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Exposition imaginaire

L’animal, notre miroir

le 16 octobre 2020 à 16h10

L’évolution, une question d’actualité ? Certainement. Aujourd’hui encore, cette théorie reste attaquée. Au moment où se jouent les élections américaines sur fond de climato-scepticisme et de musées créationnistes, et quand de nouveaux fondamentalismes religieux s’affichent sans complexe un peu partout, je rêve, sur l’invitation de Fabrice Bousteau, d’une exposition qui réconcilie nature et culture, où l’homme se réapproprie son identité animale.

Léon Frédéric, Nature ou Abondance
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Léon Frédéric, Nature ou Abondance, 1897

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Figure d’harmonie, la mère nourricière symbolise la fertilité. Le printemps s’installe en atours de cette Nature symboliste, promesse de réconciliation pour la préservation du vivant.

Huile sur toile • 165,1 × 90,1 cm • Coll. et Courtesy Dallas Museum of Art

« L’Homme est la Nature prenant conscience d’elle-même », écrivait l’anarchiste écologiste Élisée Reclus. « Mais quand l’homme sera éteint, la nature n’existera pas non plus car c’est un concept humain. Plus de nature sans Orphée pour la chanter », souligne le chercheur en neurobiologie Alain Prochiantz. Métaphores de l’abondance et de la fertilité, la Nature ou la Terre, notre mère patrie, s’incarnent au féminin, hier avec le peintre Léon Frédéric, aujourd’hui avec la plasticienne Shary Boyle.

Si les scientifiques ont acquis une certaine maîtrise pour comprendre les animaux et les plantes, seul l’Occident moderne oppose Nature et Culture dans une discontinuité supposée. A contrario, dans les sociétés dites traditionnelles, les gens de la terre et les peuples indigènes communiquent grâce à leurs rites, leurs symboles ou leurs rêves avec le monde naturel.

Très présents dans les cultures autochtones, le totémisme, le chamanisme, l’analogisme ou l’animisme renouent avec la Nature en effaçant ces frontières. La cartographie des routes du vivant, celles des troupeaux migrateurs par exemple, complexifie la question du territoire, ce que savent bien les peuples autochtones ou nomades. Leurs systèmes de pensée renforcent un sentiment d’appartenance cosmique avec notre biosphère.

À gauche : Meryl McMaster, “Anima de la série In-Between Worlds” (2012). À droite : Gabriella Possum Nungurrayi, “Grandmothers Country” (2020)
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À gauche : Meryl McMaster, “Anima de la série In-Between Worlds” (2012). À droite : Gabriella Possum Nungurrayi, “Grandmothers Country” (2020)

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À gauche : Dans cette communion charnelle et onirique, l’artiste retrouve les traces de sa communauté.
À droite : Inspirée par les histoires de rêve transmises par sa grand-mère, l’artiste aborigène imagine un bush fécond en nourriture et points d’eau, lieu de rencontre et de vie pour sa famille.

© Meryl McMaster. Coll. musée des Beaux-Arts de Montréal / Courtesy Shary Boyle. © Michelle Possum Nungurrayi & Adam Knight Fine Art.

Alors que ces sociétés traditionnelles, leur langue et leur culture, se folklorisent ou disparaissent avec leurs habitats naturels, nos réflexes anthropocentristes gagnent en s’élargissant à leurs réflexions reliant intimement les écosystèmes naturel et artistique. Les créations autochtones de l’artiste inuit Shuvinai Ashoona, la photographe canadienne Meryl McMaster et la peintre aborigène Gabriella Possum Nungurrayi célèbrent ce lien avec la Terre pour réparer notre maïeutique avec la diversité du vivant. Laissons le mot de la fin à l’anthropologue Claude Lévi-Strauss, qui sagement nous propose « une sorte d’humilité principielle : l’homme commençant par respecter toutes les formes de vie en dehors de la sienne se mettrait à l’abri du risque de ne pas respecter toutes les formes de vie au sein de l’humanité même. »

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Les Origines du monde - L’invention de la nature au XIXe siècle

Du 15 décembre 2020 au 18 juillet 2021

m.musee-orsay.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Sophie Calle

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