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Exposition imaginaire

L’animal, notre miroir

le 16 octobre 2020 à 16h10

L’évolution, une question d’actualité ? Certainement. Aujourd’hui encore, cette théorie reste attaquée. Au moment où se jouent les élections américaines sur fond de climato-scepticisme et de musées créationnistes, et quand de nouveaux fondamentalismes religieux s’affichent sans complexe un peu partout, je rêve, sur l’invitation de Fabrice Bousteau, d’une exposition qui réconcilie nature et culture, où l’homme se réapproprie son identité animale.

Fecal Matter (Hannah Rose Dalton & Steven Raj Bhaskaran), Cooking with Fecal Matter
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Fecal Matter (Hannah Rose Dalton & Steven Raj Bhaskaran), Cooking with Fecal Matter, 2019

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Ce duo de la mode célèbre la peau comme un vêtement dans leur esthétique du transhumanisme, du body sculpture et de la performance corporelle. Il questionne avec humour les critères de normalité et de monstruosité.

Photographie • © Fecal Matter

Nous ne sommes plus des animaux comme les autres. Nous sommes des « animaux dénaturés », écrivait Vercors. En effet, l’expulsion de la nature – soit l’anaturation selon le neurobiologiste Alain Prochiantz – d’Homo sapiens est unique dans l’histoire des espèces. Nous vivons dans une amnésie environnementale. Se réapproprier cette identité animale pour en faire une expérience de pensée rejette les oppositions désuètes entre humanisme et naturalisme. Les créatures composites d’un Thomas Grünfeld, les chimères du couturier Thierry Mugler ou les mutants du duo Fecal Matter soulèvent poétiquement ces questions.

L’éthologie contemporaine rend caduque les représentations classiques de l’animal versus l’humain, nous incluant dans un cycle commun de vie et mort, ainsi que le montre l’artiste belge Jan Fabre. L’étude du comportement animal apporte un nouvel éclairage sur notre espèce. Les travaux en éthologie, génétique, neurosciences, sciences sociales, psychologie, zoologie, primatologie, paléontologie, paléo-génétique et paléoanthropologie révèlent les facettes d’identités animales toujours plus complexes. Certains, comme le philosophe Dominique Lestel, considèrent que l’animal est un authentique sujet doté d’une histoire, d’une conscience de soi et même de représentations complexes. D’autres, à l’instar de l’historien Éric Baratay, se risquent à écrire des biographies animales en croisant les sources archivistiques et éthologiques. Cette révolution dans l’étude de leur cognition et de leurs sociétés nous offre de nouveaux miroirs.

À gauche : Thierry Mugler, “Modèle la Chimère – collection les Chimères (Haute couture automne-hiver 1997-1998)”. À droite : Jan Fabre, “Skull with Moorhen” (2012)
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À gauche : Thierry Mugler, “Modèle la Chimère – collection les Chimères (Haute couture automne-hiver 1997-1998)”. À droite : Jan Fabre, “Skull with Moorhen” (2012)

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« Depuis toujours, je suis fasciné par le plus bel animal sur Terre : l’être humain », dit le couturier. Conçue avec le designer industriel JeanJacques Urcun et le corsetier Mr Pearl, cette extraordinaire chimère, créature hybride et énigme érotique, rappelle que l’esthétique du vêtement et de la parure, malgré son caractère artificiel, est un trait biologique profondément lié au monde zoologique.
Obsédé par la notion de métamorphose et par les effets du passage du temps, Jan Fabre crée avec les carapaces des coléoptères des vanités terrifiantes et séduisantes à la fois, qui unissent le monde du vivant.

Photo Alan Strutt pour Evening Standard Magazine, octobre 1997. Photo Pat Verbruggen / © Angelos B.V.

Ce qui nous unit avec la communauté du vivant, au-delà du lien spirituel, est notre ascendance organique. En 1872, dans l’Expression des émotions chez l’homme et les animaux, Charles Darwin démontrait déjà que l’esprit humain était, comme le corps, un produit de l’évolution. Comme tous les animaux, nous résultons de cette mécanique, une réalité qui dérange nos sciences humaines. Les comportements culturels ne constituent plus une rupture propre à l’humain car ils émergent peu à peu dans l’histoire du vivant. Contre le dualisme du corps et de l’âme, le neurologue António Damásio explique qu’être rationnel n’est pas se couper de ses émotions car le cerveau pense et ressent. L’intelligence émotionnelle structure la vie de tous les animaux sociaux. Les émotions, les sentiments, le fonctionnement de l’esprit, mais aussi les formes plus complexes de la culture et de l’organisation sociale, s’enracinent dans les organismes unicellulaires les plus anciens. Même si elles ne sont en rien comparables avec la vie intellectuelle et symbolique de l’humain, les cultures animales, les répertoires vocaux et autres propriétés langagières existent chez les animaux.

Céleste Boursier- Mougenot, From Here to Ear
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Céleste Boursier- Mougenot, From Here to Ear, 2018

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« Ce sont des oiseaux domestiques. Ils sont élevés par des humains. Les voilà dans une grande volière à participer à un phénomène organique à travers laquelle s’invente une formule où tous les accords s’enchaînent », dit l’artiste.

nstallation (version 24) avec 14 guitares Gibson et 70 diamants mandarins. • Vue de l’exposition « Fluides » à la HAB Galerie, pour le Voyage à Nantes. • © Céleste Boursier-Mougenot / Courtesy Céleste Boursier-Mougenot et Paula Cooper Gallery, New York / Photo Laurent Lecat.

Céleste Boursier Mougenot déjoue cette subtile frontière avec From Here to Ear : ce dispositif musical poétique associe des pinsons australiens qui « performent » en se perchant sur les guitares et les basses électriques branchées à des amplificateurs. Ils produisent ainsi les sons des instruments accordés, leur œuvre musicale live étant déterminée par la déambulation du visiteur venu dans ce territoire des oiseaux.

Retrouvez dans l’Encyclo : Sophie Calle

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