le territoire, elles se volatilisent et ne laissent derrière elles qu’un souvenir fugace et une trace photographique.
Flora Moscovici : les lueurs d’un incendie se propageant sur les murs
Née en 1985 à Paris, où elle vit et travaille.
Portrait de Flora Moscovici
Photo Nicolas Lafon
Ses peintures murales ont la tendre patine des ornements décatis, aux couleurs fanées et aux lustres passés. Pourtant, elles sont flambant neuves et n’hésitent pas à briller parfois des lueurs d’un incendie. Les œuvres de Flora Moscovici jouent ainsi à merveille de l’espace où elles se propagent comme des bouffées de fumée, mais aussi du temps, semblant avoir toujours été là, alors même qu’elles ont rarement vocation à y rester.
Représentée par Gilles Drouault, galerie/multiples (Paris).
Flora Moscovici, Chop-Chop, 2016
vue de l’installation dans le cadre du festival Vis-à-vis, rue du Marché Popincourt, Paris
© Flora Moscovici
Frederico Herrero : exubérance sud-américaine
Né en 1978 à San José (Costa Rica) où il vit et travaille.
Federico Herrero dans son Studio, 2021
Courtesy James Cohan Gallery, New York
Les teintes fleuries et fruitées du bleu outremer, du vert turquoise ou du rose framboise qu’appose Frederico Herrero sur les toiles aussi bien qu’à même les murs semblent toujours bourgeonner gaiement au soleil d’une tradition picturale vernaculaire, celle des fresques sud-américaines. Rarement anguleuses, plutôt courbes, ses formes, qui grouillent et se poussent du coude sans se marcher dessus, prennent une allure presque enfantine. Quelque chose comme l’innocence retrouvée de la peinture.
Représenté par la galerie James Cohan (New York).
Federico Herrero, The Sea, 2021
© Federico Herrero / Courtesy James Cohan Gallery, New York
Daniel Buren : un toit déroulé à la mode bourguignonne
Né en 1938 à Boulogne-Billancourt, travaille « in situ ».
Portrait de Daniel Buren
© AFP Photo / Patrick Hertzog / DB – Adagp, Paris 2022
On ne compte plus les interventions in situ du pionnier du genre, qui s’est fait toujours fort de tirer la peinture hors de son châssis et de l’atelier de l’artiste. Voilà une des dernières réalisations de Daniel Buren, inaugurée cet hiver, à Dijon, dans le jardin du siège régional de la Banque de France. Il s’agit d’un long « tapis » de bois, déroulé depuis un toit en tuiles vernissées jusqu’au sol. Il est aussi question de tracer un lien entre le passé de la géométrie et sa modernité avant-gardiste, puisque les fameuses bandes de l’artiste se combinent ici avec un motif à losanges, typiquement bourguignon.
Représenté par Kamel Mennour (Paris).
Daniel Buren, Photosouvenir : Point de vue ascendant, travail in situ, octobre 2021,
Hôtel de la Thoison, jardin de la Banque de France, Dijon • Photo Bruce Aufrere / TiltShift / © DB-Adagp, Paris 2022 /
À lire
L’Abstraction
Par Arnauld Pierre et Pascal Rousseau • éd. Citadelles & Mazenod • 400 p. • 189 €
Abstractions corporelles / Anatomies fragmentées
Du 26 janvier 2022 au 26 mars 2022
Hauser & Wirth • Diseminado Illa del Rei • 07700 Port Mahon
www.hauserwirth.com
Helen Frankenthaler. Selected Works
Du 18 janvier 2022 au 12 mars 2022
Galerie Gagosian — Rue de Castiglione • 9 Rue de Castiglione • 75001 Paris
gagosian.com
Sergej Jensen
Du 4 février 2022 au 22 mai 2022
Le Consortium • 37, rue de Longvic • 21000 Dijon
www.leconsortium.fr
Karina Bisch & Nicolas Chardon. Modern Lovers
Du 12 mars 2022 au 28 août 2022
MAC VAL • Place de la Libération • 94400 Vitry-sur-Seine
www.macval.fr
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