L’animal, notre miroir
L’animal, notre miroir
L’évolution, une question d’actualité ? Certainement. Aujourd’hui encore, cette théorie reste attaquée. Au moment où se jouent les élections américaines sur fond de climato-scepticisme et de musées créationnistes, et quand de nouveaux fondamentalismes religieux s’affichent sans complexe un peu partout, je rêve, sur l’invitation de Fabrice Bousteau, d’une exposition qui réconcilie nature et culture, où l’homme se réapproprie son identité animale.
L’évolution, une question d’actualité ? Certainement. Aujourd’hui encore, cette théorie reste attaquée. Au moment où se jouent les élections américaines sur fond de climato-scepticisme et de musées créationnistes, et quand de nouveaux fondamentalismes religieux s’affichent sans complexe un peu partout, je rêve, sur l’invitation de Fabrice Bousteau, d’une exposition qui réconcilie nature et culture, où l’homme se réapproprie son identité animale.
Chapitre 1
Réconcilier Nature et Culture
Daniel Firman, Würsa (à 18 000 km de la Terre), 2006–2008
taxidermie • 570 × 250 × 140 cm • Collection Vranken-Pommery Monopole, Reims / © André Morin
Alors qu’au Kentucky, des attractions créationnistes s’affichent contre la science (ouverture du musée de la Création à Petersburg, en 2007, et de l’Ark Encounter, qui reconstitue l’arche de Noé, à Williamstown, en 2016), ouvrons la porte à un musée universel comme dans les anciens cabinets de curiosités qui embrassaient le vivant d’un regard encyclopédique. Nos sociétés occidentales peinent à considérer la science comme partie intégrante de la culture. Ce manque d’éducation épistémologique est un terrain propice aux relativismes, jusqu’aux croyances les plus absurdes. En 1959, le romancier et scientifique Charles Percy Snow dénonçait lors d’une conférence célèbre, « The Two Cultures », la séparation dans la vie intellectuelle occidentale des sciences et des humanités. Si les enjeux complexes auxquels nous sommes confrontés face au déclin de la biodiversité, naturelle et culturelle, nécessitent une expertise, les scientifiques ne peuvent à leur tour ignorer les fondations morales et philosophiques, symboliques et artistiques qu’apportent les humanités.
À gauche : Sophie Calle “Rachel, Monique” (2010). À droite : Wim Delvoye, “Tapisdermy” (2010)
À gauche : « Quand ma mère est morte / j’ai acheté une girafe naturalisée / je l’ai installée dans mon atelier et prénommée Monique / elle me regarde de haut avec ironie et tristesse », écrit Sophie Calle. Ici une vue de l’exposition « Rachel, Monique » au Palais de Tokyo, en 2010.
À droite : En 2019, Wim Delvoye installe dans les musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, à Bruxelles, des cochons habillés d’élégants tissus à motifs de tapis persans. Génétiquement, cet animal est, après les grands singes, le plus proche de l’humain.
© Photo André Morin / Courtesy galerie Perrotin, Paris. © Studio Wim Delvoye Sabam.
Au siècle dernier, Paul Claudel déplorait : « Maintenant une vache est un laboratoire vivant, le cochon est un produit sélectionné qui fournit une quantité de lard conforme aux standards, la poule errante et aventureuse est incarcérée. Qu’a-t-on fait de ces pauvres serviteurs ? L’homme les a cruellement licenciés. Il n’y a plus de lien entre eux et nous, et ceux qu’il a gardés, il leur a enlevé l’âme. » Aujourd’hui, des réflexions salutaires, comme celles de la neurologue et historienne Laura Bossi, à la croisée des sciences, de la bioéthique et de la philosophie, réconcilient ces disjecta membra de notre âme commune.
Les zoos sont-ils les musées de demain ? Les animaux sont-ils les chefs-d’œuvre d’un patrimoine en péril ? La taxidermie, utilisée par de nombreux artistes contemporains, illustre ce glissement symbolique, passant des collections d’histoire naturelle à l’installation purement artistique grâce à Daniel Firman, Sophie Calle ou Wim Delvoye.
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Étrange trophée artistique sous les ors du château de Fontainebleau en 2008, l’éléphant Würsa (du nom d’un spoutnik russe) échappe aux lois de la gravité dans notre monde en perte d’échelle.