Reportage : L’art de l’Afrique du Sud totalement à l’ouest
Reportage : L’art de l’Afrique du Sud totalement à l’ouest
Incendiaires, revendicatifs, hors de contrôle, absolument fabuleux : du Cap à Johannesburg, Beaux Arts est parti à la rencontre des artistes sud-africains à l’honneur d’une très vaste exposition à la Fondation Vuitton, certains d’entre eux figurant même dans la double manifestation « Afriques Capitales », programmée simultanément à Lille et à Paris. Décollage immédiat.
Épisode 2
Rencontre avec deux jeunes artistes au travail politique
Athi-Patra Ruga, The Votive Procession (To Exile), 2015
Laine et fils sur toile de tapisserie • 195 × 195 cm • © Athi Patra-Ruga / Courtesy What If The World, Le Cap
Mardi 21 février ; rencontre au Cap avec Athi-Patra Ruga, qui semble danser lorsqu’il me reçoit dans son petit atelier très bordélique. Normal pour ce performeur engagé qui, de Pretoria à Venise, a paradé avec ballons, paillettes et attributs féminins, en mixant des figures issues du ballet classique comme du hip-hop ou du voguing ! Pour l’exposition « Être là », l’artiste, né en 1984, réunira une série de tapisseries en laine, de facture traditionnelle, conçues autour des mythes d’une nation noire utopique – l’Azanie – qui confond toutes les époques, et dans lesquelles il se met en scène.
Peuplées de drones et d’animaux fantastiques, ces pièces à l’esthétique sacrée et guerrière s’avèrent surtout kitsch et peu convaincantes. Au point que l’on s’interroge : la fondation Vuitton présente-t-elle l’artiste pour des considérations politiques – parce qu’il est jeune, noir et ouvertement gay (si les droits des homosexuels sont protégés par la loi, ces derniers restent très mal acceptés par la communauté noire) – plutôt que pour la force esthétique de son travail ? La visite, une heure plus tard, de l’atelier de Buhlebezwe Siwani confirmera que la dimension politique est ici essentielle. Belle, homosexuelle militante, la jeune artiste nous accueille presque avec défi.
Buhlebezwe Siwani, Qunusa ! Buhle, 2015
Impression jet d’encre • 111,8 × 55,4 cm • Courtesy de Buhlebezwe Siwani / What if the world Gallery, Le Cap / © Buhlebezwe Siwani
Se revendiquant à la fois plasticienne et sangoma (guérisseuse), elle développe une œuvre conceptuelle et politique très réussie, dont le savon est le matériau emblématique. Elle montrera à la fondation Vuitton une sculpture en savon la représentant accroupie au- dessus de vasques : une référence à un passé pas si lointain où les petites filles noires devaient se laver publiquement, raconte-t-elle. Un travail qui traite à la fois de la question de l’intime et des revendications d’une femme estimant que le gouvernement post-apartheid n’a pas tenu ses engagements. Mandela, selon elle, se serait fourvoyé en cherchant la réconciliation. Les Noirs n’ont ni assez de droits ni assez de pouvoir ; la belle promesse démocratique ne s’est pas réalisée.
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