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Exposition imaginaire

L’animal, notre miroir

le 16 octobre 2020 à 16h10

L’évolution, une question d’actualité ? Certainement. Aujourd’hui encore, cette théorie reste attaquée. Au moment où se jouent les élections américaines sur fond de climato-scepticisme et de musées créationnistes, et quand de nouveaux fondamentalismes religieux s’affichent sans complexe un peu partout, je rêve, sur l’invitation de Fabrice Bousteau, d’une exposition qui réconcilie nature et culture, où l’homme se réapproprie son identité animale.

Dandora Landfill #3, Plastics Recycling, série The Anthropocene Project, Edward Burtynsky
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Dandora Landfill #3, Plastics Recycling, série The Anthropocene Project, Edward Burtynsky, 2016

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Avec la cinéaste Jennifer Baichwal et le directeur de la photographie Nicholas de Pencier, Edward Burtynsky documente l’exploitation minière, agricole et forestière à grande échelle et ses ravages sur l’environnement.

Nairobi (Kenya) • © Edward Burtynsky / Courtesy Nicholas Metivier Gallery, Toronto / Flowers Gallery, Londres.

L’humanité est à une phase inédite de son évolution. Il y a 60 millions d’années, la collision d’une météorite avec notre planète provoqua vraisemblablement la cinquième extinction de masse de la vie sur Terre. Aujourd’hui, au temps de la sixième extinction, l’érosion d’un vivant, qui a mis des millions d’années à se former pour rendre la planète habitable, ne vient pas de l’espace mais de l’activité humaine. C’est ce que documente l’Anthropocene Project du photographe Edward Burtynsky. Notre espèce saura-t-elle s’adapter aux conséquences fulgurantes de son succès depuis 40 000 ans ? Déjà, en 1894, dans The Extinction of Man: Some Speculative Suggestions, Herbert G. Wells annonçait : « Tous les animaux ayant un jour dominé le monde ont vu leur apogée correspondre à la veille de leur total renversement. » Sans endosser les théories de l’effondrement des survivalistes, cette anticipation du père de la science-fiction ne relève plus de la fable. Plus une espèce a du succès, plus elle doit s’adapter aux conséquences. Nous y sommes.

À gauche: Omar Ba, “At the Beginning of Life : Copy or Likeness (2019)”. À droite : Kent Monkman, “Les Castors du roi” (2011)
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À gauche: Omar Ba, “At the Beginning of Life : Copy or Likeness (2019)”. À droite : Kent Monkman, “Les Castors du roi” (2011)

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À gauche : Omar Ba explore « l’animalité de l’être humain : ce côté bestial, fauve » qui s’exprime dans les zones de conflit entre rites ancestraux, rituels animistes et religions importées pour créer des cosmogonies toutes personnelles : « Mes créatures hybrides sont une métaphore de notre humanité. »
À droite : L’artiste autochtone canadien Kent Monkman imagine le tableau de chasse que Louis XV aurait pu commander de sa riche colonie en Nouvelle-France, pourvoyeuse en fourrure de castor nécessaire pour fabriquer le feutre des chapeaux. Il dénonce les relations destructrices des colons avec les populations locales massacrant l’écosystème.

Courtesy Willy Verginer et galerie LeRoyer, Montréal. Coll. musée des Beaux-Arts de Montréal / Courtesy Kent Monkman.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les premières organisations internationales de protection de la nature et de la biosphère sont instituées sous l’impulsion de naturalistes. La Déclaration universelle des droits de l’homme en 1948 appelle au respect de notre oikos (habitat) auquel renvoie le mot « écologie », soit notre « maison commune ». Désormais, l’écologie a acquis la force de l’évidence, façonnant la conscience d’une nature fragilisée par le système de surexploitation de notre civilisation, soutenu par notre croissance démographique sans précédent ? Ce qu’illustrent Omar Ba et Kent Monkman.

Mark Dion, Antarctic Landscape in Black and White
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Mark Dion, Antarctic Landscape in Black and White, 2016

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Les cabinets de curiosités de ce militant de la cause animale, dénoncent le paradoxe inquiétant d’écosystèmes détruits à mesure que nos connaissances en écologie progressent.

Pingouin en peluche, métal galvanisé, goudron, bibelots et bijoux fantaisie. • h. 61 cm • Courtesy Mark Dion et Tanya Bonakdar Gallery, New York-Los Angeles.

Willy Verginer, Entre rêve et réalité
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Willy Verginer, Entre rêve et réalité, 2014

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Par leur contraste chromatique efficace, les sculptures de Verginer illustrent les vases communiquant entre contamination des sols et disparition des écosystèmes naturels, dénonçant l’équilibre précaire où se ressource le vivant.

Technique mixte • PPhoto Toni Hafkenscheid.

En 2019, pour la première fois, l’Organisation des Nations unies brossait le portrait mondial de la biodiversité. Verdict ? Un million d’espèces, animales et végétales sont menacées d’extinction : en moyenne 25 % des espèces de vertébrés terrestres, d’eau douce et marines et 33 % des récifs coralliens. L’empreinte de l’activité humaine est de plus en plus invasive puisque 75 % du milieu terrestre est altéré comme 66 % des milieux marins. Le rythme actuel de la disparition des espèces serait de 10 à 100 fois plus rapide par rapport aux seuls phénomènes naturels : un constat déjà dénoncé par le plasticien Mark Dion et le sculpteur Willy Verginer.

Retrouvez dans l’Encyclo : Sophie Calle

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